Saskatchewan: La raffinerie FCL exige plus de concessions de ses 750 travailleurs en lock-out

Par Carl Bronski
17 février 2020

Mercredi, le 69e jour après que la Federated Cooperatives Limited (FCL) ait mis en lock-out les 750 travailleurs de sa raffinerie de pétrole de Regina, le gouvernement de droite du Saskatchewan Party de Scott Moe a nommé le vétéran Vince Ready, conciliateur du travail, pour servir de «médiateur spécial» dans cet important conflit.

Unifor, le représentant des travailleurs en lock-out, a fait pression sur le gouvernement pour qu'il nomme un médiateur-arbitre ayant le pouvoir d'imposer un accord contraignant si la FCL et le syndicat ne parviennent pas à se mettre d'accord. Cependant, Moe et la FCL ont systématiquement rejeté cette proposition, estimant que des concessions contractuelles bien plus draconiennes que celles déjà offertes par Unifor pourraient être extorquées.

Les négociations reprendront le 18 février et Ready disposera de 20 jours pour amener les deux parties à un accord. Le lock-out se poursuivra si aucun accord n'est conclu.

Ce n'est pas un hasard si l'annonce du médiateur spécial a eu lieu le jour même où le juge Neil Robertson a imposé une amende colossale de 250.000 dollars au syndicat et a renforcé les ordonnances précédentes du tribunal pour arrêter tout futur blocus de raffinerie. Les tribunaux avaient déjà émis une série d'injonctions draconiennes interdisant aux travailleurs en lock-out d'empêcher la circulation à l'intérieur de la raffinerie, et avaient déjà condamné Unifor à une amende de 100.000 dollars pour outrage au tribunal pour avoir violé ses ordonnances pro-entreprise.

Workers picketing FCL’s Co-op Refinery Complex

Le gouvernement de Moe a agi tout au long du conflit comme un proche allié de la FCL, soutenant le déploiement par la société d'une opération massive de briseurs de grève tout en se dressant contre les blocages «illégaux» mis en place par les travailleurs en lock-out et leurs supporters. Les dénonciations de Moe concernant la lutte acharnée des travailleurs et son appel à la police pour qu'elle prenne des mesures décisives ont conduit la semaine dernière au démantèlement d'un blocus à la raffinerie de Regina, empêchant les travailleurs de faire du piquetage, même symbolique, pendant plusieurs jours, et à l'arrivée d'un flux constant de camions de carburant dans l'installation afin de réapprovisionner les stations d'essence de la coopérative FCL dans l'ouest du Canada.

Tout cela n'a cependant pas empêché le président du syndicat local, Kevin Bittman, de faire l'éloge de Moe. «J'applaudis la décision du gouvernement de nommer le médiateur spécial. Nous espérons qu'il pourra nous aider à obtenir un accord», a déclaré Bittman. «J'applaudis également le leadership du gouvernement qui a montré qu'il comprenait l'impact de ce lock-out sur la Saskatchewan et la ville de Regina».

Les actions du premier ministre sont un réquisitoire accablant contre la politique d'Unifor et du Nouveau Parti démocratique soutenu par le syndicat qui, alors qu'il était au pouvoir, a refusé d'adopter une loi anti-briseurs de grève et ne l'approuve pas encore aujourd'hui. Ils ont publiquement plaidé pour que Moe «se réveille» et «intervienne» dans le conflit. Comme on pouvait s'y attendre de la part du premier ministre de droite, toutes les «interventions» de Moe ont eu pour but de renforcer la FCL dans sa volonté d'imposer des concessions massives à ses employés.

Encouragée par les recules répétées d'Unifor, la compagnie a intensifié ses demandes de concessions, à la fois en reprenant des demandes qu'elle avait précédemment retirées et en en déposant de nouvelles.

Lors de la dernière réunion des parties, le 30 janvier, Unifor a offert 20 millions à la FCL par an en restitution des pensions. Les concessions proposées par Unifor étaient si élevées que le négociateur principal Scott Doherty a déclaré qu'il craignait d'être «tabassé» par les travailleurs de la base. Dans le dernier contrat, le syndicat a ouvert la porte à la lutte contractuelle actuelle en s'inclinant devant un plan de retraite à deux niveaux inférieur pour tous les nouveaux employés.

