Le coup d'État fasciste du 6 janvier à Washington

Par David North
7 janvier 2021

L'insurrection fasciste à Washington D.C. – la prise d'assaut du Congrès américain, la dispersion paniquée de sénateurs et de membres de la Chambre terrifiés, le retard de la validation officielle de la majorité de Joseph Biden au Collège électoral, et même l'occupation des bureaux de la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi – marque un tournant dans l'histoire politique des États-Unis.

Les antiques glorifications de l'invincibilité et de l'intemporalité de la démocratie américaine sont à présent discréditées comme un mythe politique creux. La phrase populaire "It Can't Happen Here" («Cela ne peut pas arriver ici»), tirée du titre du célèbre récit fictif de Sinclair Lewis sur la montée du fascisme américain, a été définitivement dépassée par les événements. Non seulement un coup d'État fasciste peut se produire ici. Il s'est produit ici, dans l'après-midi du 6 janvier 2021.

De plus, même si l'effort initial n'a pas atteint son but, ce ne sera pas le dernier.

Ce qui s'est passé hier est le résultat d'une conspiration soigneusement planifiée. Donald Trump l’a initiée, de mèche avec une bande de conspirateurs fascistes stratégiquement positionnés à la Maison Blanche et dans d'autres institutions, départements et agences puissants de l'État. L'opération de mercredi exhale la puanteur des fils Trump, de proches collaborateurs comme Stephen Miller, et de nombreux autres travaillant en coulisse dans l'armée, la Garde nationale et la police.

La conspiration a utilisé les techniques connues des coups d'État modernes. Elle a choisi la réunion du Congrès pour ratifier la majorité de Biden au Collège électoral comme moment propice pour agir. Trump et ses sous-fifres l’ont préparée par des semaines de mensonges selon lesquels l’ élection de 2020 avait été volée. Le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a rendu service en empêchant les Républicains de reconnaître l'élection de Biden, donnant du temps et de la légitimité aux efforts de Trump pour semer des allégations mensongères de fraude électorale.

Une majorité de représentants républicains et un nombre important de sénateurs républicains ont orchestré le débat politique de mercredi au cours duquel la légitimité du vote du Collège électoral a été contestée, afin de fournir le prétexte nécessaire au soulèvement droitier projeté. Le signal final de la prise d'assaut du Capitole a été donné par Trump lui-même. Il a livré une harangue insurrectionnelle à ses partisans, qui – on peut en être certain – étaient dirigés par des éléments ayant une formation policière, militaire ou paramilitaire.

Déjà, un constat est largement partagé: les bandes fascistes n'ont rencontré pratiquement aucune résistance lors de la prise d'assaut du Capitole. Dans les zones les plus critiques et les plus vulnérables du Capitole, la police était à peine visible. Pour évaluer politiquement la réaction de la police mercredi, il suffit de se rappeler la violence déployée en juin dernier contre une manifestation pacifique anti-violences policières dans le parc Lafayette.

Si une manifestation de gauche avait été organisée à Washington pour protester contre les efforts de Trump pour renverser les résultats de l'élection, les manifestants – et tout le monde le sait – auraient été accueillis par une opération massive de la police et de la garde nationale. Des tireurs d'élite de la police auraient été placés sur chaque bâtiment à proximité des manifestants. Des hélicoptères et des drones militaires auraient survolé la ville. Le moindre mouvement non autorisé de la foule, même pacifique, aurait provoqué un ordre de dispersion immédiate, suivi peu après par des barrages de lacrymogènes. Des centaines, voire des milliers de personnes auraient été nassées et arrêtées.

La réponse du Parti démocrate au coup d'État a été une lamentable démonstration de couardise politique. Les premières heures de l'insurrection se sont écoulées sans qu'un seul dirigeant démocrate de premier plan ne dénonce clairement la conspiration, ni n'appelle à la résistance populaire contre le coup d'État. L'ancien président Obama et les Clinton, qui sont suivis sur Twitter par des millions de personnes, sont restés silencieux toute la journée.

Quant au président élu Biden, il a attendu des heures avant de s’exprimer publiquement. Après avoir qualifié l'attaque du Capitole de sédition, Biden a lancé cet appel extraordinaire au chef de cette conspiration: «J'appelle le président Trump à se rendre à la télévision nationale maintenant, pour respecter son serment et défendre la Constitution et exiger la fin de ce siège.»

Normalement, lorsqu'il est confronté à une tentative de renversement du régime constitutionnel, le dirigeant politique menacé par la conspiration doit immédiatement chercher à priver les traîtres de tout accès aux médias. Mais Biden a préféré faire appel à Trump pour qu'il apparaisse à la télévision nationale, dans l’espoir qu’il annulerait l'insurrection qu'il avait lui-même organisée!

Biden a conclu ses remarques par cet appel au clairon: «Alors, Président Trump, montrez-vous à la hauteur.» On se souviendra de cet appel impuissant comme du discours «Hitler, faites ce qu'il faut» de Biden.

