Le gouvernement et l'opposition sri-lankais félicitent le président élu américain Joe Biden

Par K. Ratnayake
17 novembre 2020

Le président Gotabhaya Rajapakse et son frère le Premier ministre Mahinda Rajapakse ont mené cette semaine les messages de félicitations du Sri Lanka au président élu américain Joe Biden. Le chef de l'opposition parlementaire Sajith Premadasa et l'Alliance nationale tamoule (TNA) se sont joints aux éloges, présentant leurs propres salutations.

Le président sri-lankais Gotabaya Rajapakse, assiste à un événement pour marquer l'anniversaire de l'indépendance du pays de la domination coloniale britannique [source: AP Photo / Eranga Jayawardena]

Dans un message Twitter, le président Rajapakse a salué la «victoire historique» de Biden et a déclaré qu'il espérait collaborer «étroitement» pour «renforcer les relations bilatérales entre les deux pays». Rajapakse s'attendait à un «partenariat encore plus solide et mutuellement enrichissant» sous la direction de Biden et de la vice-présidente élue Kamala Harris.

Le Premier ministre Rajapakse a rappelé 72 ans de relations diplomatiques entre les deux pays et a ajouté qu'il avait hâte de travailler avec Biden et Harris «pour renforcer encore les relations entre le Sri Lanka et les États-Unis».

Les membres de l'élite dirigeante sont particulièrement préoccupés par la façon dont les changements politiques à Washington pourraient les affecter, au moment où ils sont à la recherche de relations étroites avec cette grande puissance impérialiste. Ces inquiétudes se sont considérablement intensifiées dans la dernière décennie, alors que les tensions géopolitiques dans la région Asie-Pacifique se sont aggravées, les États-Unis et l'Inde affrontant la Chine.

La bataille entre Washington, New Delhi et Pékin a accru la pression sur les gouvernements du Sri Lanka, qui est stratégiquement situé à cheval sur les voies maritimes vitales de l'océan Indien. Washington veut que le Sri Lanka s'aligne sur ses préparatifs stratégiques et militaires contre la Chine.

À peine une semaine avant l'élection présidentielle américaine, le secrétaire d'État américain Mike Pompeo s'est rendu au Sri Lanka et a rencontré le président Rajapakse et le ministre des Affaires étrangères Dinesh Gunawardena. La visite de Pompeo faisait partie d'une tournée dans la région pour renforcer la position américaine vis-à-vis de la Chine.

À Colombo, Pompeo a exigé que le Sri Lanka soutienne directement les États-Unis contre la Chine. Il a déclaré: «[Un] Sri Lanka fort et souverain est un partenaire puissant et stratégique pour les États-Unis.» Le pays pourrait être un «phare pour un Indo-Pacifique libre et ouvert».

Les gouvernements américains sont hostiles au régime de Colombo, à court d'argent, qui se tourne de plus en plus vers l'aide financière chinoise suite à l'effondrement économique déclenché par la pandémie mondiale. Pompeo a violemment accusé la Chine de « mauvais accords, violations de souveraineté et anarchie sur terre et sur mer ». Il a dénoncé le Parti communiste chinois comme un «prédateur», affirmant que les États-Unis étaient venus au Sri Lanka comme «un ami et un partenaire».

Le gouvernement précédent, celui d'Obama, dont Biden était vice-président, a poursuivi une politique de «pivot vers l'Asie» visant à isoler diplomatiquement et à encercler militairement la Chine. Il s'est opposé au gouvernement sri lankais d'alors du président Mahinda Rajapakse pour ses relations avec Pékin dans sa recherche d'aide financière. Les États-Unis ont soutenu la guerre de son régime contre les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) séparatistes, qui a tué des dizaines de milliers de civils tamouls dans les dernières semaines d’un conflit qui s’est terminé en mai 2009.

Washington a ensuite utilisé hypocritement les violations des droits de l’homme pour faire pression sur le gouvernement de Mahinda Rajapakse afin qu’il se distancie de Pékin. Enfin, la Maison Blanche d'Obama a orchestré une opération de changement de régime, avec le soutien de New Delhi, pour évincer Rajapakse à l'élection présidentielle de 2015 et le remplacer par Maithripala Sirisena.

Le président Gotabhaya Rajapakse, arrivé au pouvoir en novembre dernier, a poursuivi les relations militaires avec les États-Unis qui avaient été établies par Sirisena et le Premier ministre Ranil Wickremesinghe après 2015.

