«L’entreprise prend des risques avec la vie de 5.000  travailleurs»

Alors que les cas de Covid-19 se multiplient, les travailleurs de GM du Texas exigent la fermeture de l'usine

Par Jerry White
3 juillet 2020

Avec la recrudescence des infections et des décès dus au Covid-19 aux États-Unis, les travailleurs des secteurs de l’automobile, de la viande et d’autres industries exigent une protection contre cette maladie mortelle. Ils revendiquent aussi la publication d’informations sur sa propagation dans les usines et les lieux de travail.

La semaine dernière, des milliers d’ouvriers de deux usines d’assemblage de Fiat Chrysler (FCA) de la région de Detroit ont rangé leurs outils et arrêté la production. Cela à la suite de plusieurs travailleurs qui sont tombés malades et se sont trouvés contraints de quitter leur travail. La colère a éclaté après que la direction de FCA et le syndicat United Auto Workers ont refusé de divulguer toute information sur les cas potentiels de Covid-19.

Par la suite, les travailleurs des deux usines de montage — Jefferson North et Sterling Heights — ont mis en place des comités de sécurité de base, indépendants du syndicat: les Travailleurs unis de l’automobile (UAW). Leurs revendications comprenaient: «Les travailleurs doivent être immédiatement informés de tout cas de COVID-19 et des zones touchées. Cette information ne peut se faire cacher des travailleurs».

Usine GM d'Arlington (Source: GM Authority)

Les infections et les décès ont augmenté cette semaine dans la région de Dallas-Fort Worth, au Texas. Les travailleurs de l’usine d’assemblage General Motors Arlington ont demandé la fermeture de cette usine tentaculaire, qui emploie près de 5000 travailleurs sur trois équipes. Les demandes étaient si nombreuses que les responsables syndicaux locaux se sont sentis obligés de demander à GM de fermer l’usine «jusqu’à ce que la courbe soit aplatie».

Le comté de Tarrant, où se trouve l’usine GM, a confirmé un total de 12.344 cas de Covid-19 et 228 décès. Mardi, les responsables du comté ont fait état de 605 nouveaux cas et de trois autres décès, dont deux habitants d’Arlington. Le nombre d’hospitalisations a atteint des sommets historiques. Les unités de soins intensifs du comté — actuellement à 75 pour cent de leur capacité — pourraient atteindre leur limite en moins de trois semaines, avertissent les experts de la santé publique.

Reconnaissant que «personne ne veut être ici», les responsables syndicaux locaux se sont néanmoins inclinés devant GM, affirmant lamentablement que «les décisions sont prises au-dessus de nous, nous devons donc tous essayer de rester en sécurité pour nos familles à l’intérieur et à l’extérieur de GM».

GM a rejeté l’appel, en précisant qu’aucun ralentissement dans la production n’aura lieu. Les véhicules sont très rentables: Chevrolet Tahoe, GMC Yukon et Cadillac Escalade. C’est des gros véhicules utilitaires et de sport. «Ce n’est pas nécessaire d’interrompre la production», a déclaré le porte-parole de GM, Jim Caïn, qui affirmait que «plusieurs couches de protection existaient dans l’usine pour empêcher la propagation du virus».

Un porte-parole de la direction du syndicat national (UAW) à Detroit a déclaré que c’était à la direction de l’entreprise de décider de fermer ou non l’usine.

«Le virus se propage dans tout le Texas et on a eu des cas dans notre usine», a déclaré Jennifer, une employée expérimentée de l’usine, au site Internet du Parti socialiste mondial. «Chaque jour, nous prenons des risques avec la vie de 5000 travailleurs et de leurs familles. Nous devons fermer cette usine, mais GM et le syndicat affirment que beaucoup de ces camions sont déjà commandés et que nous devons donc maintenir la production, quel que soit le nombre de vies perdues. Nous travaillons déjà six jours par semaine et ils veulent passer à sept».

«La société et l’UAW partagent le même pain ensemble, et c’est nous qui sommes blessés. J’aimerais pouvoir profiter des années qui me restent et prendre ma retraite, si je vis assez longtemps.»

Travailleurs de l’usine d’Arlington (Source: GM Media)

James, un travailleur qui travaille depuis cinq ans à l’usine, a ajouté: «Nous savons qu’il y a des cas, mais nous n’obtenons aucune information sur qui, où et quand. La direction et le syndicat affirment que des lois sur la protection de la vie privée les empêchent de nous donner des détails. C’est une mis en scène comme si c’était ultra-secret et Dieu nous tuerait si on en savait quelque chose!»

«Il y a certaines précautions dans l’usine, comme les masques et les contrôles de température, mais personne ne sait si nous sommes vraiment en sécurité. Vous pouvez être asymptomatique et continuer à le propager. Tout le monde nous ment, depuis le gouvernement jusqu’à la base.»

«En ce moment, nous n’en sommes qu’à la moitié de la production. Que va-t-il se passer lorsque nous atteindrons la pleine production après le week-end du 4 juillet? Après les vacances, vous allez avoir plus de cas de virus avec une production de sept jours. Nous allons voir un pic de cas et d’autres personnes tomber par manque d’oxygène parce qu’elles portent des masques dans la chaleur.»

«Devrions-nous fermer cette usine? Absolument. Tout ce qui intéresse les grandes entreprises, c’est de savoir comment elles peuvent nous soutirer davantage pour payer leurs actionnaires et leurs dirigeants. Quant aux politiciens, ils viennent des grandes entreprises, vont au gouvernement et s’occupent des grandes entreprises, puis quand ils quittent leur poste, ils retournent aux grandes entreprises. Toutes les disputes entre Trump et les démocrates ne sont rien d’autre qu’une querelle de famille.»

