Les policiers néo-fascistes manifestent devant le siège de la France insoumise

Par Alexandre Lantier
27 septembre 2019

Le syndicat néo-fasciste Alliance Police a pris la décision sans précédent de manifester aujourd’hui devant le siège de la France insoumise (LFI). Écartant la tradition officielle qui veut la police est un corps apolitique soumis à un «devoir de réserve», la police vise le candidat présidentiel qui a remporté le plus de voix dans les quartiers ouvriers des grandes villes françaises en 2017. Cette manifestation, organisée avec le soutien du gouvernement Macron, marque une nouvelle étape dangereuse dans le développement d’un État policier.

Le prétexte immédiat de cette action est la remarque de Mélenchon, lors de la mobilisation mardi contre la réforme des retraites, que les policiers agissent en «barbares». Mélenchon, qui fait face à un procès pour rébellion pour avoir contesté la perquisition du siège de LFI l’année dernière, voulait mettre en garde les manifestants: «C’est des barbares, soyez prudents, parce qu’ils ne s’arrêtent plus maintenant! … Samedi, si j’y avais ét,, ils me tuent, tu vois, ils attendent le prétexte.»

Ce sentiment est pourtant très largement partagé. En France, la police a violemment attaqué les «gilets jaunes», arrêté des milliers de personnes à grand renfort de grenades et de balles de défense, et tué Steve Maia Caniço en le poussant dans le Loire à Nantes en réprimant un concert musical. Des millons de gens sont choqués et dégoûtés par l’action des forces de l’ordre. Mais l’expression de ce sentiment par une personnalité en vue a provoqué une réaction hystérique dans l’État, qui est terrifié de la montée de la colère sociale et de la lutte des classes.

Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a quasiment donné le feu vert à Alliance Police pour s’attaquer à LFI. Sur Twitter il a déclaré que les remarques de Mélenchon étaient une «Inacceptable insulte à nos forces de l’ordre mobilisées, chaque jour, pour protéger les Français, au péril de leurs vies. Jean-Luc Mélenchon leur doit le respect et, désormais, des excuses.»

Le WSWS et le Parti de l’égalité socialiste ont documenté à maintes reprises leurs différends principiels avec Mélenchon et le nationalisme français populiste de LFI, l’allié français de Syriza, la «Coalition de la gauche radicale» pro-austéritaire en Grèce. Toutefois, il faut défendre Mélenchon contre l’attaque lancée contre lui par Macron et l’appareil policier.

Ce qui est en jeu est la liberté non seulement de Mélenchon, mais des travailleurs d’exprimer leur opposition à la répression, mais aussi à l’inégalité sociale et aux dictatures militaro-policières.

Après l’attaque par Castaner sur Twitter, tout l’appareil des syndicats policiers s’est mis en branle pour attaquer LFI. FO a dénoncé des commentaires «inadmissibles» et exigé que Macron lance «des poursuites pour incitation à la haine contre ce personnage», et l’UNSA a dénoncé des commentaires «choquants, outrageants.»

Cette propagande est le produit d’une longue campagne médiatique visant Mélenchon, contre lequel le parquet a requis 3 mois de prison avec sursis pour avoir bousculé des magistrats lors de la perquisition du siège de LFI. On y passe sous silence l’illégalité de la perquisition, où la police a foulé aux pieds le droit du personnel de LFI de voir quelles données elle aspirait. Mais quand Mélenchon s’est emporté et a bousculé un magistrat, il s’est retrouvé accusé de rébellion, ce qui est passible de 10 ans en prison.

A travers l’Europe, des forces de police fascisantes agissent brutalement, maniant une répression violente au mépris des droits démocratiques, avec la complicité de gouvernements impopulaires. En France, la répression des «gilets jaunes» et la campagne contre Mélenchon témoignent des pouvoirs extraordinaires qui s’accumulent aux mains des forces de l’ordre. Alors qu’elles espionnent et attaquent violemment la population, l’État construitun cadre juridique où toute tentative d’auto-défense contre la police comporte le danger de peines légales exorbitantes.

Cette politique se fait partout à travers l’Europe, y compris en Espagne – où les Guardia Civil ont brutalement attaqué des électeurs pacifiques lors du référendum d’indépendance catalane en octobre 2017 et préparent à présent une nouvelle répression – et en Allemagne. Là, tout l’appareil d’État protège une collection de réseaux d’extrême-droite au sein des forces de l’ordre, y compris certains qui ont établi une liste de personnalités à assassiner longue de plus de 200 personnalités politiques.

Hier, Mélenchon avait d’abord lancé un appel sur Twitter aux soutiens de LFI pour qu’ils viennent protéger le siège de LFI contre d’éventuels assauts lancés par des policiers néo-fascistes: «Demain, un syndicat de police appelle à manifester contre le siège LFI à 11h. Manifestation illégale. Je demande la protection de la gendarmerie. Je crois que la protection de témoins populaires serait décisive.»

Face à la campagne contre lui, toutefois, Mélenchon a décidé hier après-midi d’abadonner le siège de LFI face aux syndicalistes d’Alliance Police. Sur Facebook hier soir, il a changé de position pour refuser toute contre-manifestation face à Alliance Police.

Mélenchon a averti que les policiers «s’en serviront immédiatement pour se livrer à des violences. Donc la décision des camarades, c’est de faire 'siège mort'. C’est-à-dire 'on est pas là', et je demande formellement: évitez de passer par là ! Parce qu’ils vont vous provoquer, ils vont créer des situations insoutenables.»

Cette décision de se retirer face à la menace de violences policières fascisantes est un avertissement aux travailleurs en France et à l’international. Des forces fascisantes et autoritaires sont mobilisées par l’aristocratie financière parmi les forces de l’ordre. Leur cible, dans l’analyse finale est la colère sociale parmi les travailleurs. Le seul moyen de les combattre est de mobiliser la vaste puissance de la classe ouvrière, tâche qui nécessite la construction d’une avant-garde marxiste et trotskyste, c’est-à-dire une organisation entièrement différente de LFI.

Mélenchon, dont le parti inclut une large part de l’appareil syndicat policier de la CGT stalinienne, bloque à tout moment une lutte contre l’État policier par son populisme nationaliste et ses affirmations que le socialisme et la classe ouvrière sont morts. Ainsi LFI démoralise les travailleurs qui voudraient mener une lutte politique contre les dangers posés par l’État policier.

Mais à ce stade, Mélenchon conserve un soutien électoral considérable, et l’attaque menée par Macron contre lui vise les droits démocratiques de tous les travailleurs. La réaction des travailleurs conscients sera de défendre Mélenchon contre la campagne hystérique le visant, qui se déroule dans les ministères, les stations de télévision et les éditoriaux de la presse.