Alors que les demandes d’arrêt de travail augmentent, les fonctionnaires de l’UAW disent aux travailleurs de l’usine d’assemblage de Sterling Heights de ne pas lire le WSWS

Par Shannon Jones
25 novembre 2020

Face aux demandes croissantes des travailleurs de Fiat-Chrysler (FCA) d’arrêter la production à l’usine d’assemblage de Sterling Heights (SHAP) pour stopper la propagation de la COVID-19, les responsables locaux du syndicat des United Auto Workers s’en prennent au World Socialist Web Site et aux travailleurs de la base qui se sont tournés vers le WSWS pour avoir révélé les conditions mortelles présentes dans l’usine automobile de la banlieue de Detroit.

Les infections se sont répandues à travers l’usine d’assemblage de Sterling Heights, qui emploie 7200 travailleurs, et l’usine d’estampage voisine de Sterling Stamping, qui en emploie 2300 autres. Au début du mois, des proches ont rapporté que Mark Bianchi, un ancien de l’usine d’assemblage de Sterling Heights, est décédé des suites d’une infection à la COVID-19. Ce serait le cinquième employé de l’usine d’assemblage de Sterling Heights au moins mort par le coronavirus cette année. Deux autres travailleurs sont morts à l’usine d’estampage.

La réponse de l’UAW a été d’aider la direction de FCA à dissimuler le nombre d’infections tout en forçant les travailleurs à rester au travail et en prétendant faussement que des protocoles de sécurité adéquats sont en place. En juin, les travailleurs de l’usine d’assemblage de Sterling Heights et ceux de l’usine de montage Jefferson North située à proximité ont procédé à des arrêts de travail en dépit de l’opposition de l’UAW afin de protéger leur vie, avant de mettre en place des comités de sécurité de la base, indépendants du syndicat.

Travailleurs entrant à l’usine d’assemblage de Sterling Heights (SHAP), le 14 novembre 2020 (Photo WSWS)

La colère croissante des travailleurs et leur tournant vers le WSWS pour exprimer leurs préoccupations et organiser leur résistance terrifient le syndicat. Dans le podcast «UAW Local 1700 Worker 2 Worker» diffusé ce week-end, le président du syndicat local Louie Pahl et le vice-président Tavares Oliver ont mis en garde à plusieurs reprises les travailleurs contre le fait de s’adresser au WSWS. «C’est un site web antisyndical qui cherche à détruire et à discréditer le syndicat, a déclaré Louie Pahl. Ne croyez rien de ce que vous voyez ou lisez sur les médias sociaux. Et surtout pas ce site.»

Leur attitude méprisante à l’égard des préoccupations de vie ou de mort des travailleurs a été révélée lorsque Pahl et Oliver ont ignoré les demandes de renseignements des travailleurs concernant d’éventuelles infections en répondant «bla, bla, bla...»

Ni Pahl ni Oliver n’ont pu citer un seul exemple de supposée désinformation présentée par le WSWS. Cela ne fait que souligner le fait que les deux bureaucrates syndicaux, loin de se préoccuper de la diffusion de fausses informations, sont en fait prêt à tout faire pour dissimuler la vérité.

Avec la propagation de l’infection ce mois-ci, le comité de sécurité de l’usine d’assemblage de Sterling Heights a publié plusieurs déclarations, que le WSWS a fait paraître et que les travailleurs de FCA ont largement diffusées sur les médias sociaux. Parmi celles-ci, la déclaration du 4 novembre «Autoworkers demand to know: How extensive is the outbreak at Sterling Heights Assembly Plant?» (Les travailleurs de l’automobile exigent de savoir l’étendue de l’épidémie à l’usine d’assemblage de Sterling Heights), qui demandait que la direction rende publics tous les cas de COVID-19 et leurs emplacements et que les travailleurs soient autorisés à se mettre en quarantaine facilement et sans harcèlement, avec salaire complet et sans perte de congés maladie. C’est la première déclaration qui a révélé l’éclosion qui s’est transformée depuis en épidémie dans l’usine.

Le 10 novembre, le comité a publié une dénonciation détaillée intitulée «Coronavirus spreading out of control at Sterling Stamping Plant: A case study of infections in the US auto industry» (Les cas de COVID-19 hors de contrôle à l’usine de Sterling Stamping: Une étude de cas de l’infection dans l’industrie automobile américaine). L’article faisait état d’une augmentation de 189 % des cas depuis le début du mois d’octobre et comprenait une carte de chaque département où les 26 cas signalés s’étaient produits.

