Les États-Unis déploient une arme nucléaire «utilisable» sur fond de menaces de guerre continues contre l'Iran

Par Bill Van Auken
3 février 2020

Le Pentagone a déployé une nouvelle ogive nucléaire plus petite à bord du sous-marin lance-missiles USS Tennessee alors qu'il naviguait dans l'Atlantique le mois dernier au milieu de la crise qui s'envenime avec l'Iran. L'arme, connue sous le nom d'ogive W76-2, a un rendement explosif d'environ cinq kilotonnes, un tiers de la puissance destructrice de la bombe Little Boy qui a coûté la vie à quelque 140.000 personnes à Hiroshima en 1945.

La Fédération des scientifiques américains (FAS) a révélé son déploiement cette semaine, citant des personnalités civiles et militaires anonymes. Elle a déclaré que deux des 20 missiles balistiques Trident à bord du sous-marin USS Tennessee, et d'autres, seront armés des ogives W76-2. Chaque missile peut contenir jusqu'à huit ogives de ce type, capables de frapper plusieurs cibles.

First launch of a Trident missile on January 18, 1977 at Cape Canaveral, Florida [Credit: U.S. Navy file photo]

La nouvelle arme a été déployée remarquablement vite. L'Examen 2018 de la Posture nucléaire (NPR) du gouvernement Trump a appelé au développement d'une «ogive SLBM [missile balistique lancé depuis un sous-marin] à faible rendement pour assurer une option de réponse rapide capable de pénétrer les défenses adverses» et de combler « "une lacune" exploitable en ce qui concerne les capacités de dissuasion régionales américaines.»

Le prétexte du déploiement de l'ogive était l'affirmation non étayée que la Russie développerait des armes similaires et a adopté une doctrine «escalader pour désamorcer» ou «escalader pour gagner» en utilisant des armes nucléaires à faible rendement, dans l'espoir que Washington ne riposte pas avec des ogives stratégiques de peur de déclencher une guerre thermonucléaire totale. L'argument du Pentagone a été qu'un missile balistique à faible rendement et à réaction rapide est nécessaire pour «rétablir la dissuasion».

Cependant, le rapport du FAS suggère fortement que cette prétendue doctrine russe est un prétexte et «qu’il est beaucoup plus probable que la nouvelle arme à faible rendement soit destinée à faciliter une frappe initiale à l'arme nucléaire contre la Corée du Nord ou l'Iran.»

Il souligne que tant la stratégie de sécurité nationale des États-Unis que le Nuclear Posture Review (NPR) envisagent l'utilisation d'armes nucléaires en réponse aux «attaques non nucléaires et aux agressions conventionnelles à grande échelle», et que le NPR a déclaré explicitement que l’ogive W76-2 a été conçue pour «élargir la gamme d'options crédibles des États-Unis pour répondre à une attaque stratégique nucléaire ou non nucléaire». Washington n'exclut pas une frappe nucléaire, y compris contre des pays qui ne sont pas dotés d’armés nucléaires, comme l'Iran.

Le déploiement de l'USS Tennessee avec ses nouvelles ogives nucléaires «utilisables» est intervenu à peu près au même moment où le président Donald Trump a rassemblé avec ses principaux collaborateurs le 29 décembre dans son complexe de Mar-a-Lago en Floride, pour ordonner l'assassinat criminel du général Qassem Suleimani, du général Qassem Suleimani, par un missile tiré depuis un drone. Cet assassinat par drone a été effectué à l'aéroport international de Bagdad cinq jours plus tard.

Une information annoncée jeudi par NBC News, citant de hauts responsables américains anonymes, a établi qu'à la même réunion en Floride, «Trump a également autorisé le bombardement de navires iraniens, de sites de lance-missiles et de systèmes de défense aérienne [...] Techniquement, l'armée peut désormais frapper ces cibles sans autorisation présidentielle supplémentaire, bien qu'en pratique elle consulterait la Maison Blanche avant toute action de ce type.»