«Nous n’en entendons jamais parler, mais je ne suis pas surpris que les travailleurs de Chrysler à Detroit et les travailleurs mexicains fassent grève pour se protéger de la pandémie. Nous ne sommes pas des esclaves et nous n'accepterons pas cela.»

Ces sentiments sont partagés par les travailleurs de l’automobile et d’autres travailleurs dans tout le pays et dans le monde entier. Un employé de Fiat Chrysler à l’usine de Tipton Transmission, juste à l’extérieur de Kokomo, dans l’Indiana, a déclaré à la WSWS: «La cupidité vaut plus que la vie humaine. Les cas positifs explosent partout. Quelqu’un doit faire circuler cette information, car personne ne devrait y retourner maintenant. Ils pensent qu’ils peuvent traiter les travailleurs comme des animaux de ferme.»

La politique officielle de nombreuses entreprises et de nombreux responsables locaux consiste à dissimuler des informations sur les cas d’infection afin de ne pas perturber la campagne de retour au travail. Cette dernière se fait mener avec insouciance par le président Trump et soutenue par les Démocrates et les Républicains au niveau local et national.

Le géant de la vente au détail en ligne et de la logistique, Amazon, est l’une de ces entreprises. Ses hauts fonctionnaires qui affirment que la collecte de telles informations, sans parler de leur diffusion, n’est «pas particulièrement utile». Sur la base de son examen des cas signalés, Jana Jumpp, ancienne employée d’Amazon, estime qu’au moins 1600 travailleurs se sont trouvés infectés et 10 en sont morts.

Bloomberg News a récemment écrit qu’Amazon «a un système de suivi sophistiqué qui se fait hors de la vue du public». Cela contredit les déclarations publiques de la société selon lesquelles elle ne collecte pas de données sur les infections et les décès. Le système de suivi, selon Bloomberg, inclut le lieu où vivent les employés malades. Également, s’ils sont en appartement ou vivent dans une maison indépendante. Le système de suivi indique aussi dans quelles équipes qu’ils travaillent habituellement et les tâches qu’ils effectuent à l’intérieur des entrepôts.

Selon un mémo interne examiné par Bloomberg, une récente épidémie de cas de Covid-19 à l’entrepôt d’Amazon à Shakopee, Minnesota, près de Minneapolis, a dépassé d’au moins quatre fois le taux d’infection des communautés environnantes. Cela contredit directement les déclarations de Dave Clark, vice-président directeur des opérations mondiales d’Amazon, dans l’émission «60 minutes» de CBS News. Clark a dit que les cas «apparaissent à un taux généralement juste inférieur aux taux d’infection réels des communautés».

À la mi-mai, Amazon avait connaissance de 45 cas dans son centre MSP1 à Shakopee, soit un taux d’infection de 1,7 pour cent, selon la note de service. Ce taux était supérieur à celui du comté rural qui entoure l’entrepôt, et environ quatre fois supérieur à celui de n’importe quel comté de la région métropolitaine voisine de Minneapolis-Saint Paul.

Selon Bloomberg, le mémo interne «reconnaît le désir des travailleurs pour plus de transparence». Boomberg note que: «deux tiers des commentaires relatifs à la sécurité sur les tableaux blancs installés à l’intérieur de l’installation demandaient plus d’informations sur les infections». Amazon a répondu aux commentaires par des avis affichés sur les mêmes tableaux et des communications verbales avec les travailleurs, ont écrit les auteurs. Dans d’autres entrepôts, ces communications ont principalement consisté à rassurer sur l’adéquation des protocoles de nettoyage d’Amazon.

Dissimuler la propagation des infections est également le modus operandi de l’industrie de l’emballage de la viande et de nombreux gouvernements d’État et gouvernements locaux dans les zones où les sociétés géantes dominent. Plus de 36.000 travailleurs de l’industrie de la transformation de la viande et des exploitations agricoles ont été testé positifs et au moins 116 sont morts, selon le Réseau de rapports sur l’alimentation et l’environnement (the Food and Environment Reporting Network), qui reconnaît que le chiffre réel est probablement bien plus élevé.

Citant l’apparition de cas dans une usine de transformation de la volaille de Case Farms en Caroline du Nord, le journal Guardian a rapporté que le 8 juin, les responsables de la santé du comté de Burke ont signalé 136 nouveaux cas de COVID-19, soit une augmentation de 25 pour cent du nombre total de cas, «mais ni l’entreprise, ni les responsables du comté, ni le ministère de la Santé et des Services sociaux de Caroline du Nord n’ont voulu confirmer si ces cas étaient liés à Case Farms.»

La semaine dernière, 2772 cas d’infections dans 28 «groupes» d’usines de transformation de viande se sont confirmés dans l’état, a reconnu le ministère de la Santé de Caroline du Nord, sans plus de précisions. Quant au comté de Burke, la porte-parole locale Lisa Moore a déclaré au journal: «Nous savons où [les cas] se trouvent, mais nous ne sommes pas un comté qui peut divulguer tous les endroits où ils se trouvent.»

Dans l’Iowa, Dickson Industries, une entreprise qui fabrique depuis longtemps des vêtements pour les travailleurs de l’industrie de la viande, a fait don de 500 housses mortuaires au gouvernement de l’État, alors que celui-ci se prépare à un pic qui risque de submerger les hôpitaux locaux. Le département de la santé publique de l’Iowa n’a pas publié de données sur le nombre de travailleurs de l’industrie de la viande qui sont décédés des suites de la Covid-19.

(Article paru d’abord en anglais 2 juillet 2020)

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