La complicité du Canada dans la persécution de Julian Assange

Par Roger Jordan
28 janvier 2020

Le gouvernement britannique conspire avec l'administration Trump pour extrader le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, vers les États-Unis afin qu'il soit inculpé en vertu de la loi sur l'espionnage et condamné à une éventuelle peine de 175 ans de prison.

Le journaliste et éditeur d'origine australienne est la cible d'une vendetta juridique depuis 9 ans menée par les autorités britanniques et américaines et soutenue par l'establishment politique canadien, parce qu'il cherchait à informer les travailleurs du monde entier des crimes perpétrés par l'impérialisme américain et ses alliés.

Julian Assange dans un fourgon cellulaire se rendant à la Westminster Magistrates Court à Londres, en décembre (Source: AP Photo/Frank Augstein)

La poursuite d'Assange est une parodie de justice. De plus, elle est utilisée pour vider de leur substance des droits démocratiques fondamentaux, notamment les droits à la liberté d'expression et à la liberté de la presse, ainsi que le droit à une procédure équitable.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture, Nils Melzer, a dénoncé à plusieurs reprises le traitement que lui réservent les autorités britanniques – notamment ses sept années de détention effective à l'ambassade d'Équateur et son incarcération actuelle, essentiellement en isolement, à la prison de haute sécurité de Belmarsh – comme étant de la torture psychologique. Des dizaines de médecins disent que cette torture met la vie d'Assange en grave danger.

La CIA a espionné les interactions d'Assange avec ses avocats. Chelsea Manning, qui a remis des centaines de milliers de câbles secrets américains à WikiLeaks en 2010, est également détenue depuis mars dernier parce qu'elle a refusé de témoigner contre Assange dans une procédure truquée de Grand Jury aux États-Unis.

Assange subit ce traitement horrible de la part de certains des gouvernements les plus puissants du monde pour le «crime» d'avoir informé le public sur les crimes de guerre et les combines diplomatiques de leurs gouvernements, qu’il s’agisse du massacre de civils en Irak par les troupes américaines, des mauvais traitements infligés aux prisonniers de guerre en Afghanistan et de l'intimidation par Washington des gouvernements du monde entier. Même les principaux journaux bourgeois, comme le New York Times, qui ont publié des attaques calomnieuses contre Assange ont été contraints de concéder que l'aboutissement de ses poursuites représenterait une menace pour les journalistes et la liberté de la presse dans le monde entier.

L'establishment politique canadien maintient un silence complice sur les poursuites et la persécution d'Assange au cours des neuf dernières années. C'est le cas du premier ministre Justin Trudeau et de ses libéraux, mais aussi de tous les autres partis qui se présentent comme «progressistes», des néo-démocrates et des verts au Bloc Québécois, en passant par le pseudo-gauche Québec Solidaire.

La raison de ce silence assourdissant n'est pas difficile à trouver. L'élite capitaliste canadienne, qui dépend plus que jamais de son partenariat militaro-stratégique avec l'impérialisme américain pour faire avancer ses propres intérêts prédateurs sur la scène mondiale, craint l'impact des révélations de WikiLeaks. Comme ses alliés britanniques et américains, l'élite dirigeante canadienne souhaite vivement qu'Assange soit soumis à un châtiment exemplaire afin d'intimider tous ceux qui cherchent à mettre à nu les crimes et les machinations des puissances impérialistes occidentales.

Bien que le gouvernement Trudeau ne soit pas directement impliqué dans la poursuite d'Assange, il lui apporte un soutien politique crucial. En juillet dernier, par exemple, la ministre canadienne des Affaires étrangères de l'époque, Chrystia Freeland, a coorganisé une conférence mondiale sur la liberté des médias à Londres avec le ministre britannique des Affaires étrangères Jeremey Hunt, quelques semaines seulement après que ce dernier ait supervisé l'arrestation illégale par le gouvernement britannique d'Assange dans son refuge à l'ambassade d'Équateur.

«Le Canada et le Royaume-Uni travaillent ensemble pour défendre la liberté des médias et améliorer la sécurité des journalistes qui font des reportages dans le monde entier», a déclaré le bureau de Freeland dans une déclaration véritablement orwellienne. Il va sans dire que ni Freeland ni Hunt n'ont mentionné le sort d'Assange, journaliste et éditeur primé, lors de la réunion.

Le refus de toute section de l'establishment politique canadien de critiquer la persécution d'Assange, sans parler de mobiliser l'opposition populaire à cette persécution, est une mise à nu accablante de leurs prétentions souvent répétées à défendre les «droits de l'homme» et la «démocratie» sur la scène mondiale. La réalité est qu'Ottawa, comme Washington, invoque cyniquement et hypocritement les droits de l'homme pour couvrir la poursuite prédatrice de leurs intérêts impérialistes. Les puissances impérialistes nord-américaines dénoncent les violations réelles et fabriquées des droits de l'homme commises par des gouvernements qu'elles considèrent comme des obstacles à leurs intérêts, tout en couvrant et en excusant la répression étatique, la torture et les crimes de guerre perpétrés par les régimes de leurs clients, leurs alliés et enfin et surtout, leurs propres appareils de renseignement militaire et de sécurité.

Depuis 1999, les gouvernements libéraux et conservateurs successifs ont participé à des guerres menées par les États-Unis et à des interventions militaires de «changement de régime» dans les Balkans, en Afghanistan, en Haïti, en Libye, en Syrie et en Irak, qui ont laissé des sociétés entières en ruines. Les libéraux de Trudeau ont intégré davantage le Canada dans les offensives militaires stratégiques américaines dans le monde entier. Cela inclut la participation aux préparatifs de guerre de Washington contre la Russie et la Chine, qui sont dotées de l'arme nucléaire, mais aussi ses intrigues de changement de régime au Venezuela.

