Des milliers de sans papiers bravent l'interdiction de manifester

Par Jacques Valentin
5 juin 2020

Le samedi 30 mai des milliers de sans-papiers et de travailleurs migrants hébergés en foyers, soutenus par des collectifs de défense, ont participé à une Marche des solidarités, bravant l'interdiction de manifester. Des marches ont aussi été organisées dans toute la France.

Les manifestants et le collectif, créé il y a 3 ans, actuellement de 210 organisations, qui a soutenu la Marche des solidarités, demandent la régularisation immédiate des sans papiers, la fermeture des Centres de rétention administratives (CRA) où sont internés les étrangers en attente d'expulsion, le droit au logement et une véritable égalité sociale et politique pour toutes les personnes vivant en France, sans distinction d'origine. Les crimes de l'Union européenne contre les migrants qui se noient en tentant d'entrer en Europe où qui sont internés dans des camps sont également dénoncés.

Dans le contexte du Covid-19, le gouvernement ne fait strictement rien pour les populations les plus vulnérables que ce soit sur le plan social, économique ou sanitaire. La précarité et le surpeuplement des foyers de travailleurs migrants en font des zones privilégiés de développement de l'épidémie. Les personnes à la rue sont également extrêmement vulnérables, d'autant que les dispositifs d'aide aux sans abris ont été fortement désorganisés par le confinement et que la police détruit régulièrement les abris précaires. A cela s'ajoute la mise en place par le gouvernement de Macron et Philippe de délais de carence pour l'accès au soin des réfugiés et de nouvelles entraves à l’ouverture des droits à l'aide médical Etat pour les étrangers en situation irrégulière.

Aujourd’hui on estime que 500.000 personnes sans-papiers sont présentes sur le sol français. Elles sont environ 4 millions sur le territoire de l’Union européenne. Les dernières régularisations collectives de sans-papiers en France datent de 1981 et 1997. A chaque fois les milieux dirigeants français ont organisés des surenchères politiques sans fin sur le sujet, alimentant le discours d'extrême droite. Les régularisations sur une base individuelle n'interviennent qu'au compte goutte.

Année après année, on laisse croitre une énorme population de personnes vivant dans la précarité et l'inquiétude d'être arrêtées et expulsées, alors qu'elles souhaiteraient mener une vie normale.

Les soutiens importants dont bénéficient les migrants et les sans-papiers sont systématiquement minimisés et occultés par les médias dominants qui favorisent les discours d'exclusion et le racisme. L'émergence du mouvement des "Gilet jaunes" a aussi montré la solidarité des travailleurs avec les migrants et le refus des discours d'extrême droite, à la consternation de tous ceux qui espéraient tirer le mouvement vers le populisme de droite.

La préfecture de police avait interdit la manifestation et a arrêté une cinquantaine de personnes au moment des premières arrivées au lieu de rassemblement à Madeleine et Opéra. Elle a ensuite chargé les cortèges cherchant à accéder aux deux places et effectué de nombreux tirs de gaz lacrymogènes. Mais compte tenu du nombre de manifestants et de leur détermination, la police a été submergée et a du renoncer à empêcher la manifestation. De très nombreuses nationalités étaient représentées ainsi que beaucoup de familles. Les manifestants étaient au nombre de 5.000 selon la Préfecture et environ 10.000 selon les organisateurs. Les manifestants se sont rendus à République dans le calme, où la manifestation s'est dispersée avec une nouvelle intervention policière et quelques interpellations. Une autre manifestation d'un millier de personnes venue de Montreuil pour rejoindre la manifestation parisienne a été bloquée par la police et est ensuite retournée à son point de départ.

Les participants, dont beaucoup n'avaient jamais manifestés, font état de leurs difficultés économiques et souvent de la perte de leurs emplois déclarés ou non, du fait de la crise économique sévère qui accompagne la pandémie de Covid-19.

La manifestation est une des plus importantes pour la défense des sans papiers depuis de nombreuses années. Elle a été suivie quelques jours plus tard par une manifestation, également interdite, de 20.000 personnes en mémoire d'Adama Traoré et de George Floyd. Ces évènements sont le signe d'une radicalisation de la classe ouvrière dans le cadre de la montée internationale de lutte des classes.

Tandis que les gouvernements versent des centaines de milliards à l'oligarchie financière pour sauver ses profits, les travailleurs n'ont comme perspective que le chômage de masse, la baisse des salaires et le démantèlement des acquis sociaux. Alors que les travailleurs se révoltent dans le monde entier contre les inégalités, le racisme et la pauvreté, il faut pour pouvoir les abolir et créer l'égalité sociale et politique à laquelle ils aspirent, mener une lutte socialiste et internationaliste pour abattre l'exploitation capitaliste et le pillage impérialiste.