Le budget allemand pour 2020: des milliards pour le réarmement et la guerre

Par Johannes Stern
4 décembre 2019

Vendredi dernier, le parlement allemand (Bundestag) a adopté son budget pour 2020, en s'appuyant sur les votes de tous les partis constituant le gouvernement de Grande Coalition: l'Union chrétienne-démocrate (CDU), l'Union chrétienne-sociale (CSU) et le Parti social démocrate (SPD).

Le cœur du budget présenté par le ministre des Finances Olaf Scholz (SPD), est l’augmentation massive des dépenses militaires. Il y a cinq ans, à la Conférence de Munich sur la sécurité en 2014, la grande coalition annonçait le retour de Berlin à une politique étrangère agressive et militarisée. Les conséquences profondes d'une telle politique se reflètent dans le budget actuel.

Le budget militaire à lui seul s'élèvera à 45,05 milliards d'euros en 2020, soit 12 milliards d'euros de plus qu’en 2014 (32,4 milliards). En réalité, l'augmentation est encore plus forte. Selon un rapport de l'Agence de presse allemande (DPA), Berlin a notifié à l'OTAN son intention de dépenser 50,25 milliards d'euros en 2020.

D'autres augmentations massives sont prévues dans les prochaines années. Dans son discours sur le travail du gouvernement, la chancelière Angela Merkel (CDU) a dit: «Nous poursuivrons petit à petit: 1,5 pour cent d'ici 2024. Le ministre de la Défense a élaboré un plan pour améliorer nos capacités au sein de l'alliance pour atteindre 2 pour cent (du PIB) d'ici le début des années 2030. Vous pouvez compter là-dessus, mesdames et messieurs."

Ce que projettentMerkel et toute la classe dirigeante, c'est un programme de réarmement massif pour se préparer à la guerre. L'objectif de deux pour cent du PIB, fixé par la grande coalition lors du sommet de l'OTAN au Pays de Galles en 2014, signifierait une augmentation du budget militaire à plus de 90 milliards d'euros par an. C'est une somme gigantesque. Le dépassement prévu représente à lui seul environ trois fois le budget total de santé du pays: 15,35 milliards d'euros en 2020.

Dans les discours au Bundestag de politiciens de tous les groupes parlementaires, on peut entrevoir les conséquences pour la population allemande elle ne parvient pas à empêcher une telle folie en construisant un mouvement socialiste indépendant de masse contre le capitalisme et la guerre. Les travailleurs et les jeunes paieront le prix du réarmement par des coupes sociales plus profondes pour financer de nouvelles armes, et comme chair à canon dans de nouvelles guerres impérialistes.

Dans son discours, la ministre de la défense Annegret Kramp-Karrenbauer (CDU) a ouvertement déclaré: «Si nous assumons nos responsabilités dans le monde et si nous sommes l'un des pays qui dépendent le plus de la navigation libre parce que nous transportons la plupart de nos marchandises par conteneurs océaniques, alors il faut aborder la question de la libre circulation maritime et des routes maritimes. Je ne crois pas que d'autres pays prendront toujours le relais et enverront leurs soldats pour assurer cette liberté. Nous devons nous préparer. C'est le débat qu'il faut mener.»

Kramp-Karrenbauer avait déjà annoncé lundi dernier sur une base militaire allemande en Sarre que le gouvernement préparait de nouvelles missions militaires. «Nous serions en mesure d'entreprendre d'autres missions aujourd'hui», a-t-elle expliqué, avec un financement accru. Vendredi, elle a présenté une proposition de service obligatoire pour tous ceux qui quittent l'école. Ce qu'elle propose, en fait, c'est la réintroduction du service militaire, suspendu en 2011, afin d'obtenir de nouvelles recrues pour la Bundeswehr et de permettre à l’État de mener de nouvelles guerres.

Le secrétaire d'Etat parlementaire au ministère de la Défense, Peter Tauber, a déclaré au siège du CDU: «Je suis en faveur d'un tel devoir». Il s'exprimait en tant qu' «ancien appelé» et espérait que le service obligatoire ne conduirait pas seulement à une meilleure cohésion sociale. Il était également convaincu que «la défense de notre liberté ne pouvait être laissée seulement à quelques-uns».

