Trump et le Congrès condamnent les chômeurs à la famine

Par Patrick Martin
25 juillet 2020

Alors que les pourparlers se poursuivent entre le gouvernement Trump et les dirigeants démocrates et républicains au Congrès, il est maintenant évident que le supplément de 600 dollars par semaine des prestations fédérales pour les chômeurs, en vigueur depuis quatre mois, ne sera pas renouvelé à son expiration cette semaine. Des dizaines de millions de travailleurs subiront une suppression pure et simple de ces prestations, et tout rétablissement ne surviendra qu’après des semaines, voire des mois, et à un niveau bien inférieur, si même il y en a un.

Cela est d’autant plus significatif qu’un rapport de jeudi indique que le nombre de travailleurs qui déposent de nouvelles demandes d’indemnisation du chômage a augmenté la semaine dernière pour atteindre 1,4 million, la première augmentation sur une période d’une semaine en quatre mois. Avec les 16,1 millions de travailleurs qui ont des demandes continues d’indemnisation du chômage, ceux dont l’indemnisation d’État est épuisée, mais qui ont encore droit aux prestations fédérales, et ceux qui se trouvent couverts par l’assistance chômage en cas de pandémie pour les entrepreneurs et les travailleurs indépendants, le nombre total de travailleurs qui reçoivent maintenant des paiements fédéraux est d’environ 30 millions: un travailleur sur cinq.

Les querelles incessantes sur les détails de la prolongation de l’indemnisation du chômage font déjà perdre des millions de prestations à partir de la semaine prochaine, simplement parce que les bureaux de chômage des États auront besoin d’un certain temps pour reprogrammer leurs systèmes: dans un premier temps pour éliminer le supplément fédéral hebdomadaire de 600 dollars, puis pour rétablir le supplément à un niveau beaucoup plus bas s’il est finalement approuvé. Dans certains États, les travailleurs n’ont toujours pas reçu leurs paiements initiaux basés sur la loi CARES adoptée fin mars, car des systèmes informatiques obsolètes se sont effondrés sous l’impact de la plus grande et de la plus rapide montée du chômage de l’histoire américaine.

Le leader de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, a déclaré à son caucus républicain que le Congrès n’approuvera pas un accord définitif avant le mois d’août, ce qui garantit que des dizaines de millions de travailleurs perdront leur supplément fédéral. Les indemnités de chômage retomberont au niveau nettement insuffisant versé par les États, soit 300 dollars par semaine en moyenne, et aussi peu que 144 dollars par semaine au Tennessee. Cela représente une réduction de 64 pour cent du revenu hebdomadaire d’un chômeur typique, selon une analyse de la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants.

McConnell et d’autres républicains du Sénat étaient encore en train de discuter avec la Maison-Blanche des grandes lignes d’un plan soutenu par Trump pour rétablir le supplément fédéral à un niveau beaucoup plus bas, voire aussi bas que 200 dollars par semaine, que le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a décrit comme «basé sur un remplacement du salaire d’environ 70 pour cent». Même ce plan – qui prévoit une réduction moyenne de 30 pour cent du salaire des travailleurs licenciés en raison de la pandémie – dépendrait de la hausse des indemnités de chômage par les gouvernements des États, la plupart déjà en faillite, pour compenser partiellement la réduction du supplément fédéral.

Les démocrates ont proposé leurs propres plans sur l’indemnisation du chômage, ce qui représenterait également une réduction importante. La réponse la plus significative aux commentaires de Mnuchin est venue de Steny Hoyer, leader de la majorité à la Chambre, qui a déclaré à CNBC que le remplacement de seulement 70 pour cent des salaires n’était «pas la politique que nous devrions poursuivre», tout en ajoutant que «si nous devons réduire ce pourcentage, cela devrait se faire progressivement dans le temps».

Hoyer a conclu, qu’une «entente est toujours possible», une déclaration qui démontre le cynisme et l’insensibilité totale du Parti démocrate. Le plan est une question de vie ou de mort pour des millions de familles de la classe ouvrière dont les revenus seront considérablement réduits, mais rien que les démocrates ne puissent appuyer.