L’article a été suivi par Workers must stop production to contain coronavirus outbreak at Sterling Heights Assembly Plant! (Les travailleurs doivent arrêter la production pour contenir l’épidémie de COVID-19 à l’usine d’assemblage de Sterling Heights) le 14 novembre, mentionnant la mort de Bianchi et le fait que l’UAW avait retiré pratiquement tous ses délégués syndicaux de l’atelier.

ark Bianchi, avis publié par le syndicat des UAW

Pendant ce temps, alors que le comité de sécurité de l’usine d’assemblage de Sterling Heights demandait aux travailleurs d’agir pour stopper la propagation de la pandémie, le président de la section locale 1700 de l’UAW, Louie Pahl, répondait aux demandes croissantes d’action en envoyant une lettre de menace aux travailleurs, les avertissant de ne rien publier sur les médias sociaux concernant les conditions dans l’usine. Cela souligne l’hypocrisie de ses affirmations dans le podcast selon lesquelles le syndicat «n’essaie pas de faire taire qui que ce soit» et qu’il soutient «la liberté d’expression».

Excluant la possibilité de toute grève, Pahl appelle les travailleurs à se tourner vers la gouverneure démocrate du Michigan, Gretchen Whitmer, pour qu’elle prenne des mesures afin de protéger les travailleurs. Cependant, l’ordre de fermeture partielle de trois semaines annoncé par Whitmer le 15 novembre excluait spécifiquement les usines, même si ses responsables de la santé ont reconnu que les installations de fabrication étaient l’une des plus grandes sources d’épidémies dans l’État.

Le lendemain, le WSWS a publié un article contenant plusieurs entretiens avec des travailleurs de l’usine d’assemblage de Sterling Heights. «J’espère que nous allons arrêter la production, disait l’un d’entre eux. C’est terrible. Il n’y a plus de sécurité. Ils n’informent pas les gens si des personnes sont infectées. Ce sont seulement les débrayages des travailleurs qui nous ont aidés à fermer l’industrie. Le syndicat ne nous aide pas, il ne nous protège pas.»

Un autre travailleur confie: «Les usines devraient être fermées. Nous restons plus longtemps avec nos collègues de travail dans l’usine qu’avec nos familles. En ce moment, ça bouillonne à l’usine d’assemblage de Sterling Heights et aussi à l’usine de Sterling Stamping. Je ne veux pas transmettre cette maladie à mes enfants ou à mes parents.»

Le 18 novembre, le comité de sécurité de l’usine d’assemblage de Sterling Heights publiait la déclaration «End the coverup of the outbreak at Sterling Heights Assembly Plant! Stop nonessential production with full pay for workers to contain the pandemic!» (Mettez fin à la dissimulation de l’épidémie à l’usine d’assemblage de Sterling Heights! Arrêtez la production non essentielle avec une rémunération intégrale des travailleurs pour contenir la pandémie!) La déclaration appelle à «l’unité des travailleurs de l’usine d’assemblage de Sterling Heights avec les travailleurs d’autres usines et industries pour préparer une action collective visant à arrêter toute production non essentielle et à garantir les pleins salaires et avantages pour tous les travailleurs.»

L’entreprise, insiste le comité, devrait être obligée de payer pour cela à partir des profits massifs qu’elle a accumulés, dont 1,4 milliard de dollars rien qu’au troisième trimestre, acquis en imposant des journées de travail de 12 heures, en exploitant brutalement les travailleurs temporaires et en maintenant les usines ouvertes pendant une pandémie mortelle.

Dans le podcast de l’UAW, Pahl est particulièrement indigné que le WSWS ait annoncé la mort de Mark Bianchi, se plaignant qu’il recevait maintenant des appels du Wall Street Journal et d’autres publications d’information nationales. Les responsables du syndicat ont cyniquement affirmé qu’ils se souciaient de protéger la vie privée des membres de la famille en deuil, mais le fait est que la mort de Bianchi n’aurait jamais été révélée si ses proches n’avaient pas divulgué les informations qui avaient été dissimulées par la direction et l’UAW.

Les responsables de la section locale 1700 ont reconnu que les demandes d’arrêt de la production jusqu’à ce que le virus soit contenu se multiplient. Nous avons reçu des demandes, «pourquoi ne faites-vous pas de débrayages?» a déclaré Pahl.