Les demandes de la FCL équivalent essentiellement à la destruction du contrat précédent. La compagnie exige de pouvoir supprimer 40 % de tous les postes syndiqués actuellement à la raffinerie, dont 26 postes d'opérateur en chef. Les chefs opérateurs syndiqués ont actuellement le pouvoir (et les connaissances) de refuser des commandes dangereuses dans cette raffinerie à haut risque. Selon la proposition de l'entreprise, les nouvelles déductions salariales pour les travailleurs du régime de retraite à prestations déterminées réduiraient les salaires annuels de 11.440$; l'indexation des pensions sur l'inflation serait supprimée; et les responsabilités de l'entreprise en matière de solvabilité des pensions seraient affaiblies. La FCL veut également réduire les primes pour l'obtention de qualifications professionnelles plus élevées, introduire des dispositions de partage du travail qui conduiraient à la déqualification de la main-d'œuvre et mineraient la sécurité au travail et supprimer une prestation de régime d'épargne.

La lutte des travailleurs de la raffinerie contre les concessions est un événement marquant qui aura un impact sur les relations de classe dans tout le pays. Si la FCL l'emporte, les concessions de la raffinerie de Regina, la troisième plus grande de l'Ouest canadien, serviront de matraque dans le cadre du prochain accord sur le programme énergétique national qui couvre 8500 travailleurs à travers le pays. Mais il a des ramifications qui vont encore plus loin.

Lors d'une conférence de presse extraordinaire tenue la semaine dernière à l'extérieur d'un dépôt précédemment bloqué de la FCL à Carseland, Alberta, le PDG de la société, Scott Banda, accompagné de camionneurs propriétaires «indépendants» affiliés au mouvement d'extrême droite anti-immigrants «United We Roll», a déclaré aux journalistes que sa compagnie se battait au nom de l'ensemble de la grande entreprise. «Tant qu'Unifor ne sera pas contraint de respecter la loi, ils seront encouragés à agir de cette manière dans les futurs litiges partout au Canada», a déclaré Banda. «Les blocus comme tactique pour obtenir ce que vous voulez, c'est un défi et un précédent dont nous devrions tous, en tant que propriétaires et dirigeants d'entreprises, nous préoccuper. Nous devons à toutes les autres entreprises de ne pas permettre à cette activité illégale de créer un dangereux précédent pour toutes».

Banda, qui était auparavant chef de l'aile jeunesse provinciale du NPD et candidat en 2001 pour remplacer Roy Romanow à la tête du parti et premier ministre de la Saskatchewan, travaille main dans la main avec le gouvernement du Saskatchewan Party pour briser toute résistance des travailleurs aux demandes de concession de son entreprise. Il s'est également attelé à alimenter le sentiment régional de l'Ouest et, dans sa collaboration avec le premier «United We Roll» de l’Alberta et de l’Ouest, il est allé encore plus loin que le chef conservateur Andrew Scheer et le premier ministre de l'Alberta Kenney en cultivant des forces d'extrême droite.

Soutenu entièrement par le gouvernement, la police et les tribunaux, et avec le carburant qui circule à nouveau à l'ouest et les quelque 500 briseurs de grève fermement installés dans la raffinerie, Banda compte bien «donner» à sa main-d'œuvre – et aux travailleurs de tout le pays – une leçon qu'ils n'oublieront pas de sitôt.

L'amère réalité à laquelle doivent faire face les travailleurs de la FCL et leurs partisans est que la barricade d'Unifor était une manœuvre visant à parvenir à un règlement largement, sinon entièrement, selon les termes de la compagnie. S'ils veulent l'emporter, ils doivent mener une action indépendante pour mobiliser le pouvoir industriel et politique de la classe ouvrière.

Le président d'Unifor, Jerry Dias, a insisté tout au long du lock-out sur le fait que le conflit ne pouvait être réglé qu'à la table des négociations. Mais dès le début, la FCL a dépendu des pleins pouvoirs de l'appareil d'État pour poursuivre son attaque contre les travailleurs. Imprégné d'une perspective nationaliste-corporatiste, illustrée par ses liens étroits avec le gouvernement libéral de la grande entreprise à Ottawa et le NPD pro-entreprise en Saskatchewan, Unifor est fermement opposé à la mobilisation de la classe ouvrière dans une contre-offensive politique, y compris une large action de grève de sympathie, au mépris du gouvernement Moe, de la police et des tribunaux.

Afin de l’emporter, les travailleurs de la raffinerie de Regina doivent prendre en main la conduite de leur lutte en formant des comités de grève indépendants, opposés à la bureaucratie d'Unifor. Ces comités doivent élargir la lutte aux travailleurs du secteur de l'énergie dans tout le Canada, aux fonctionnaires, aux enseignants, aux infirmières et aux travailleurs de l'industrie manufacturière, qui sont tous confrontés aux mêmes attaques contre leurs salaires, leur sécurité d'emploi et leurs prestations de retraite.

(Article paru en anglais le 14 février 2020)