Les travailleurs de l'automobile de l’usine CAMI devraient rejeter la tentative d'Unifor de rouvrir le contrat avec GM Canada!

Par Carl Bronski
19 janvier 2021

Alors que le contrat qui régit environ 2000 travailleurs de l’automobile de l'usine d'assemblage CAMI de General Motors à Ingersoll, en Ontario, doit expirer en septembre prochain, Unifor a convoqué une réunion impromptue des membres sur Zoom dimanche [17 janvier], dans le but de remplacer le contrat actuel et de forcer des concessions importantes.

Cette manœuvre antidémocratique, préparée par les bureaucrates du syndicat Unifor et leurs partenaires au sein de la direction de l'entreprise pendant les vacances, est destinée forcer les travailleurs à accepter un accord pourri qui serait rejeté catégoriquement si les détails étaient présentés dans leur intégralité et faisaient l'objet d'un débat éclairé.

Jerry Dias, président national d’Unifor (Source: Département des communications de l'OFL/Wikimedia Commons)

Dans une mise à jour des négociations publiée vendredi, la section locale 88 d'Unifor a annoncé qu'elle avait prolongé le délai qu'elle s'était imposé de jeudi à minuit pour parvenir à un accord avec GM. Elle a poursuivi: «Si un accord provisoire est conclu, nous en informerons les membres dès que possible. La réunion Zoom est toujours prévue pour le dimanche 17 janvier 2021.»

Ces dernières semaines, la principale préoccupation du syndicat a été de maintenir les travailleurs dans l'ignorance de ce qui se passe. Dans le rapport de fin d'année du syndicat sorti avant les vacances de Noël, le président de la section locale 88, Joe Graves, a souligné l'installation, tout juste achevée, d'un nouveau système électronique «Simply Voting» (Voter simplement) pour les membres. «L'un des autres avantages de Simply Voting», a déclaré Graves, «c'est que si nous sommes appelés à négocier plus tôt ou si nous avons des négociations, nous pouvons utiliser les informations qui s'y trouvent. Ainsi, l'information sera mise en place. Ainsi, les gens seront en mesure de poursuivre la ratification, les mandats de grève et tout le processus de vote que nous faisons avec le COVID.»

Le président du syndicat à l'usine, Mike van Boekel, a noté dans le même rapport que le comité de négociation principal du syndicat s'était déjà réuni. «Nous passons en revue toutes nos revendications, en essayant de nous préparer à un contrat au cas où GM viendrait frapper à notre porte plus tôt», a déclaré Van Boekel. «Nous voulons être prêts. Donc, je vous demande de prendre le temps, d'aller sur l'icône (Simply Voting), quel que soit son nom, et de vous inscrire pour voter parce que vous devez déjà voter pour les élections triennales.»

L'affirmation d’Unifor selon laquelle il ne faisait que des préparatifs «au cas où GM viendrait frapper à la porte plus tôt» est clairement un subterfuge. Le syndicat était manifestement déjà en pourparlers avec la direction, car à peine la nouvelle année avait-elle commencé qu’Unifor, après ce qu'elle a décrit comme des «semaines de préparation et de réunions de planification pendant les vacances», a entamé des «négociations officielles» avec GM le 4 janvier 2021.

Toutefois, elle n'a pas officiellement informé les membres de ce fait avant de publier son premier «bilan des négociations» le 11 janvier.

À ce moment, les lecteurs de l’Autoworker Newsletter du World Socialist Web Site savaient déjà que quelque chose se préparait. Un travailleur avait contacté la Newsletter le 7 janvier pour dire que le syndicat avait pris la décision de rouvrir le contrat. Il a écrit: «GM a contacté la section locale 88 d'Ingersoll pour ouvrir le contrat plus tôt et négocier un nouvel accord. La direction de la section locale 88 a rencontré en secret l'entreprise pour trouver un nouvel accord. Ils ont fait savoir aux membres le 5 janvier qu'il y aurait une réunion virtuelle et un vote le 17 janvier pour faire passer à la hâte un contrat pourri en pleine pandémie.»

Les travailleurs canadiens d’expérience des trois grands de l’automobile de Detroit sont bien conscients des immenses reculs qui accompagnent traditionnellement toute démarche visant à rouvrir un accord avant la date d'expiration prévue. En 2008, Buzz Hargrove, alors président des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), avait secrètement devancé la période traditionnelle de négociation des contrats de quelque six mois afin de faire passer à toute vitesse des contrats contenant d’énormes reculs chez Ford, General Motors et Chrysler. Cet accord comportait des clauses qui ont permis à GM d'annoncer soudainement la fermeture de l'usine de camions d'Oshawa avant même que l'encre sur le nouvel accord ne soit sèche.

Un an plus tard, les contrats des trois de Detroit au Canada ont été rouverts à la suite du krach financier mondial. Cet accord tristement célèbre a gelé les salaires des travailleurs de l'automobile et les indemnités d’ajustement au coût de la vie jusqu'en 2012, a enlevé aux travailleurs une semaine de vacances et une prime annuelle de 1700 dollars négociée précédemment, a augmenté les primes de soins de santé et d'assurance et a permis aux entreprises d'augmenter leur charge de travail. Les retraités ont vu leur protection contre l’augmentation du coût de la vie suspendue et ont dû faire face à une augmentation de leur contribution pour les soins de santé et autres bénéfices. Dans l'ensemble, le nouvel accord a permis d'économiser plus de 19 dollars par heure et par travailleur, ce qui est considérablement plus que le contrat pourri de 2008, qui a permis à GM de réaliser des économies supplémentaires de 400 millions de dollars.

