Un avertissement sur le silence que fait Révolution Permanente (NPA) sur les occupations de lycée en Grèce

Par Anthony Torres et Alexandre Lantier
4 octobre 2020

Des grèves et des occupations de lycées par des dizaines de milliers de lycéens se répandent à travers la Grèce, rejetant la politique criminelle de retour à l’école et d’immunité collective menée par le gouvernement de droite du premier ministre Kyriakos Mitsotakis et par l’UE.

Deux semaines après le début du mouvement, rapporté par le WSWS, les médias français font peser un silence assourdissant sur ce mouvement. Le site Web Révolution Permanente, de la fraction du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) français liée au Parti des travailleurs socialistes (PTS) argentin et à son site Izquierda Diario est partie prenante de ce silence coupable. Le NPA et ses alliés latino-américains s’alignent ainsi sur les grands médias hostiles aux luttes sociales contre la pandémie.

Plus de 700 établissements scolaires ont été occupés à travers la Grèce. Des sections de travailleurs ont fait grève par solidarité, tout en exigeant des augmentations de salaire et des révisions de contrat. Les travailleurs du port du Pirée à Athènes ont interrompu le trafic pendant 24 heures, et une grève a contraint Olympic Air à annuler 58 vols intérieurs entre Athènes et les îles grecques. Les médecins hospitaliers ont aussi manifesté à Athènes devant le ministère de la Santé pour exiger plus de personnel et une approche scientifique à la lutte contre la pandémie.

Le silence du NPA est d’autant plus remarquable qu’il dispose de nombreux relais en Grèce. Directement lié au NPA, OKDE-Spartakos fait partie d’une coalition petite-bourgeoise, Antarsya, dont les tracts sur les occupations de lycée apparaissent en ligne. Le NPA a aussi soutenu et applaudi l’élection du parti pro-austéritaire grec Syriza (la «Coalition de la gauche radicale») en 2015; il conserve des attaches à Syriza à travers les Anticapitalistas espagnols liés au gouvernement pro-austéritaire de Podemos, principal allié européen de Syriza.

Ce n’est donc pas parce que le NPA ignore l’existence de ce mouvement qu’il fait le silence dessus, mais bien parce qu’il a décidé de ne pas attirer l’attention sur une lutte d’importance capitale. Car la lutte grecque a vocation à se développer en une lutte européenne et internationale contre les retours au travail et à l’école prématurés imposés par les banques et l’élite dirigeante, alors que ce virus souvent mortel se répand rapidement à travers l’Europe.

Le silence de Révolution permanente toutefois ne surprendra personne qui a suivi attentivement l’évolution droitière du NPA depuis sa fondation en 2009. Le NPA a fondé ce site Web en 2015, peu après la débâcle de sa politique de soutien aux forces islamistes dans la guerre par procuration des puissances impérialistes en Libye et en Syrie. Aux appels d’Olivier Besancenot à l’État français pour armer des «révolutionnaires» islamistes, ont succédé leur soutien au coup d’État fasciste organisé par l’OTAN en Ukraine de février 2014 et à l’élection de Syriza en Grèce en janvier 2015.

Après que Syriza a foulé aux pieds ses promesses à son électorat en imposant des milliards d’euros de coupes sociales qui ont dévasté les hôpitaux, les écoles et d’autres institutions grecques maintenant menacées par le COVID-19, le NPA s’est senti vulnérable sur sa gauche. Il a fondé Révolution permanente, tentant de faire peau neuve en collaboration avec le PTS argentin.

Pour essayer de prendre ses distances de ses crimes politiques précédents, le NPA s’est même payé le luxe de dénoncer malhonnêtement sur ce site les guerres qu’il avait lui-même applaudies.

Ainsi, sans mentionner le soutien précédent du NPA pour la guerre en Syrie, Révolution permanente a écrit dans un article que: «du point de vue du mouvement ouvrier, de la jeunesse et de l’ensemble des opprimés en France il s’agit en premier lieu de dénoncer les agissements de l’impérialisme français en Syrie et dans la région, de s’opposer à toute intervention militaire française. Un succès de la France impérialiste en Syrie c’est un succès pour nos exploiteurs et oppresseurs ici même. Notre principal ennemi est chez nous!»

Or le «principal ennemi» des travailleurs et des opprimés venait de recevoir pendant des années le soutien énergique et ouvertement affiché du NPA.

Grâce à ces discours cyniques et à leur intégration à l’appareil syndical, les soutiens de Révolution Permanente ont participé à l’organisation de grèves et de manifestations pendant la grève de la SNCF et des transports parisiens cet hiver. Ils les ont conduites droit dans le mur, sans leur donner aucune perspective. Après la plus longue grève en France depuis Mai 68, Macron a entériné la casse du statut des cheminots, l’ouverture à la concurrence, et la privatisation partielle de la SNCF.

A l’automne, ils ont donné une couverture «radicale» à l’imposition de la rentrée scolaire par les syndicats et les classes dirigeantes, en canalisant l’opposition de lycéens et étudiants derrière une perspective d’amélioration des protocoles sanitaires. Malgré ses revendications d’apparence militantes, telle la gratuité des masques et des tests, il n’a que quelques différends mineurs avec l’État. Macron quant à lui déclare qu’il faut «apprendre à vivre avec le virus.»

Révolution Permanente représente la même base sociale privilégiée, dans l’appareil syndical et le milieu universitaire, que le reste du NPA. Il partage l’orientation de classe d’un Besancenot, qui rejoint une manifestation l’après-midi pour négocier avec un parti impérialiste comme le PS le soir. Il vise à désorienter les travailleurs et les jeunes qui cherchent une alternative aux vieux appareils discrédités par des décennies de trahisons, et par cette tromperie étouffer tout mouvement de masse qui déborderait les directions syndicales et la classe politique sur leur gauche.

Derrière leur soutien à une politique sanitaire funeste qui fait des milliers de victimes et des centaines de milliers d’infections à travers l’Europe, il y a l’intérêt matériel petit-bourgeois de ces syndicalistes et universitaires. Sachant que l’Union européenne a réagi à la pandémie par des plans de relance pour des milliers de milliards d’euros qui transiteront par les comités d’entreprise et les organismes de recherche, ils se rangent derrière la politique de l’UE. Ainsi ils continueront à obtenir leurs financements habituels. En clair, ils sont depuis longtemps allés à la soupe.

Le Parti de l’égalité socialiste (PES) renouvelle ses avertissements sur le rôle du NPA dans le contexte de la pandémie. L’éruption de luttes de classe et de mouvements sociaux d’une ampleur inégalée se prépare autour du monde, face à la politique criminelle menée par les élites capitalistes dirigeantes.

Il est urgent pour les travailleurs et les jeunes de s’organiser indépendamment des appareils syndicaux, à l’échelle internationale, en comités de sécurité sur leurs lieux de travail ou d’éducation, et de préparer une grève générale visant à transférer le pouvoir aux travailleurs. Seul une pareille politique assurera aux travailleurs le contrôle des ressources internationales nécessaires à une lutte contre le virus. Pour une telle lutte, la direction révolutionnaire à construire est le PES, non pas le NPA, qui est un instrument de l’appareil d’État et de impérialisme français.

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