Le Sénat relance la réforme des retraites impopulaire de Macron

Par Anthony Torres
17 novembre 2020

Macron avait annoncé au printemps dernier que sa réforme des retraites impopulaire était suspendue pendant la durée de la pandémie. Le Sénat a voté ce weekend le retour à des concertations sur la réforme des retraites lors du vote pour le budget 2021 de la sécurité sociale, relançant la réforme. Alors que l’Europe fait face à une seconde vague pire que celle de mars-avril, le gouvernement Macron démontre son mépris de classe à la fois pour les niveaux de vie et la survie des travailleurs.

La relance de la réforme des retraites par points souligne le caractère réactionnaire et antidémocratique du gouvernement Macron et de l’Union européenne. Ayant accordé des plans de relance de 2.000 milliards d’euros de deniers publics pour financer les banques et les entreprises stratégiques, l’UE doit en contrepartie accélérer les attaques contre les acquis sociaux. En France, cela passe par la relance de la réforme des retraites par Macron.

S’appuyant sur les projections du Conseil d’orientation des retraites, le COR, qui estime à 25 milliards d’euros de déficit pour 2020 des différents régimes avec des projections «alarmantes pour les années à venir» en raison de la pandémie, le Sénat majoritairement LR a fait voter à 200 voix contre 118 la reprise des concertations sur la réforme des retraites.

En cas d’échec de celle-ci, le rapporteur LR de la branche vieillesse, René-Paul Savary a fait voter l’augmentation de âge de départ à la retraite jusqu’à 63 ans en 2025 et l’allongement de la durée de cotisations pour atteindre 43 annuités dès la génération 1965.

Bien que Savary déclare que ces «amendements n’avaient aucune chance de survivre à la navette parlementaire», il n’est pas à exclure qu’une alliance LR avec le parti présidentiel permette de relancer la réforme de retraite universelle voulu par Macron. Selon France Info, «Emmanuel Macron n’a jamais complètement enterré sa réforme. L’Elysée attend le rapport définitif du COR, le jeudi 26 novembre prochain, pour se prononcer».

Toujours selon le site d’info: «Ce sera probablement un des sujets de la campagne présidentielle de 2022 portée par la droite, mais pas que. Par exemple, Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, en parle très souvent. Quand on lui demande comment la France fera pour rembourser les milliards dépensés pour le Covid, il répond que des efforts seront nécessaires pour maîtriser les dépenses, et cite presque à chaque fois la nécessité de réformer les retraites.»

La relance de la réforme des retraites fait partie d’une attaque plus large en cours contre les acquis sociaux de la classe ouvrière. Le chômage est au plus haut en raison de la pandémie, le taux de chômage ayant bondi selon l’Insee de 9 pour cent au troisième trimestre; de plus, gouvernement Macron s’attend à un nombre important de faillites. En même temps, celui-ci négocie la réforme de l’assurance chômage avec les organisations syndicales dont l’application avait été repoussée à cause de la pandémie.

Alors que la ministre du Travail Elisabeth Borne assure que les paramètres «peuvent bouger», les discussions avec les organisations syndicales seront sur des ajustements qui permettront la mise en place de la réforme de l’assurance chômage prévue initialement. Parmi les points qui pourrait bouger, la presse évoque le nombre de mois de travail nécessaire pour avoir droit au chômage, qui doit passer de 6 mois au lieu de 4 mois avant la réforme; et sur le calcul de l’indemnité journalière de référence qui avec la réforme devrait prendre en compte les jours non travaillés, ce qui ferait baisser mécaniquement l’allocation.

Ces attaques contre les acquis sociaux n’ont été possibles sans la complicité des organisations syndicales. Ces derniers ont bloqué l’émergence d’un mouvement des travailleurs contre la casse du statut des cheminots et de privatisation de la SNCF, en isolant les travailleurs de la SNCF des autres sections de travailleurs qui les soutenaient.

L’annonce de cette réforme par Macron a entraîné des grèves sauvages et ensuite un mouvement social étalé sur plusieurs mois dépassant sur la durée la grève générale de mai 68. Les syndicats ont organisé des journées d’actions craignant d’être débordés par les travailleurs. Mais ils avaient entre-temps négocié la réforme avec le gouvernement de Macron, et malgré les manœuvres réactionnaires du chef de l’État, ils donnent encore leur aval à la réforme.

Alors que l’épidémie du Covid-19 touchait la France, les organisations syndicales ont refusé de mobiliser les travailleurs pour se mettre à l’abri face au danger sanitaire. Les organisations syndicales avec le soutien du NPA et de Jean-Luc Mélenchon ont été dans les entreprises les garants de l’extraction continue des profits sur le dos des travailleurs malgré la pandémie.

Martinez de la CGT avec la CFDT et le syndicat allemand DGB dans une déclaration commune «se félicitent expressément de l’initiative franco-allemande de relance économique en Europe après la crise du coronavirus présentée par le président français et la chancelière allemande le 18 mai 2020.» Or, le plan de relance franco-allemand s’inscrit dans une politique de reprise du travail et de réouverture des écoles dans le contexte de la pandémie mondiale qui a créé une situation sanitaire désastreuse en Europe.

Et les syndicats y adhèrent en imposant la reprise du travail dans des conditions sanitaires dangereuses et en négociant l’austérité avec l’UE dans le cadre du «dialogue social.»

La politique sanitaire et sociale de l’UE et de Macron ne manqueront pas de provoquer une puissante opposition parmi les travailleurs. Les «gilets jaunes» et la grève de 2019-2020 n’étaient en fait que des signes avant-coureurs. La colère des travailleurs contre la gestion officielle de la pandémie et contre l’austérité prépare une vaste mobilisation internationale de la classe ouvrière et des jeunes, d’une ampleur jamais vue depuis des décennies.

Pour mener ces luttes, il est avant tout nécessaire pour les travailleurs d’ôter le contrôle des luttes ouvrières aux appareils syndicaux, en s’organisant en comités de sécurité indépendants des syndicats, et en menant une lutte internationale pour le socialisme. Seule la mobilisation coordonnée des ressources de l’économie mondiale permettra de protéger les travailleurs, stopper la pandémie et sécuriser les acquis sociaux. Cela exige avant tout une lutte pour la prise du pouvoir par la classe ouvrière afin de casser le diktat des banques.