«On espère que cela inspirera les autres»

Des «gilets jaunes» manifestent pour Assange à la prison Belmarsh de Londres

Par Alexandre Lantier
25 janvier 2020

Aujourd’hui des centaines de «gilets jaunes» et de manifestants d’à travers l’Europe, y compris de Belgique et du Royaume-Uni, manifesteront devant la prison Belmarsh à Londres pour exiger la libération du journaliste et fondateur de WikiLeaks, Julian Assange.

Un journalist courageux et principiel dont les révélations ont dévoilé des crimes impérialistes contre l’humanité et encouragé des mobilisations ouvrières, Assange est la cible d’une campagne officielle sans merci pour le détruire. Emprisonné à Belmarsh et soumis à la torture selon le témoignages de médecins et d’experts de l’ONU, il risque l’extradition aux USA. Là, il pourrait être passible de la peine de mort selon la loi sur l’espionnage pour avoir publié des matériels dont la vidéo «Meurtre collatéral» qui montre des troupes américains massacrer illégalement des civils irakiens.

La manifestation des «gilets jaunes» à Londres pour Assange met en évidence la profonde opposition internationale à sa persécution qui existe parmi les travailleurs et les artistes plus sérieux. En même temps, ils ont fait circuler une pétition signée par plus de 15.000 personnes dont des très célèbres artistes français et européens, intitulée «Liberté pour Julian Assange.»

Corinne et Yannick, deux «gilets jaunes» qui ont participé à l’organisation de la manifestation, ont parlé au WSWS après une manifestation récente à Paris. Corinne a dit, «Assage représente la lutte contre l’abus des journalistes pour défendre la vérité. C’est une défense du journalisme contre un abus de démocratie. ‘Gilets jaunes’ ou pas, on ne peut pas être indifférent à son sort.»

Elle a souligné la lutte d’Assange «contre les crimes de guerre et pour la vérité» en disant: «Il y a un acharnement contre un homme qui ne fait que défendre le journalisme. Il n’est pas acheté.»

Elle a expliqué, «Le 25 janvier c’est un mois avant le jugement. C’est un groupe, on relaie les informations qu’on nous envoie. On veut alerter. Mais si on reste chez nous on a sens que rien ne changera. … On veut vraiment faire remonter le message d’Assange; c’est symbolique, un mois avant le jugement.»

La défense d’Assange est une question critique pour la classe ouvrière internationale. WikiLeaks a joué un rôle majeur dans la lutte des classes. Ses révélations de complicité américaine dans la corruption du régime tunisien du président Zine El Abedine Ben Ali a participé au lancement de manifestations ouvrières de masse qui ont renversé Ben Ali. Moins d’un mois plus tard, les travailleurs égyptiens se mobilisaient pour renverser le dictateur pro-impérialiste Hosni Moubarek.

La persécution d’Assange est au centre d’un virage universel des États impérialistes pour écraser les manifestations de l’opposition de gauche, comme on le voit avec la répression des «gilets jaunes» par Macron. Environ 11.000 manifestants ont été détenus, plus de 4.400 blessés y compris des dizaines d’éborgnés lors d’une vague de répression d’une ampleur sans précédent depuis le régime de Vichy. Deux personnes, Zineb Redouane et Steve Caniço, ont trouvé la mort en marge de manifestations suite à des violences policières.

Corinne a dit, «Nos gouvernements capitalistes font des guerres, des crimes de guerre et des faits d’espionage, on en entend parler tous les jours. … On est victime du même système, du même État. Il y a 400 ‘gilets jaunes’ en prison actuellement, 900 aux prises avec le système, des blessés, des morts. On prend conscience de ce que peuvent faire les États. Cela a ouvert les yeux de beaucoup de gens, ceux qui ne connaissaient pas Assange, pour soutenir notre cause. Donc voilà, je pense que le mouvement des ‘giljets jaunes’ et Assange, c’est un parallèle. Ce n’est pas non plus un activisme.»

Sur fond de résurgence internationale de la lutte des classes et du discrédit des États de l’OTAN, la pétition des «gilets jaunes» a attiré des milliers de signatures, y compris de centaines d’artistes de renommée internationale.

Elle déclare, «Pouvons-nous assister plus longtemps, dans l’indifférence générale et le mutisme des grands médias, à une telle violation des droits fondamentaux consacrés par des textes internationaux concernant non seulement la liberté, la dignité de la personne humaine, mais aussi la liberté d’expression et la liberté de la presse qui sont les bases de la démocratie? Aujourd’hui Julian Assange. Demain ce sera qui? … Nous, personnalités du monde de la culture qui assumons une responsabilité spécifique, sommes conscients de l’urgence absolue que représente l’état de santé de Julian.»

Parmi les signataires de cet appel, on retrouve l’actrice allemande Hanna Schygulla, le directeur serbe Emir Kusturica, l’écrivaine franco-croate Josiane Balasko, l’acteur Bruno Podalydès, le directeur Jean-Jacques Beineix, et des dizaines d’autres artistes célèbres.

La décision de représentants d’un mouvement de masse français et du monde artistique européen de défendre Assange souligne avec force la possibilité et la nécessité de construire un mouvement internationale de masse pour faire libérer Assange. Déjà des manifestations de masse ont éclaté en Ecuador, pays dont l’ambassade à Londres a donné l’asile à Assange avant qu’il ne soit arrêté et emprisonné à la prison de sécurité maximale à Belmarsh.

Yannick a dit, «Le mouvement des ‘gilets jaunes’ a deux branches bien distinctes. Il y a ceux qui manifestent avec le drapeau français, ils ne sont pas forcément RN mais ils veulent que les Français vivent mieux. Nous on veut que l’humain vive mieux, on est des internationalistes. … Il y a toujours plus de ‘gilets jaunes’ qui pensent de cette manière, enfin il y a aussi ceux qui ont le drapeau français pour le folklore révolutionnaire. Mais la tendance internationaliste croît, on le voir de par les revendications.»

Les «gilets jaunes» espèrent que leur mobilisation encourageront des couches plus larges des travailleurs de se mobiliser pour Assange, a-t-il ajouté: «On voit ça aussi dans les mouvements dans tous les pays, ils sont internationaux. On espère que cela inspirera les autres.»

Il a dit que la manifestation vise à ce «que les gens prennent conscience de l’importance de ce combat pour Assange, qu’ils réfléchissent sur le rôle du journalisme.» Il a comparé la persécution officielle d’Assange à celle des opposants au régime raciste en Afrique du sud dans les années 1980: «Ce qui se passe avec Assange c’est une forme de ségrégation de la parole, de la vérité. Et elle est mondiale.»

Ceci souligne l’urgence de mobiliser les travailleurs et les jeunes à l’international pour défendre Assange, quelques semaines à peine avant un jugement qui pourrait le condamner à l’extradition aux États-Unis et au danger de la peine de mort.