Le Sunday Times a rapporté que Rajapakse avait conclu un accord avec Pompeo pour renforcer ces relations avec Washington. En envoyant ses salutations à Biden, Rajapakse démontre sa loyauté envers les États-Unis.

Dans ses salutations, le chef de l'opposition, Premadasa, a fait l'éloge de Biden pour s'être tenu «aux côtés du peuple américain pour défendre les valeurs de démocratie et de justice», déclarant: «votre programme a fourni au monde un exemple de démocratie progressiste, de patriotisme pluraliste et d'équité sociale.» Premadasa a affirmé que son parti, le Samagi Jana Balavegaya, défendait ces idéaux.

En réalité, Premadasa a soutenu le changement de régime américain de 2015 à Colombo. Jusqu'à récemment, il était un des dirigeants du gouvernement pro-américain du Parti national uni (UNP), imposant son régime répressif après avoir soutenu les trois décennies de guerre sanglante contre les LTTE.

Malgré tous ces hommages somptueux, Biden est un représentant réactionnaire de l'impérialisme américain qui poursuivra impitoyablement ses intérêts si et quand il prendra ses fonctions.

R. Sambandan, chef de la TNA, un autre parti servilement pro-Washington, a lui aussi salué Biden et Harris avec enthousiasme. Il a déclaré au quotidien tamoul Veerakesari le 9 novembre que: «Biden semble être préoccupé par plusieurs questions, notamment la justice, l'égalité, les droits fondamentaux, les droits de l'homme et les [préoccupations] progressistes.» Faisant référence à l'origine indienne de Harris, Sambandan a déclaré: «Elle se bat pour la justice et les personnes sans voix» et a déclaré qu'il espérait «les rencontrer à l'avenir».

La direction de la TNA fait ce genre d'éloges dans l'espoir de faire avancer ses propres intérêts. Elle a soutenu la fausse campagne américaine des droits de l'homme après la guerre civile et s'est pleinement aligné sur l'intervention de Washington au Sri Lanka en 2015. En s'alignant sur les intérêts stratégiques des États-Unis, elle recherche un soutien pour appuyer sa demande de partage du pouvoir dans le nord et l'est du Sri Lanka.

Après l'élection de Donald Trump à la présidence en 2016, les dirigeants de la TNA sont restés en contact étroit avec les États-Unis et leurs diplomates, et ont soutenu les mesures du gouvernement Sirisena-Wickremesing pour s'intégrer plus étroitement à l'armée américaine.

Cependant, un éditorial du 9 novembre dans le Daily Mirror, basé à Colombo, indique que certaines factions de l'élite dirigeante de Colombo craignent que les changements politiques à Washington feront que les États-Unis utiliseront à nouveau les crimes de guerre au Sri Lanka comme moyen d'intervenir dans le pays.

L'éditorial déclare que pendant la guerre du Sri Lanka, «les États-Unis ont cautionné les ventes d'armes au pays», mais «lorsque la guerre contre le terrorisme a abouti à la défaite de l'organisation terroriste, les États-Unis ont mené une politique anti-Sri Lanka vigoureuse» et commencé à porter des accusations de «crimes de guerre et crimes contre l'humanité».

Alors que les États-Unis ont limité certaines ventes d'armes, Mahinda et Gotabhaya Rajapakse ont déclaré à plusieurs reprises que la guerre contre les LTTE ne pourrait être gagnée sans le soutien, logistique et autre, de Washington et de New Delhi.

Le conflit sanglant n'était pas une « guerre contre le terrorisme » mais une guerre pour réprimer la classe ouvrière, la divisant selon des critères ethniques anti-tamouls, intensifiant les politiques communautaristes brutales menées par Colombo pendant des décennies. Les États-Unis ont exploité les crimes de guerre documentés au niveau international pour exiger que les gouvernements sri-lankais soutiennent les manœuvres stratégiques de Washington contre la Chine.

Tandis que la classe dirigeante sri-lankaise et l'armée veulent l'immunité pour leurs atrocités, le Mirror avertit qu’il «est difficile de voir un changement dans l'attitude des États-Unis à l'égard du Sri Lanka sous une présidence Biden. »

Sur fond de ces calculs nerveux, le régime de Rajapakse, conformément aux promesses faites à Pompeo, s'engage à maintenir des relations étroites avec Washington.

(Article paru en anglais le 14 novembre 2020)