La révélation des mensonges officiels aux USA sur la Covid-19 démasque l’Union européenne

Par Alexandre Lantier
12 septembre 2020

La révélation du fait que Trump a menti publiquement sur le danger posé par la Covid-19 expose le rôle politiquement criminel de l’Union européenne (UE). Alors qu’ils avaient accès à des briefings officiels comme leurs homologues américains, ils ont reproduit la même litanie de mensonges et exprimé le même mépris flagrant pour la vie de leurs citoyens. Ils ont prôné une politique d’«immunité collective», c’est-à-dire de propagation contrôlée du virus dans la population.

C’est un avertissement quant aux régimes européens qui exigent désormais que travailleurs et enfants retournent au travail et à l’école malgré l’accélération de la propagation du virus. Leurs déclarations sur le COVID-19 ne valent rien. Leurs propos qui minimisent la pandémie, comme ceux de Trump, sont en contradiction flagrante avec les informations médicales qu’ils recevaient en privé, car ils visent eux aussi à augmenter les cours de la bourse et la richesse de l’aristocratie financière, au mépris de la vie des travailleurs.

Ces révélations sur Trump, publiées par le journaliste connu Bob Woodward, sont centrées sur ce que le président américain savait des rapports du renseignement et de l’État chinois sur la Covid-19. Il n’est pas crédible d’affirmer que les chefs d’État européens n’ont pas eu accès au même type d’informations que Trump.

Le 28 janvier, le renseignement américain a dit à Trump que le virus serait «la plus grande menace pour la sécurité nationale de votre présidence». Le 7 février, Trump a dit à Woodward que le président chinois Xi Jinping l’avait mis en garde contre la maladie: «C’est un truc mortel. C’est aussi plus mortel … même qu’une grippe intense… c’est cinq pour cent [de taux de mortalité] contre un pour cent et moins de un pour cent.» Il a ajouté: «Ça passe par l’air, Bob. C’est toujours plus dur que le toucher.»

Pendant des mois après, cependant, Trump et d’autres dirigeants américains mais aussi européens ont publiquement débité des mensonges. Ils comparaient le COVID-19 à la grippe, déclaraient que la peur du virus serait pire que le virus, etc. En parlant du virus, Trump a dit à Woodward qu’il «voulait toujours le minimiser» afin d’éviter la «panique», c’est-à-dire un krach boursier.

La réaction initiale des journaux européens aux révélations de cette conspiration au sommet de l’État américain est aussi extraordinaire que le rapport lui-même. Leurs articles superficiels se focalisaient presque exclusivement sur la question de savoir si le rapport nuirait à Trump et profiterait au Parti démocrate aux élections présidentielles américaines de novembre 2020.

Le Süddeutsche Zeitung allemand a intitulé son article «Le livre de Woodward sur Trump est un cadeau pour Biden» et écrit: «Trump a menti au peuple américain. C’est du moins ce que pense le candidat démocrate à la présidence Joe Biden». Après avoir analysé rapport de Woodward, le SZ a contredit sa propre manchette, concluant qu’il n’était pas clair si cela profitera à Biden: «Ce que les révélations de Woodward signifient pour la réélection de Trump, nous le découvrirons d’abord en novembre.»

Le Monde en France a affirmé que la scène est «désormais familière» avec Trump face à des révélations embarrassantes. Il conclut: «ces extraits montrent que le président a menti à ses concitoyens sur la réalité de la menace, alors qu’il est fréquemment accusé d’avoir tardé à prendre des mesures dont il savait qu’elles auraient un fort impact sur l’économie».

Aucun de ces articles ne posait la question évidente: si Trump est un menteur, que sont les dirigeants européens qui savaient les mêmes choses et ont fait des déclarations similaires aux siennes?

Tout d’abord, les États membres de l’UE étaient au courant des informations fournies à Trump par la CIA sur la Covid-19. En effet, les États de l’UE se sont engagés ces dernières années à dépenser des centaines de milliards d’euros pour renforcer l’alliance de l’OTAN. ils intensifiaient la coordination déjà étroite des rapports de leurs agences de renseignement sur les menaces communes pesant sur l’OTAN.

En octobre dernier, l’OTAN a publié sur son site web un article intitulé «Nouvelle ère pour le renseignement de l’OTAN». Il annonçait une «vaste série de réformes visant à améliorer la qualité et l’utilité des renseignements fournis aux plus hauts dirigeants politiques et militaires de l’OTAN». Les puissances de l’OTAN auraient «convenu qu’une approche commune améliorerait le partage des informations, en coordonnerait la production, renforcerait les indications et les avertissements, et améliorerait la gestion et la gouvernance».

Les responsables chinois, eux étaient en étroite discussion avec l’UE sur la pandémie. Le 13 février, une semaine après que Trump ait parlé à Woodward du rapport de Xi, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi s’est rendu à Berlin pour rencontrer la chancelière allemande Angela Merkel et discuter du virus. Selon les informations chinoises, Merkel a «salué la réponse décisive et énergique de la Chine et ses efforts considérables» et s’est engagée à «soutenir, aider et travailler avec la Chine» sur la Covid-19.