L'élite dirigeante du Canada a également agi pour criminaliser la dissidence et les luttes des travailleurs dans le pays et pour renforcer les pouvoirs répressifs de l'État dans le but de réprimer l'opposition populaire à l'austérité, aux inégalités sociales et à la guerre. Le Canada est un partenaire clé du réseau d'espionnage mondial «Five Eyes», dirigé par l'Agence de sécurité nationale (NSA) américaine. Sous le prétexte fallacieux de la «guerre contre le terrorisme», les gouvernements successifs ont considérablement étendu les pouvoirs des services de renseignement. Le Service canadien de sécurité et de renseignement (SCRS) a été habilité à enfreindre pratiquement toutes les lois en «perturbant» les activités considérées comme une menace pour la «sécurité publique» ou l'«intégrité territoriale» du Canada.

Le travail de dénonciateurs comme Assange et l'ancien contractant de la NSA Edward Snowden a été inestimable pour mettre en lumière certains des crimes que l'impérialisme canadien a commis en poursuivant ses agressions à l'étranger et en s'attaquant aux droits démocratiques au pays. C'est un mémo du département d'État américain publié par WikiLeaks qui a informé la population canadienne que si le gouvernement libéral de Jean Chrétien s'était publiquement présenté comme un opposant à l'invasion de l'Irak ordonnée par George W. Bush en 2003, il rassurait Washington en coulisses en lui disant qu'il apporterait un soutien «discret» à la guerre illégale menée par les États-Unis.

«Après la réunion, le directeur politique Jim Wright a souligné que, malgré les déclarations publiques selon lesquelles les forces canadiennes dans le détroit d'Ormuz resteront dans la région exclusivement pour soutenir Enduring Freedom», a noté le mémo, qui décrit une réunion entre de hauts fonctionnaires des ministères des affaires étrangères américain et canadien le 17 mars 2003, «elles seront également disponibles pour fournir des services d'escorte dans le détroit et seront par ailleurs discrètement utiles à l'effort militaire. Les deux navires qui se trouvent actuellement dans le détroit sont rejoints par deux autres en route, et il y a des avions de patrouille et de ravitaillement dans les Émirats arabes unis qui sont également prêts à "être utilisés"».

Les révélations de Snowden en 2013 ont montré que le Centre de sécurité canadien (CSE), l'agence canadienne de renseignement sur les transmissions, agit comme une véritable division de la NSA. Les documents divulgués par Snowden ont montré que le CSE aide à développer les opérations et les techniques d'espionnage de la NSA, fournit des informations sur les pays auxquels les citoyens américains ont difficilement accès, et mène des opérations d'espionnage économique pour les entreprises canadiennes dans le monde entier.

L'élite dirigeante canadienne a été scandalisée par ces révélations. En 2013, le ministre conservateur des affaires étrangères John Baird a déclaré que Snowden devrait se livrer aux autorités américaines, le condamnant effectivement à la peine de mort. Trois ans plus tard, Michael Doucet – le principal «chien de garde» du gouvernement pour les agences de renseignement du pays – a exprimé les véritables sentiments de l'élite dirigeante envers des dénonciateurs comme Snowden et Assange. Lorsqu'on lui a demandé son avis sur la façon dont Snowden aurait été traité s'il avait été employé par le SCRS, la première agence d'espionnage nationale du pays, Doucet a répondu: "Si Edward Snowden avait travaillé pour le SCRS et avait fait ce qu'il a fait, il aurait dû être fusillé."

Soulignant le fait que la remarque de Doucet reflétait des sentiments plus larges dans les cercles dirigeants, le gouvernement Trudeau n'a pris aucune mesure contre lui pour ce commentaire scandaleux.

Le silence complice de l'élite politique canadienne sur la torture, la persécution et l'extradition imminente d'Assange souligne que sa liberté ne peut être gagnée que par la mobilisation de la classe ouvrière, la base sociale pour la défense des droits démocratiques dans le monde entier.

Les travailleurs et les jeunes qui veulent s'opposer à l'agression impérialiste canadienne, à la guerre à l'étranger et aux attaques contre les droits démocratiques au pays devraient se joindre à la lutte mondiale pour la liberté d'Assange et de Manning, qui a déjà obtenu un soutien important et croissant en Grande-Bretagne, en Australie, en France, en Asie du Sud et dans d'autres pays du monde. La lutte pour défendre ces deux courageux dénonciateurs doit devenir le fer de lance de la lutte pour s'opposer à la poussée de guerre des puissances impérialistes et à la destruction des droits démocratiques.

Le Parti de l'égalité socialiste (Canada) organise une réunion publique à Montréal le dimanche 2 février afin de lancer une campagne pancanadienne visant à gagner la liberté d'Assange, à défendre les droits démocratiques et à s'opposer à l'impérialisme canadien et à la guerre.

Nous exhortons ceux qui vivent dans l'ouest du Québec et dans l'est de l'Ontario à planifier leur participation:

Non à la guerre et à l'attaque contre les droits démocratiques: Julian Assange et Chelsea Manning doivent être défendus !

Montréal

Dimanche 2 février, à 13h30

Centre St-Pierre, salle 201
1212, rue Panet (près de la station de métro Beaudry, sur la ligne verte)