Le président de l'UAW, Gary Jones, démissionne alors que le procès de GM accuse l'UAW d'être une «entreprise sous le contrôle» de Fiat Chrysler

Par Jerry White
22 novembre 2019

Le président du syndicat United Autoworkers (UAW, Travailleurs unis de l'automobile), Gary Jones, a démissionné mercredi après-midi, quelques mois seulement après avoir été mis en cause par les procureurs fédéraux pour avoir détourné plus de 1,5 million de dollars en fonds de l'UAW. Le scandale de corruption continue de secouer l'UAW alors même que le syndicat tente de faire adopter un autre contrat pro-entreprise portant sur 47.000 travailleurs de l'automobile chez Fiat Chrysler.

Jones a démissionné après que le Conseil exécutif international des TUA, afin de limiter les dégâts, a pris des mesures pour le démettre de ses fonctions et pour expulser Vance Pearson, directeur de la Région 5. Lors d'un vote unanime, la plus haute instance dirigeante de l'UAW les a accusés de soumettre de faux rapports de dépenses et de dissimuler d'autres informations en violation du «Code des pratiques éthiques» de l'UAW et des lois fédérales du travail.

Gary Jones, ancien président des TUA et Terry Dittes, vice-président des TUA (AP Photo/Carlos Osorio)

Sa démission est survenue après que General Motors a déposé une plainte extraordinaire contre son rival Fiat Chrysler, qui accusait les dirigeants de la FCA d'avoir versé aux dirigeants de l’UAW pendant plusieurs années des pots-de-vin qui avaient entraîné des «avantages injustes» pour le constructeur automobile italien lesquels avaient coûté des milliards de dollars à GM.

L'avocat de Jones a déclaré que le président de l'UAW avait décidé de démissionner parce que le fait de rester en fonction «ne ferait que distraire le syndicat de sa mission principale qui est d'améliorer la vie de ses membres et de leurs familles». Au moment de la rédaction du présent reportage, l'UAW n'a pas encore émis de déclaration officielle sur sa démission.

Le filet juridique se resserre autour de Jones depuis que des agents du FBI ont fait une descente dans sa maison de la banlieue de Detroit en août, et ont saisi $32.000 en espèces dans son garage. Le mois dernier, Jones a été identifié comme le «représentant syndical A» sans nom dans l'acte d'accusation d'Edward «Nick» Robinson, un proche associé de la Région 5 du Missouri, que Jones dirigeait auparavant.

Bien qu'il n'ait pas été inculpé, Jones a été impliqué dans le stratagème de détournement de fonds et de blanchiment d'argent, qui consistait à soumettre de faux justificatifs de dépenses au siège national du syndicat et aux comités d'action politique de l'UAW pour les «dépenses de conférence», tout en dépensant l'argent en villas de luxe, sorties de golf, repas coûteux et en bouteilles de cognac de $3750 pour les fonctionnaires de l'UAW à Palm Springs en Californie.

Dans l'acte d'accusation, les procureurs fédéraux citent une rencontre entre Jones, Pearson et Robinson et incluent des citations directes attribuées à Jones, probablement enregistrées par un microphone caché. Le président de l'UAW a dit à ses subordonnés de détruire les preuves incriminantes et a offert de donner à l'un des membres de la famille de Robinson un emploi fictif s'il assumait seul la responsabilité de cette activité criminelle. Trois jours après la publication de l'acte d'accusation, qui implique également l'ancien président de l'UAW Dennis Williams, Jones a pris un congé autorisé.

Jones, qui avait promis une «réforme» et dit qu’il allait «repartir à neuf» lorsqu'il a succédé à Williams en juin 2018, n'a été en fonction que pendant 17 mois. Jusqu'à présent, l'enquête fédérale a mené à 10 condamnations et accusations contre 13 personnes, dont neuf fonctionnaires de l'UAW et la veuve du feu vice-président Holiefield qui a supervisé les négociations avec Chrysler en 2007, 2009 et 2011.

Comme on pouvait s'y attendre, le procès intenté par GM le même jour n'exige pas la restitution des salaires et avantages transférés à l’entreprise par l'UAW. En réclamant des milliards de dollars de dommages-intérêts à la FCA, il semble viser à influencer les négociations en cours avec l'UAW et à perturber les projets de fusion de la FCA avec le constructeur automobile français PSA. L'opération de fusion créerait la quatrième plus grande entreprise automobile au monde et un concurrent puissant de GM dont la taille est moindre.

Néanmoins, la plainte juridique de GM résume de façon concise les relations corrompues entre l'UAW et FCA, qui ont été révélées dans la série d'actes d'accusation et de négociations de plaidoyer. Les années de pots-de-vin de l'entreprise, passés aux responsables de l'UAW par l'intermédiaire du Centre national de formation UAW-Chrysler à Detroit, avaient transformé l'UAW en une «entreprise sous le contrôle de FCA», déclare la plainte.

L'UAW, affirme-t-elle, a été pris en charge par une série d'activités de racket qui ont commencé au moins en juillet 2009, en violation de la loi fédérale RICO (Racketeer Influenced and Corrupt Organizations).

