Un rapport de la Banque mondiale met en garde contre un ralentissement prolongé de la croissance mondiale

Par Nick Beams
8 janvier 2021

L’économie mondiale fait face à au moins une décennie de faible croissance, ce qui anéantirait les progrès limités réalisés en matière de réduction de la pauvreté et de croissance du revenu par habitant. En outre, une augmentation des infections à COVID-19, une stagnation continue des investissements ou une crise financière majeure provoquée par l’escalade de la dette pourrait avoir des conséquences encore pires.

C’est le scénario présenté par la Banque mondiale dans son rapport semestriel sur l’état de l’économie mondiale publié mardi. Le rapport dit que le monde est face à une «reprise économique lente et difficile» au mieux.

Une personne qui porte un masque de protection contre le coronavirus passe devant des entreprises fermées à Philadelphie, jeudi 7 mai 2020. (AP Photo/Matt Rourke)

Après une contraction de 4,3 pour cent en 2020, la banque prévoit une croissance de 4 pour cent pour 2021. Toutefois, cette prévision se fonde sur un certain nombre d’hypothèses qui sont déjà en train d’éclater.

Cette prévision était fondée sur «une gestion adéquate de la pandémie et une vaccination efficace qui limite la propagation de COVID-19 dans de nombreux pays». Mais comme l’a reconnu le président de la Banque mondiale, David Malpass, le déploiement du vaccin se heurte déjà à des problèmes.

«Même dans les pays avancés, on peine à faire avancer les programmes de vaccination, et cela est vrai dans les pays pauvres également», a déclaré Malpass.

Dans un langage plus fort, la situation aux États-Unis, le centre de la pandémie, a été décrite, à juste titre, comme «chaotique» et «désordonnée».

Bien qu’il n’ait pas utilisé ce terme, Malpass a souligné ce qu’on a qualifié de «nationalisme vaccinal». Il a fait remarquer que les «économies avancées» avaient réservé des vaccins au-delà de leur capacité à les distribuer, et a exprimé l’espoir qu’une partie de ces réserves serait libérée pour les pays plus pauvres.

Même selon le scénario le plus optimiste de la Banque mondiale, le niveau du produit intérieur brut mondial en 2021 devrait être inférieur de 5,3 pour cent aux projections d’avant la pandémie. Cela équivaut à une perte de production de 4700 milliards de dollars.

La croissance pourrait être beaucoup plus faible. Le rapport met en garde que si les infections continuaient à augmenter – la situation actuelle – et si les déploiements de vaccins connaissaient des problèmes logistiques – comme c’est le cas actuellement – alors le PIB mondial pourrait ne croître que de 1,6 pour cent cette année. Si le stress financier, causé par l’augmentation de la dette, identifiée dans le rapport comme un risque important, entraînait des défaillances majeures des entreprises et des gouvernements, l’économie mondiale pourrait alors se contracter à nouveau en 2021.

Le rapport note que même si la pandémie était maîtrisée, son effet sur la croissance mondiale pourrait être «plus durable que prévu». La dette a dépassé des niveaux déjà élevés et bien que les banques se trouvent relativement bien capitalisées, «une vague de faillites pourrait éroder les réserves bancaires, faisant courir à certains pays le risque d’une crise financière».

Le rapport a déclaré que l’accès rapide et équitable aux vaccins dans le monde entier «nécessiterait une coopération mondiale». Il a ajouté que ce n’est que lorsque la pandémie sera contenue dans tous les pays «que chaque pays sera à l’abri d’une résurgence».

Il a également souligné que la coopération mondiale était «essentielle» pour relever les défis posés par la pandémie, tant pour la maîtriser que pour élaborer des mesures qui visent à assurer une croissance mondiale «durable et équitable».

Cependant, les déclarations pieuses de la Banque mondiale se heurtent ici aux deux contradictions centrales de l’économie capitaliste mondiale: la subordination de toutes les considérations sociales et sanitaires aux exigences du profit privé signifie qu’on n’a élaboré aucune mesure efficace pour lutter contre l’urgence sanitaire; et la division du monde en États-nations rivaux qui bloque la coopération mondiale et alimente la croissance des antagonismes.

