Trois ans après l'incendie de Grenfell: La collaboration avec l'enquête officielle doit prendre fin!

Par Robert Stevens
17 juin 2020

Cela fait trois ans dimanche dernier que 72 personnes – hommes, femmes et 18 enfants, dont un bébé à naître – ont été victimes d'un meurtre social dans la tour Grenfell.

Ils sont morts dans une tour qui a été transformée en piège mortel dans le cadre des plans de «régénération» élaborés par le conseil de l'arrondissement royal de Kensington et Chelsea (RBKC) et son organisation de gestion des locataires (TMO).

La tour de 24 étages a été recouverte d'un revêtement inflammable bon marché. Le bâtiment présentant également une myriade de risques d'incendie à l'intérieur, un petit incendie de cuisine au quatrième étage a englouti toute la structure en quelques minutes.

Des millions de personnes au Royaume-Uni et dans le monde entier ont été bouleversées et indignées que cela puisse se produire au beau milieu de Londres, l'une des villes les plus riches de l'un des pays les plus riches du monde.

Des manifestants demandent justice pour les victimes de Grenfell

Ce qui s'est passé était un crime et pourtant, aujourd'hui, les partis politiques et les entreprises coupables ne sont pas plus près d’être traduits en justice qu'ils ne l'étaient le matin après l'incendie.

Tout ce qui s'est passé au cours des trois dernières années témoigne d'un camouflage plus grotesque que celui perpétré contre les victimes, les endeuillés et les survivants de la catastrophe de Hillsborough en 1989. En novembre dernier, après plus de 30 ans, les familles de Hillsborough ont été privées de justice pour 96 décès, sans que personne ne soit tenu pour responsable.

Trois ans après Grenfell:

- Pas une seule personne de la RBKC, de la TMO ou des dirigeants des entreprises impliquées dans le revêtement hautement inflammable de la tour Grenfell n'a été arrêtée ou accusée d'un quelconque crime.

- L'enquête mise en place par le gouvernement sous la direction de Sir Martin Moore-Bick a été convoquée en vertu de la loi de 2005 sur les enquêtes du gouvernement travailliste, et «n'a pas le pouvoir de déterminer la responsabilité civile ou pénale de quiconque». La protection des coupables a été garantie par Moore-Bick et la première ministre de l'époque, Theresa May, qui ont accepté que toute question de «nature sociale, économique et politique» soit exclue de l'enquête.

Sir Martin Moore-Bick

- L'enquête a accordé à toutes les «personnes physiques», ou individus, l'immunité de poursuite pour tout témoignage oral qu'ils feraient. Au début de ce mois, après des mois de lobbying pour obtenir l'immunité de poursuites sur la base de leur témoignage par les sociétés et autres organisations impliquées dans le revêtement de la tour et sa rénovation, elles ont également obtenu une protection supplémentaire contre les poursuites pénales. Le procureur général Suella Braverman a annoncé que toute déclaration faite par des «personnes morales» dans le cadre de l'enquête sur la tour Grenfell ne pourra pas être utilisée comme preuve contre elles dans une future poursuite. Une personne morale comprend toute «société à responsabilité limitée ou société constituée en personne morale», ce qui accorde effectivement l'immunité à toutes les sociétés impliquées dans la deuxième phase de l'enquête.

- La première phase de l'enquête n'a commencé que trois mois après l'incendie, le 14 juin 2017. Elle a finalement publié un rapport de la première phase près de deux ans et demi plus tard, le 30 octobre 2019. Ses critiques portaient sur les manquements, réels et imaginaires, de la brigade des pompiers de Londres, et non sur les criminels responsables.

- La deuxième phase de l'enquête n'a commencé qu'en janvier de cette année et a ensuite été retardée de plusieurs mois pour accorder l'immunité juridique aux coupables, puis par la pandémie de coronavirus. Elle doit reprendre le mois prochain. Le Guardian a rapporté vendredi qu'en raison de l'arrêt de l'enquête, «les accusations criminelles ne devraient même pas être prises en compte avant 2022» par la police métropolitaine. En janvier, la police avait indiqué que l'étude du rapport final de la commission d'enquête pourrait prendre jusqu'en 2025, soit huit ans après l'incendie. Étant donné le rythme à pas de tortue de l'enquête et l'absence d'«enquête» policière, il est possible qu'une décennie s'écoule avant que la police ne prenne une quelconque décision.

Les gouvernements de May et Boris Johnson n'ont pas fini de verser des larmes de crocodile sur Grenfell. Une fois de plus, Downing Street, d'autres bâtiments gouvernementaux et les Chambres du Parlement ont été baignés de lumière verte la nuit dernière: la couleur adoptée par la communauté de Grenfell dans sa lutte que justice soit rendue. Mais tout le reste est comme d'habitude. Au moins un demi-million de personnes dorment encore chaque soir dans des bâtiments peu sûrs. Plus de 23.000 demeures sont encore couvertes d'un revêtement inflammable. Des milliers de ménages sont considérés comme «à haut risque» et pourraient subir le même sort que Grenfell car ils sont couverts du même type de revêtement en matériau composite d'aluminium (MCA). Malgré les déclarations répétées selon lesquelles les travaux correctifs seraient prioritaires, presque rien n'a été fait pour rendre sûrs même les bâtiments les plus dangereusement compromis.