Les démocrates, sans parler des médias, n'ont aucune intention de dévoiler l'ampleur de la conspiration ou de tenir pour responsables ses comploteurs et organisateurs. Les manœuvres pour dissimuler le crime ont commencé; les médias bavardant déjà sur la nécessité pour les Démocrates et les Républicains de «se réunir dans l'unité nationale».

La décision du Sénat, hier soir, de maintenir l'élection de Biden ne marque pas la fin de la crise.

Les appels à "l'unité" avec les conspirateurs préparent la prochaine tentative de coup d'État fasciste. C'est la leçon à tirer de l'invasion du Capitole de l'État du Michigan, à Lansing, en avril dernier, suivie par la tentative d’enlever et d’assassiner la gouverneure démocrate de cet État, Gretchen Whitmer. Le Parti démocrate et les médias ont rapidement supprimé les nouvelles sur ces crimes et n'ont guère défendu Whitmer contre cette attaque. Jusqu'à présent, les comploteurs n'ont reçu qu'un petit coup sur les doigts.

La réponse des démocrates à la conspiration fasciste n'est pas dictée par la simple lâcheté ou la stupidité. En tant que représentants de l'oligarchie financière, ils craignent que la révélation de la conspiration criminelle et de ses objectifs politiques n'entraîne une réaction de masse au sein de la classe ouvrière, qui se transforme en mouvement contre l'État capitaliste et les intérêts qu'il sert.

Il faut s'opposer à l'effort de dissimuler la conspiration. Les travailleurs doivent exiger la destitution et l’arrestation immédiates de Trump. On ne peux le laisser au pouvoir, pour poursuivre son complot avec à sa disposition tous les immenses pouvoirs de la présidence. Son maintien à la Maison Blanche représente une menace massive pour le peuple des États-Unis et pour le monde. Il peut déclarer l’état d’urgence et même déclencher une guerre. Son doigt est toujours sur la gâchette nucléaire.

Ses co-conspirateurs ne doivent pas non plus rester en fonction. Les sénateurs et membres du Congrès républicains impliqués dans la conspiration doivent également être destitués, arrêtés, jugés et envoyés en prison.

Le fait que les démocrates continuent de les qualifier de «collègues républicains» est en soi une parodie de démocratie.

Il faut exiger une enquête publique avec des audiences ouvertes, visant à identifier toutes les personnes impliquées dans la conspiration, afin de les arrêter et de les emprisonner.

Les travailleurs ne peuvent accorder aucune confiance à une future administration Biden, à supposer que son investiture ne soit pas bloquée par un nouveau soulèvement, pour établir les responsabilités des conspirateurs et défendre la démocratie.

Il ne faut jamais oublier que Biden et les démocrates ne sont rien de plus qu'une autre faction politique de la même classe dirigeante. Comme l'a dit Obama après l'élection de Trump, le conflit entre les Démocrates et les Républicains n’est qu’une «mêlée amicale», c’est à dire une rixe entre membres de la même équipe. Dans une déclaration publiée mercredi soir, Obama a flatté les Républicains: «J'ai été réconforté de voir de nombreux membres du parti du président s'exprimer avec force aujourd'hui.» Le but d'une telle déclaration est de dissimuler la vérité sur l'ampleur du coup d'État fasciste.

Les événements du 6 janvier 2021 retentissent comme un avertissement. La classe ouvrière doit élaborer une stratégie politique et un plan d'action pour contrecarrer les futures tentatives d’imposer une dictature.

La dynamique politique et économique de la réaction capitaliste et de la contre-révolution se poursuivra, même si Trump quitte ses fonctions. Cette dynamique ne s'atténuera pas après le 20 janvier. Le Parti démocrate, dont les députés et les sénateurs sont des millionnaires et des personnes ayant les liens les plus étroits avec la CIA et l'armée, n'est pas moins capable que les Républicains d'organiser une conspiration pour étrangler les droits démocratiques.

Dans tous les cas, la politique Biden, qui poursuivra une ligne définie par Wall Street et l'armée, perpétuera et intensifiera la colère et les frustrations qu’exploitent les fascistes.

Tout au long de l'année dernière, tout en luttant contre la politique d'immunité collective de la classe dominante, le Parti de l’égalité socialiste a montré en détail le lien entre la réponse inhumaine de la bourgeoisie à la pandémie et l'attaque de l'administration Trump contre les droits démocratiques.

Le danger n'est pas passé.

Il est essentiel de construire un réseau de comités de base dans les usines et les lieux de travail, capables d'organiser une large résistance populaire par la mobilisation de toutes les sections de la classe ouvrière.

Avant tout, les travailleurs doivent comprendre que la désintégration de la démocratie américaine procède de la crise du capitalisme. Dans une société déchirée par des inégalités sociales stupéfiantes, il est impossible de préserver la démocratie.

Tirez les leçons du 6 janvier!

Entreprenez le combat pour le socialisme et la défense des droits démocratiques en rejoignant le Parti de l'égalité socialiste.