À l’usine CAMI, depuis que la grève de 2017, qui a duré un mois, a été sabotée et conduite à la défaite par Unifor, environ 800 emplois ont été supprimés dans l'usine, des centaines de travailleurs expérimentés ayant pris leur retraite. En novembre, il a été annoncé que le troisième quart de travail serait abandonné à partir du début de 2021 pendant au moins un an, afin de pourvoir les postes vacants créés par les départs à la retraite. Une méthode a été mise au point pour maintenir la plupart des employés au travail, et pour offrir à environ 225 d'entre eux la possibilité de rester chez eux avec un petit complément de prestations.

Traditionnellement, les concessions faites lors du cycle de négociation type dans les usines canadiennes des trois de Detroit qui a lieu l'année précédant la négociation du contrat CAMI sont intégrées dans tout nouvel accord conclu à Ingersoll.

L'accord conclu avec GM à Oshawa et St-Catharines en novembre dernier comprenait un horaire de travail alternatif (AWS). Celui-ci accorde à la direction de l'usine le pouvoir d'organiser les équipes comme elle l'entend, et supprime la rémunération des heures supplémentaires pour la plupart des travaux effectués le week-end ou au-delà de la journée de travail traditionnelle de huit heures. Le rapport sur les négociations indique que «l'entreprise aura la possibilité de structurer les heures de début et de fin des équipes afin d'éviter les coûts élevés aux heures de pointe.» Il poursuit: «L'entreprise conservera la capacité de maximiser la durée d'exécution pour une souplesse d'exploitation optimale, y compris les déjeuners non payés (quarts de travail de 8,5 heures).»

L'accord avec GM permet également à l'entreprise d'externaliser les postes aux matériaux, dans les magasins généraux et dans la salle d'outillage. Au moins 15% des emplois peuvent être des travailleurs temporaires à temps partiel (TPT) faiblement rémunérés. En dépit de l'agitation autour de la réouverture éventuelle de l’usine d'assemblage à Oshawa, le contrat ne prévoit aucun nouveau produit pour cette usine, seulement des commandes de dépassement des usines de camions américaines et aucun engagement au-delà de 2025.

Van Boekel a noté que l’accord de GM de 2020 a été conclu «à un prix élevé. Le langage est absolument terrible», a-t-il dit, «tout comme certaines des règles de travail qu'ils ont mises en place. Et il ne fait aucun doute que GM va essayer de faire respecter certaines de ces règles dans notre usine également. Mais le coût (pour les emplois d'Oshawa) a été énorme.» En d'autres termes, Van Boekel prépare les membres pour qu’ils acceptent des concessions aussi radicales.

Pour réussir dans la prochaine lutte contractuelle, les travailleurs de l’usine CAMI doivent revoir les leçons essentielles de leur grève déterminée de 2017. Comme l'a expliqué le WSWS à l'époque, elle n'a pas été défaite en raison d'un manque de militantisme des travailleurs de l'automobile, mais parce qu'Unifor a donné la priorité à ses relations corrompues avec les patrons de l'automobile plutôt qu'à la défense des intérêts des travailleurs, et a colporté un programme nationaliste réactionnaire qui a laissé les travailleurs sans défense contre la menace de GM de fermer l'usine et de transférer la production au Mexique. Résumant les conclusions que les travailleurs doivent tirer, nous avons écrit: «En premier lieu, dans des conditions où GM, une multinationale ayant des installations dans 31 pays, produit le même modèle Equinox que celui manufacturé à CAMI à Spring Hill au Tennessee et Ramos Arizpe et San Luis Potosí au Mexique, le programme nationaliste mis de l'avant par Unifor a laissé les travailleurs de l'automobile sans défense contre les menaces de la compagnie de délocaliser la production au sud.

«Deuxièmement, l'insistance de GM depuis le début des négociations que de par son droit de propriété privée des moyens de production d'automobiles, l'entreprise ne négocierait pas sur les volumes de production ou l'emplacement de ses usines, démontre que seul un combat politique guidé par un programme socialiste peut faire avancer la cause des travailleurs.

«Troisièmement, un tel combat ne peut être mené qu'avec une lutte sans relâche contre Unifor et la bureaucratie syndicale en entier. Les travailleurs de l'automobile doivent rompre, de manière organisationnelle et politique, avec Unifor qui a développé un partenariat corrompu avec les patrons de l'automobile et les grandes entreprises. Pour défendre leurs intérêts, les travailleurs doivent construire leurs propres organisations indépendantes pour joindre leur lutte pour la défense des emplois et de leurs conditions de vie avec leurs frères et sœurs de classe des États-Unis, du Mexique et à l’international.»

La première étape dans cette lutte pour les travailleurs de l'automobile de l’usine CAMI est de briser l'emprise d’Unifor sur le processus de négociation en établissant leur propre comité dans l'usine. Nous encourageons tous les travailleurs qui sont d'accord avec cette stratégie à contacter l’Autoworker Newsletter dès aujourd'hui pour commencer à préparer cette lutte cruciale.

Si Unifor tente de présenter un nouveau contrat pour ratification dimanche, il est impossible que les travailleurs aient le temps de l'étudier correctement avant d'être poussés (bien que virtuellement) dans les isoloirs. D'autant plus que le syndicat ne fournira sans doute aux travailleurs qu'une fausse «liste de points saillants» destinée à présenter l'accord sous le meilleur jour possible. Les travailleurs devraient rejeter cette tentative de les forcer à accepter un contrat de concessions, voter «non» et exiger qu'on leur donne au moins une semaine pour examiner le contenu de tout futur accord dans son intégralité avant la tenue d'un vote de ratification.

(Article paru en anglais le 16 janvier 2021)