Un rapport publié la semaine dernière par la commission parlementaire du logement, des communautés et des collectivités locales (HCLG) note que Grenfell «a été une tragédie tout à fait évitable» et que ceux qui sont morts ont payé «un prix terrible pour une défaillance catastrophique de l'industrie et du gouvernement». Cette déclaration justifie à elle seule les arrestations, les inculpations et les procès des coupables.

Intitulé «Revêtement: Progrès de la correction», son introduction ajoute: «Mais la tour Grenfell n'était pas un bâtiment unique. Cette nuit-là, il y avait plus de 450 tours résidentielles ou autres bâtiments publics en Angleterre avec des systèmes de revêtement ACM identiques ou similaires et dangereux. Il y en a encore plus de 300. Et cela n'inclut pas les milliers de bâtiments de toutes hauteurs avec d'autres formes de revêtement combustible ou les bâtiments présentant de graves défauts de sécurité d’incendie, notamment l'isolation combustible, les balcons et passerelles en bois, les pare-feu manquants et les portes coupe-feu défectueuses».

Après avoir «enquêté sur les progrès de restauration des immeubles de grande hauteur et à haut risque», le HCLG concède: «Il est profondément choquant et totalement inacceptable que, trois ans après l'incendie de la tour Grenfell, il y ait encore 2000 immeubles résidentiels à haut risque avec un revêtement dangereux».

En mai 2020, «sur les 457 immeubles résidentiels de grande hauteur ou autres bâtiments publics de plus de 18 mètres initialement dotés d'un revêtement MCA, 149 avaient achevé les travaux nécessaires et 307 n'étaient toujours pas rénovés».

Ce n'est que la pointe d'un gigantesque iceberg. «En plus de ces 300 bâtiments avec un revêtement ACM en attente de rénovation, nous savons maintenant qu'il y aura probablement 11.300 autres bâtiments avec d'autres formes de revêtement combustible, dont environ 1.700 sont à haut risque et nécessiteront probablement une rénovation urgente».

Le gouvernement a promis seulement un milliard de livres sterling pour rendre les bâtiments sûrs. Le HCLG estime que «le Fonds de sécurité des bâtiments devra être augmenté pour remédier à tous les défauts de sécurité incendie dans chaque bâtiment résidentiel à haut risque, ce qui pourrait coûter jusqu'à 15 milliards de livres».

Malgré ses conclusions accablantes, le HCLG, composé de députés conservateurs, travaillistes et libéraux-démocrates, n'offre rien pour remédier à la crise. Il demande simplement au gouvernement «de s'assurer que tous les bâtiments de toute hauteur avec un revêtement en MCA... soient entièrement assainis de tous les défauts de sécurité incendie d'ici décembre 2021» et que les bâtiments «avec d'autres défauts de sécurité incendie, y compris un revêtement non MCA, soient rénovés avant le cinquième anniversaire de l'incendie de la tour Grenfell en juin 2022».

Pour parler franchement, cela n'arrivera pas.

L'incendie de la tour Grenfell a révélé l'issue macabre d'une guerre contre la classe ouvrière qui dure depuis des décennies et qui a vu la suppression de toutes les restrictions à l'accumulation de richesses pour les super-riches, y compris les réglementations en matière de construction et de sécurité incendie. L'incendie a révélé l'échec du capitalisme, qui est incapable de fournir le besoin le plus fondamental de logements sûrs et abordables.

Boris Johnson insultes les membres de l'Assemblée de Londres et les pompiers protestataires en leur disant d’aller se «faire voir» lorsqu’on l’accuse d’avoir réduit les services d'incendie pendant son mandat de maire de Londres.

En tant que premier ministre, Johnson, qui a dit aux pompiers protestataires d’aller «se faire voir» lorsqu'ils s'opposaient à ses coupes en tant que maire de Londres, met en œuvre une politique malthusienne d’«immunité collective» qui a entraîné la mort de plus de 60.000 personnes pendant la pandémie. Au moins deux survivants de Grenfell – dont Virgilio Castro, 63 ans – sont morts du COVID-19.

Rien de bon ne peut sortir de l'enquête Moore-Bick. Ceux qui, comme Jeremy Corbyn et le syndicat des pompiers, continuent à la soutenir facilitent la dissimulation de toute l’affaire par l’État.

Le Parti de l’égalité socialiste réitère son appel pour que les familles de Grenfell et leurs équipes juridiques cessent toute coopération avec ces procédures frauduleuses. Nous demandons instamment à tous ceux qui luttent pour la justice d'exiger que les coupables soient immédiatement arrêtés, inculpés et jugés.

Pour plus d'informations, visitez la page Facebook du Grenfell Fire Forum.

(Article paru en anglais le 15 juin 2020)