La plainte reproche au président de Fiat, Sergio Marchionne, d'avoir obtenu l'accord des responsables de l'UAW pour réduire fortement les coûts de main-d'œuvre et d'adhérer au système «World Class Manufacturing» de l'entreprise, qui a éliminé les classifications de postes, avant même que le patron de Fiat n'eût accepté de reprendre le constructeur automobile en faillite à Detroit en 2009.

Immédiatement après, la plainte allègue, Marchionne a autorisé les dirigeants de FCA à soudoyer les dirigeants de l'UAW afin que FCA puisse concurrencer plus efficacement GM et réaliser l'objectif de Marchionne d'imposer une fusion avec GM. L'UAW à accepté de lever le plafond sur les travailleurs de deuxième niveau jusqu'en 2015, permettant à la FCA d'embaucher des dizaines de milliers de travailleurs qui sont moins bien payés que les travailleurs embauchés avant 2007 et qui ont des prestations de santé et de retraite inférieures. L'UAW a également sanctionné une vaste expansion des travailleurs temporaires.

L'accusation de GM se plaint que «des avantages similaires n'aient pas été accordés à GM malgré sa recherche de programmes et de concessions similaires». Ce «favoritisme acheté par le biais des pots-de-vin a finalement infligé des dommages directs massifs à GM sous la forme de coûts plus élevés», affirme la plainte.

En 2015, peut-on lire ensuite, Marchionne, «avec le soutien acheté de certains anciens responsables de l'UAW dont le président de l'époque, Dennis Williams», a orchestré une négociation de la convention collective qui a coûté des milliards à GM.

GM, qui avait prévu d'être la société «cible» de l'UAW, a été prise de court lorsque l'UAW a soudainement annoncé que FCA – le moins rentable des constructeurs automobiles – serait la société principale. Cette position, allègue la plainte, a été obtenue «grâce au système de corruption qui a duré des années entre le Groupe FCA et les dirigeants de l'UAW» et a permis à FCA de signer un accord qui coûterait 1 milliard de dollars par an à GM en raison du nombre nettement inférieur de travailleurs moins bien payés.

En 2006, Chrysler avait les coûts horaires de main-d'œuvre les plus élevés, selon la plainte. En 2015, la compagnie avait réduit ses coûts de plus d'un tiers, payant les travailleurs $8 de moins de l'heure que GM.

Les avocats de GM font des pieds et des mains pour affirmer que «l'UAW et ses fonctionnaires ne sont pas les accusés dans ce procès». Au contraire, l'action en justice soutient les manœuvres de la bureaucratie de l'UAW pour prétendre qu'elle est en train de se réformer et d'éliminer la corruption.

«À la lumière de l'enquête gouvernementale, l'UAW a reconnu la nécessité de s'engager dans une réforme active pour s'assurer qu'il n'y ait pas de corruption», affirme la plainte de GM, citant les promesses creuses de Rory Gamble, président intérimaire, selon lesquelles il allait faire le ménage dans l'UAW. «GM est d'accord avec l'esprit des réformes annoncées», qui, selon lui, sont une étape nécessaire pour «regagner la confiance des membres[de l'UAW] et s'assurer que les inconduites qui ont récemment été mises au jour ne se reproduisent plus.»

En fait, dans une déclaration officielle sur le procès de GM, l'UAW a répété le mensonge flagrant selon lequel les pots-de-vin massifs n'avaient eu aucun impact sur l'issue des négociations collectives. Les termes de ces contrats n'ont pas été touchés par la «mauvaise conduite» des dirigeants de la FCA, dit la déclaration, ni d'«aucun fonctionnaire de l'UAW impliqué dans l'utilisation abusive des fonds du Programme conjoint à la FCA. Ces contrats, qui ont finalement été ratifiés par nos membres, ont été négociés avec la participation de représentants locaux et internationaux et le processus comportait plusieurs niveaux de contrôles et contrepoids pour assurer leur intégrité».

Une telle affirmation, qu'aucun travailleur de l'automobile ne croit, ne fait que souligner le fait que l'UAW est une organisation entièrement contrôlée non seulement par Fiat Chrysler, mais par toutes les sociétés automobiles.

L'action en justice de GM est une entreprise risquée. Les dirigeants de Fiat Chrysler pourraient réagir en soulignant les pots-de-vin massifs que GM a longtemps remis à l'UAW, à commencer par la création des centres de formation conjoints au début des années 1980. Il a été révélé que le Centre des ressources humaines de l'UAW-GM était un véritable un cloaque de corruption de l'UAW. Toutes les dépenses utilisées dans les programmes de pots-de-vin de Joseph Ashton, Michael Grimes et d'autres négociateurs d'UAW-GM ont été approuvées par les codirecteurs de GM du Centre.

Les constructeurs automobiles, les médias corporatifs et les procureurs fédéraux ne ménagent pas leurs efforts pour prétendre que l'UAW peut être «nettoyé» soit par un remaniement interne, soit par l'installation d'un réformateur potentiel dans le cadre d'une prise de contrôle gouvernementale.

Cela ne changerait rien. Ce qu'il faut, c'est que les travailleurs de l'automobile se libèrent du contrôle de ce syndicat criminel en organisant des comités d'usine de la base, dirigés par les travailleurs ayant la conscience de classe la plus sûre, et en lançant une contre-offensive de la classe ouvrière basée sur l'unité internationale de la classe ouvrière et la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 21 novembre 2019)