Derrière les différentes propositions de la Maison-Blanche et des républicains et démocrates du Congrès se cache un objectif de classe commun. Les capitalistes américains considèrent les 600 dollars par semaine d’indemnités de chômage supplémentaires comme un obstacle majeur à leur campagne qui vise à forcer des millions de travailleurs à retrouver leur emploi, quels que soient les dangers du coronavirus.

Les dirigeants d’entreprises se plaignent que pour de nombreux travailleurs, la moyenne de près de 1.000 dollars par semaine en indemnités de chômage au niveau fédéral et au niveau des États réunis représente une augmentation de salaire par rapport aux salaires misérables qu’ils recevaient auparavant dans ces entreprises pour travailler 40 heures par semaine dans des entrepôts, des usines, des restaurants à service rapide et des magasins de détail.

Le magazine des affaires, Forbes, a publié vendredi à la une de son site web: «Le plan de chômage signifie une énorme réduction des revenus pour des dizaines de millions de personnes qui ne peuvent pas se le permettre». Pour les oligarques financiers, ce n’est pas un acte d’accusation, mais plutôt l’objectif du plan. Ces travailleurs, calculent-ils, n’auront d’autre choix que d’accepter n’importe quel emploi proposé, aussi dangereux soit-il en termes de COVID-19 et aussi peu rémunéré soit-il.

En outre, les grandes entreprises veulent s’assurer que – tel que dans le cas de la loi CARES – la part du lion de toutes les nouvelles dépenses fédérales ira aux sociétés américaines de deux manières: soit sous forme de prêts et de subventions à grande échelle, soit par de fonds dits «de petites entreprises» du Programme de protection des salaires (PPP). Une grande partie des fonds de ce dernier est allée aux grandes entreprises et à celles qui ont des liens politiques avec des membres du Congrès.

Les autorités de Washington sont pleinement conscientes du raz-de-marée de souffrances et de privations de masse que déclenchera la fin des prestations fédérales étendues. Le gouvernement Trump a discrètement prolongé de 30 jours un moratoire, d’abord promulgué dans la loi CARES, sur les expulsions des logements soutenus par le gouvernement fédéral. Ainsi, la Maison-Blanche veut faire les préparatifs nécessaires – notamment en renforçant la police locale et les services du shérif – avant d’intervenir contre les quelque 12,3 millions de ménages qui ont actuellement des arriérés de loyer et qui risquent d’être expulsés après le 1er septembre.

Un reportage publié jeudi dans le Washington Post indique l’ampleur de l’effondrement social imminent. Selon l’article, pas moins d’un million de familles dans un seul État, la Caroline du Nord, «ont pris du retard sur leurs factures d’électricité, d’eau et d’égouts. Cela menace les résidents et leurs villes de graves difficultés financières si les législateurs fédéraux n’agissent pas pour approuver davantage d’aide d’urgence». À elle seule, Duke Energy compte plus de 130.000 clients qui ont 60 jours de retard sur leurs factures d’électricité.

La classe dirigeante américaine et ses deux partis contrôlés par la grande entreprise prévoient d’organiser une campagne électorale au cours des trois prochains mois qui se déroulera sur fond de calamité sociale sans précédent. Ni le fasciste Trump ni le démocrate Joe Biden, le candidat favori de Wall Street et de la CIA, n’ont quoi que ce soit à offrir à des dizaines de millions de travailleurs.

Le Parti de l’égalité socialiste et ses candidats pour 2020 – Joseph Kishore à la présidence et Norissa Santa Cruz à la vice-présidence – affirment que la classe ouvrière n’est pas responsable de cette crise qui a été causée par la politique incompétente et meurtrière de l’élite financière américaine. Nous exigeons: la fin des campagnes prématurées et dangereuses de retour au travail et à l’école; le versement de tous les salaires et avantages sociaux à tous les travailleurs mis à l’écart par la pandémie; ainsi qu’un lieu de travail sûr et une prime de risque pour les travailleurs essentiels qui restent au travail.

La réponse des démocrates et des républicains à la crise démontre toute la faillite du système de profit dans son ensemble. Les travailleurs doivent s’engager dans une lutte directe contre le capitalisme, sur la base d’un programme socialiste et internationaliste.

(Article paru en anglais le 24 juillet 2020)