Il a ensuite déclaré: «La section locale ne peut pas se contenter de dire “c’est une grève légale, nous sortons en grève à cause de a, b, c, d,” nous devons obtenir une autorisation, nous devons soumettre cela à l’Internationale et au BIE qui prennent la décision. Toute autre solution serait une grève illégale, et nous ne soumettrions jamais nos membres aux... répercussions d’une telle action.»

De qui se moque-t-il? Les travailleurs savent très bien que s’ils attendent la sanction de l’International UAW, il n’y aura jamais de débrayage. L’UAW est violemment hostile à tout ce qui nuit, même légèrement, aux bénéfices des entreprises automobiles. C’est uniquement parce que les travailleurs de la base ont mené une action indépendante contre l’UAW qu’un arrêt temporaire de la production automobile a été imposé en mars dernier, alors que la pandémie se propageait, sauvant sans aucun doute des milliers de vies. Il convient de rappeler que le débrayage de l’usine d’assemblage de Sterling Heights a eu lieu quelques heures seulement après que l’UAW ait cessé ses fanfaronnades de menaces de grève et annoncé un accord pour maintenir les usines ouvertes pendant la pandémie.

Après des mois d’obstruction quant à la divulgation de chiffres précis, les deux responsables de la section locale 1700 ont affirmé qu’il n’y avait eu que 72 cas confirmés de COVID-19 dans l’usine depuis mars et qu’un total de 463 travailleurs avaient été mis en quarantaine. Pour la première fois ils ont annoncé que la section locale allait maintenant, huit mois après le début de la pandémie – après la mort d’au moins cinq travailleurs de l’usine d’assemblage de Sterling Heights – commencer à signaler régulièrement les infections.

La transparence totale quant à la question des infections est une demande de longue date des travailleurs de l’usine qui ont été confrontés à un black-out total d’information par l’UAW et la direction, rendant impossible pour les travailleurs de se protéger de façon adéquate. Pire encore, tout travailleur dénonçant la présence d’un cas dans l’usine est menacé de licenciement immédiat.

Cependant, même les mesures minimales annoncées par la section locale 1700 doivent être considérées avec un scepticisme extrême. Pahl et Oliver ont admis qu’ils s’en remettaient entièrement à la direction pour les chiffres d’infection, sans aucun contrôle ou recoupement indépendant. Étant donné la longue série de mensonges et de dissimulations de l’UAW et de FCA, les travailleurs ne peuvent absolument pas faire confiance à ces chiffres.

Les deux responsables syndicaux dénoncent le WSWS comme étant «antisyndical». Mais la réalité est que c’est l’UAW qui est anti-travailleurs. Il y a longtemps que ce syndicat a abandonné toute fonction traditionnellement associée à un syndicat. Le syndicat n’unit pas les travailleurs, il les divise entre différents niveaux, entre temps plein et temps partiel, entre usines et entre pays.

Loin de défendre les emplois et le niveau de vie des travailleurs, les responsables de l’UAW ont accepté des pots-de-vin de millions de dollars de FCA pour réduire de moitié les salaires des nouvelles recrues, abandonner la journée de huit heures et accepter d’autres reculs. Et surtout, comment peut-on qualifier d’organisation de travailleurs une organisation qui conspire délibérément avec la direction de l’entreprise pour garder ceux-ci au travail en pleine pandémie mortelle?

C’est pourquoi le WSWS Autoworker Newsletter (Bulletin d’information des travailleurs de l’automobile du WSWS) lutte pour que les travailleurs mettent en place un réseau de comités de sécurité indépendants dans les usines afin d’assurer une véritable représentation sur le lieu de travail. Contrairement à l’UAW, ces comités sont des organisations de lutte démocratiques, responsables devant les travailleurs et non devant les entreprises automobiles, et ils exigent que la santé et la sécurité des travailleurs passent en premier, avant les impératifs de la production et des profits.

Nous demandons instamment aux travailleurs de l’automobile de l’usine d’assemblage de Sterling Heights et autres d’aider à étendre le réseau des comités de sécurité de la base et de lutter pour l’arrêt immédiat de toute production non essentielle tant que la pandémie ne sera pas contenue. Notre principe opérationnel est que la vie des travailleurs passe avant la quête du profit de Wall Street et des dirigeants d’entreprise.

(Article paru en anglais le 23 novembre 2020)