C'est principalement le SPD dans la grande coalition qui fait avancer les plans pour que l'Allemagne joue le rôle de superpuissance militaire. Vendredi, le ministre des Affaires étrangères Heiko Maas (SPD) s'est vanté des engagements de l'Allemagne en Syrie, en Libye, en Ukraine, en Afghanistan, au Yémen et ailleurs. Il a dit: "Quiconque voit cela et se réfère aux responsabilités de l'Allemagne dans le monde doit prendre note que dans toutes les crises que nous traversons actuellement, c'est l'Allemagne qui a assumé le rôle principal dans la résolution des conflits. Je pense que c'est une bonne façon d'assumer ses responsabilités dans le monde."

La politique de réarmement du CDU-SPD est si similaire à celle de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) d'extrême droite que l'AfD q kyz le nouveau budget. «Le budget de la défense pour 2020 passera à environ 45 milliards d'euros. C'est une très bonne chose», s'est réjoui Martin Hohmann, député AfD. «Tout aussi positif» était «l'inclusion de l'hélicoptère de transport lourd» et «l'annonce par le ministre que l'équipement de l'armée dans les usines HIL restera aux mains de l'Etat».

Hohmann fut expulsé de la CDU en 2004 après avoir prononcé un discours jugé antisémite. Lors du débat au Bundestag vendredi, il a salué la grande coalition pour avoir soutenu «la promesse des deux pour cent faite à l'OTAN» et pour avoir encouragé le militarisme. «L'engagement public majeur pris le 12 novembre devant le Reichstag s'inscrivait dans votre intention, Monsieur le Ministre, d'accroître la présence publique de la Bundeswehr. Dans le même ordre d'idées, il y a votre détermination à permettre aux soldats en uniforme, comme les policiers bien sûr, de voyager gratuitement en train; cette question a été soulevée ici plus tôt.»

Les soi-disant partis d'opposition de gauche ont non seulement échoué à s'opposer au virage accéléré à droite de la classe dirigeante, mais ils prennent la même voie. Lorsque les représentants du Parti de gauche et des Verts critiquent la grande coalition dans leurs discours, ils le font pour dire que le gouvernement ne fait pas assez pour promouvoir les intérêts de l'impérialisme allemand et européen contre ses rivaux internationaux.

«Nous ne voulons absolument pas être ou devenir un simple jouet des grandes puissances que sont la Russie, la Chine et les Etats-Unis», a dit Stefan Liebich, porte-parole en politique étrangère du Parti de gauche. En raison de «la situation actuelle de l'OTAN, nous devrions débattre sérieusement ici de ce que cela signifie pour l'Europe et ce que cela signifie pour le budget européen si nous prenons ce défi au sérieux.» Le budget du gouvernement est «insuffisant si nous voulons vraiment façonner la souveraineté européenne dans le cadre de l'OTAN, comme nous l'avons fait jusqu'ici».

Green Party leader Anton Hofreiter demanded: “We need to invest more in Europe so that at the end we are not sitting outside when others are setting international rules. Then we would only be the recipients of these rules. Europe must take more responsibility and we must take more responsibility for Europe.” Germany must “help Europe to set itself decisive goals.” He said that “the euro should become a global reserve currency that makes us less dependent on the dollar” and “enforce Europe’s self-assertion,” in particular “in dealing with China.”

Le chef des Verts Anton Hofreiter a dit: «Nous devons investir davantage en Europe pour qu'en fin de compte, nous ne soyons pas à l'extérieur lorsque d'autres fixent des règles internationales. Nous ne serions alors que les destinataires de ces règles. L'Europe doit prendre plus de responsabilités et nous devons prendre plus de responsabilités pour l'Europe.» L'Allemagne doit «aider l'Europe à se fixer des objectifs décisifs». Il a dit que «l'euro devrait devenir une monnaie de réserve mondiale qui nous rende moins dépendants du dollar» et «renforcer l'affirmation de soi de l'Europe», en particulier «face à la Chine».

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(Article paru en anglais le 2 décembre 2019)