Quant aux mesures économiques «équitables», Malpass a reconnu que les programmes de relance des grandes économies, basés sur les programmes d’achat massif d’actifs financiers des principales banques centrales du monde, aggravaient les inégalités sociales.

«Les mécanismes de relance visent à concentrer les richesses au sommet plutôt qu’à créer la richesse dans l’ensemble de la société. Les gens en bas de l’échelle descendent, alors que les gens en haut de l’échelle montent», a-t-il déclaré.

C’est la tendance mondiale prédominante. Dans les grandes économies, alors que la classe ouvrière est confrontée à ce que la Banque mondiale qualifie de pire choc économique en dehors des deux guerres mondiales et de la Grande Dépression, la richesse de l’oligarchie financière a crû de centaines de milliards de dollars grâce à l’afflux d’argent gratuit provenant des banques centrales.

En excluant toute perspective de retour à une «situation normale», le rapport note que la pandémie «fait basculer des millions de personnes dans l’extrême pauvreté. Cela devrait infliger des cicatrices durables qui entraîneront une baisse de l’activité et des revenus bien en dessous de leur tendance prépandémique pendant une longue période».

Dans plus de 90 pour cent des pays émergents et en développement, la pandémie a entraîné une baisse des revenus par habitant. Pour un quart de ces pays, elle devrait «effacer au moins 10 ans de gains de revenu par habitant». Deux décennies de réduction de la pauvreté se sont arrêtées et dans les pays à faible revenu, l’activité économique a diminué de près de 1 pour cent en 2020, la première contraction globale depuis une génération.

Dans son analyse de la pandémie, le «World Socialist Web Site» a souligné que la pandémie a agi comme un événement déclencheur. Elle a exacerbé les contradictions sous-jacentes de l’économie capitaliste mondiale qui se sont accumulées durant des décennies.

Cela a été confirmé par le rapport de la Banque mondiale. Dans son avant-propos, Malpass a noté que l’effondrement des investissements dans les économies de marché émergentes et en développement en 2020 faisait suite à «une décennie de faiblesse persistante». L’expérience des crises passées faisait craindre que «les investissements puissent rester faibles pour des années à venir».

«Si l’histoire est un guide,» dit le rapport, «à moins de réformes substantielles et efficaces, l’économie mondiale se dirige vers une décennie de résultats de croissance mondiale décevants».

Toutefois, l’histoire récente a déjà montré que de telles réformes n’existent pas. En fait, les mesures mêmes mises en œuvre en réponse à la crise de 2008 – la combinaison de mesures d’austérité et l’injection de billions de dollars de liquidités dans le système financier – ont créé les conditions d’une crise de la dette.

C’est ce qu’indique le rapport: «Avant la pandémie COVID-19, à partir de 2010, une quatrième vague d’accumulation de dettes était en cours. Cela fut l’augmentation la plus importante, la plus rapide et la plus généralisée de la dette mondiale en cinq décennies».

Les trois précédentes vagues d’endettement depuis les années 1970 se sont toutes terminées par des crises financières généralisées. La principale préoccupation de la quatrième vague est qu’elle a connu une «période prolongée de faible investissement et de ralentissement de la croissance malgré l’augmentation de la dette».

En d’autres termes, on n’a pas utilisé la dette pour financer l’activité productive, mais pour alimenter la spéculation financière.

«La pandémie», dit le rapport, «a rendu la quatrième vague plus dangereuse en augmentant ses caractéristiques risquées». Tandis que, «des accommodements sans précédent en matière de politique monétaire» ont calmé les marchés financiers. Toutefois, «des taux d’intérêt mondiaux historiquement bas peuvent dissimuler des problèmes de solvabilité qui feront surface lors du prochain épisode de stress financier ou de sortie de capitaux».

Pris dans son ensemble, le rapport de la Banque mondiale équivaut à une condamnation de l’ordre économique et politique capitaliste en faillite. Refusant, en raison de leurs intérêts de profit, d’entreprendre des mesures significatives pour faire face à la pandémie, et n’ayant d’yeux que pour les marchés financiers, les élites dirigeantes ont créé une catastrophe sociale et économique.

(Article paru en anglais le 7 janvier 2021)