Cette information prévenait également que «les deux parties restent aux prises un dangereux accrochage, la moindre erreur de calcul, selon certains responsables, pourrait conduire à un désastre.»

En d'autres termes, malgré tous les discours sur la guerre qui aurait été évitée à la suite de l'acte de guerre, et du crime de guerre, commis par Washington lors du meurtre de Soleimani, la réalité est que le monde reste au bord d'un affrontement militaire catastrophique, qui pourrait dégénérer rapidement vers la première utilisation d'armes nucléaires en trois quarts de siècle.

La menace contre l'Iran fait partie d'une préparation beaucoup plus large vers une guerre mondiale à travers laquelle l'impérialisme américain cherche à compenser l'érosion de sa domination auparavant hégémonique de l'économie mondiale en recourant à l'utilisation criminelle d'une force militaire écrasante.

Après avoir obtenu un budget militaire de 738 milliards de dollars pour 2020 avec le soutien d'une écrasante majorité - démocrate et républicaine - au Congrès américain, le gouvernement Trump s’apprête maintenant à imposer une augmentation de 20 pour cent du budget de la National Nuclear Security Administration ( NNSA), l'agence qui supervise la constitution de l'arsenal nucléaire américain. Cette proposition de budget de 20 milliards de dollars, rendue publique cette semaine, ne représente qu'une fraction des plus de mille milliards de dollars que les États-Unis devraient consacrer à la «modernisation» de l'arsenal au cours des trois prochaines décennies – des projets mis en œuvre sous le mandat démocrate de Barack Obama, avant que Trump ne prenne ses fonctions.

Trump est un criminel de guerre. Ses menaces de mener à bien «l'anéantissement» de l'Iran et de faire pleuvoir «le feu et la fureur» sur la Corée du Nord ne sont pas simplement des hyperboles. Les armes nucléaires «utilisables» pour commettre de telles atrocités ont déjà été placées entre ses mains.

Alors que le procès en destitution du président américain au Sénat tire à sa fin honteuse, il est frappant de constater que les plus grands crimes de Trump, y compris les actes de guerre et sa menace d'entraîner le monde dans une guerre nucléaire, ne figurent en aucune manière dans les charges retenues contre lui. Au contraire, les articles de mise en accusation reposent sur des allégations selon lesquelles il aurait retenu de l'aide militaire létale à l'Ukraine et n'aurait pas été suffisamment agressif contre la Russie.

Cette accusation est portée, comme Newsweek l'asouligné cette semaine, après que le Pentagone a organisé 93 exercices militaires distincts entre mai et fin septembre de l'année dernière, tous simulant ou préparant une guerre contre la Russie, une activité sans précédent. Cela comprenait des bombardements d'entraînement à moins de 800 kilomètres de la frontière russe et le renforcement régulier des forces terrestres présentes dans les trois États baltes et en Pologne, ainsi que l'escalade des déploiements aériens américains décrits comme des programmes de «bombardement» et de «sécurité du théâtre d'opérations».

La marche vers la guerre n'a pas sa source dans l'esprit malade de Donald Trump, mais plutôt dans la crise insoluble du capitalisme mondial. Il n'y a pas de faction opposée à la guerre au sein de la classe dirigeante américaine, y compris parmi ses représentants démocrates, seulement des différends tactiques sur la meilleure façon de défendre les intérêts impérialistes américains sur la scène mondiale.

La lutte contre une nouvelle guerre impérialiste mondiale et la menace qu'elle fait peser sur la survie de l'humanité ne peut être fondée que sur les luttes de la classe ouvrière, qui est engagée dans une vague de grèves et de révoltes sociales à travers la planète. Ces luttes de masse émergentes doivent être armées d'un programme socialiste et internationaliste pour unir les travailleurs dans une lutte commune pour mettre fin à la source de la guerre et des inégalités sociales, le système capitaliste.

(Article paru en anglais le 1 février 2020)