Il n’est pas crédible de prétendre que les hauts responsables de l’UE ignoraient que le renseignement américain estimaient que la pandémie était la principale menace mondiale en janvier, ou que les responsables chinois disaient que la Covid-19 était une menace mortelle.

Pourtant, non seulement ils se sont abstenus de démasquer la conspiration de Trump, dont ils étaient bien conscients, mais ils ont eux-mêmes minimisé le virus. Comme Trump, ils ont cherché à éviter de prendre des mesures qui auraient ralenti le flux de profits vers les banques et l’aristocratie financière.

Ils ont assimilé la Covid-19 à des maladies posant aucun risque mortel aux adultes en bonne santé. Le 23 janvier, le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, a comparé la Covid-19 à la grippe: «C’est aussi un risque que nous courons tous les jours». Le 24 février, onze jours après la rencontre Merkel-Wang, il a critiqué la distanciation sociale, en comparant la Covid-19 à la rougeole. Selon Tagesschau il a dit: «La rougeole est clairement plus contagieuse que COVID-19, mais les villes ne sont pas bloquées à cause des épidémies de rougeole.»

Le 5 mars, la porte-parole du gouvernement français, Sibeth Ndiaye, a dit: «Il faut avoir conscience que 80 pour cent des malades ont un gros rhume, une grosse grippe au maximum. … On ne va pas arrêter le pays pour autant.»

Le même jour, le Premier ministre britannique Boris Johnson a préconisé une stratégie d’immunité collective en déclarant que la Grande-Bretagne pouvait «encaisser la pandémie en un seul coup, et permettre à la maladie, pour ainsi dire, de se propager dans la population, sans prendre autant de mesures draconiennes».

L’UE a cherché collectivement à mettre en œuvre la politique d’immunité collective préconisée par Johnson. Le 11 mars, lors d’une conférence de presse, Merkel a platement affirmé: «Un pourcentage élevé de la population, 60 à 70 pour cent les experts, contractera le virus». L’UE compte plus de 510 millions d’habitants; ainsi, cela signifiait accepter plus de 300 millions de cas de Covid-19 en Europe.

L’exposition des mensonges de Trump sur la Covid-19 montre que les dirigeants européens ont également voulu tromper le public, tout en acceptant en privé un niveau d’infection qui entraînerait des millions de décès.

Ceci donne raison aux avertissements lancés par le Comité international de la IVe Internationale. Déjà, le 28 février, le CIQI avait appelé à une réaction d’urgence internationale face à la pandémie. Le CIQI alertait sur le danger potentiel de la pandémie et demandait l’allocation de centaines de milliards de dollars pour lutter contre le virus et aider les travailleurs, les immigrants et les autres personnes à s’en protéger.

Face aux déclarations réactionnaires de Johnson, Merkel et Cie, le WSWS a écrit: «Ces déclarations relèvent non pas de l’incompétence, mais de la criminalité politique. 75 ans après la chute du Troisième Reich nazi, une attitude fascisante envers la classe ouvrière prévaut dans l’aristocratie financière, reflétant celle de la Rome antique envers ses galériens: travaillez et crevez». Face à Merkel, il a appelé à des dépenses publiques massives, des quarantaines et à l’organisation indépendante de la classe ouvrière sur les lieux de travail afin de combattre le virus.

Seule l’intervention de la classe ouvrière, dans une vague de grèves spontanées en Italie qui s’est étendue à travers l’Europe en mars, a contraint l’UE à adopter une politique de confinement. Mais l’UE a fait pression sans relâche pour un retour au travail, en votant des milliers de milliards d’euros pour le renflouement des banques par l’UE et la Banque centrale européenne, mesure approuvée par les principaux syndicats allemands et français. En même temps, ils refusaient aux petites entreprises et aux travailleurs un financement approprié face à l’impact économique du confinement.

Selon une étude de l’Imperial College de Londres publiée dans Nature, le confinement aurait sauvé environ 3 millions de vies en Europe. C’est confirmé par une note interne de 17 pages préparée le 18 mars par le ministère allemand de l’Intérieur et publiée plus tard sur le site web du ministère. Intitulée «Comment nous maîtrisons COVID-19», la note affirme: «La plupart des virologues, épidémiologistes, médecins et politologues, si on leur demande ce qui se passerait si on ne fait rien, répondent par un scénario du pire dans lequel plus d’un million de personnes mourraient en 2020, rien qu’en Allemagne».

Alors que les fonctionnaires de l’UE impose désormais la rentrée à l’école et la reprise du travail, la classe dirigeante européenne conspire à nouveau contre le peuple. Les États de l’UE déclarent tous qu’il n’y aura plus de confinement. Les responsables espagnols ont déjà déclaré que «pratiquement tous les enfants» seront infectés à l’école.

Dans le dos des citoyens, l’UE complote la mise en danger de la vie de millions de personnes afin de financer des banques et d’enrichir l’aristocratie financière. Il faut mettre les travailleurs en garde: la classe dirigeante et son establishment politique préparent des crimes sociaux massifs. On ne peut les combattre que sur la base d’une mobilisation internationale indépendante de la classe ouvrière, fondée sur une perspective révolutionnaire et socialiste.

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