Les manifestations à Hong Kong se poursuivent pour une dixième semaine

Par Peter Symonds
15 août 2019

Des milliers de personnes ont défié une interdiction de la police et ont pris part à des manifestations dans plusieurs quartiers de Hong Kong au cours du week-end. La police antiémeute lourdement armée a utilisé des gaz lacrymogènes et des matraques pour tenter d'intimider les manifestants, causant des blessés et procédant à des arrestations.

Les manifestations de Hong Kong sont maintenant entrées dans leur dixième semaine et les revendications se sont multipliées. Les projets d'introduction d'une législation permettant l'extradition vers la Chine ont suscité d'énormes protestations, allant jusqu'à deux millions de personnes, dans la crainte que le régime de Pékin n'utilise la loi pour faire taire les critiques et les dissidents à Hong Kong.

Bien que la secrétaire en chef Carrie Lam ait suspendu le projet de loi, les manifestants exigent que la loi soit complètement retirée et que Lam démissionne. Parmi les autres revendications figurent le retrait des charges retenues contre les manifestants arrêtés, une enquête indépendante sur les violences policières et des élections libres au suffrage universel pour les organes législatifs et administratifs de Hong Kong.

Lundi dernier, après un week-end de protestations, des dizaines de milliers de travailleurs ont répondu à un appel à une grève générale qui a touché les transports, les services et le secteur financier et bancaire. Alors que la Confédération des syndicats (CTU), alignée sur l'opposition, a donné son appui verbal à la grève, ses dirigeants n'ont pas appelé les quelque 200.000 membres de ses syndicats affiliés à débrayer.

Manifestants à Hong Kong (Crédit: Denise Ho via Titter)

Dimanche, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs endroits de Hong Kong. Des manifestants, dont beaucoup sont jeunes, tentaient d’échapper à la répression policière. Dans une gare, la police antiémeute a tiré des gaz lacrymogènes dans l'espace clos et a été filmée en train de frapper des manifestants à coups de matraque alors qu'ils tentaient de s'enfuir vers une autre gare en empruntant un escalier mécanique.

Selon le South China Morning Post, «des parties de Tsim Sha Tsui, Sham Shui Po, Wan Chai et Kwai Chung sont redevenues des zones de guerre dimanche, et les protestataires ont continué leurs tactiques d'évasion pour rester un pas devant la police qui ripostait aux briques et bombes à essence avec les gaz lacrymogènes et les matraques».

Le journal a cité l'administration de l'hôpital qui a signalé qu'à 23h30, 13 personnes avaient été blessées lors de manifestations et envoyées dans les hôpitaux de la ville. Neuf avaient été libérés, mais un homme et une femme étaient encore dans un état grave.

L'administration de Hong Kong a qualifié ces manifestations de «rassemblements illégaux» et a déclaré qu'une bombe à essence avait blessé un policier. Un porte-parole a déclaré qu'il n'y avait «plus de période ou de lieux fixes pour ces actes illégaux et violents persistants et à grande échelle».

La police a arrêté quelque 600 personnes depuis le début des manifestations au début du mois de juin. Certains font face à des accusations d'émeute et sont passibles d'une peine d'emprisonnement de 10 ans.

Le régime de Pékin a laissé entendre à plusieurs reprises qu'il pourrait utiliser l'armée chinoise pour réprimer les manifestations. Mardi dernier, à la suite de la grève générale, Yang Guang, porte-parole du Bureau des affaires de Hong Kong et de Macao du Conseil d'État, a déclaré que les «manifestations radicales» menaçaient la prospérité et la stabilité de la ville.

Yang a affirmé que le mouvement de protestation de masse était l'œuvre d'un «très petit groupe de criminels sans scrupules et violents et des forces malveillantes qui les appuient» et a lancé un sérieux avertissement: «Ceux qui jouent avec le feu en mourront.»

Jeudi et vendredi derniers, les médias publics chinois ont diffusé une photo de Julie Eaden, chef d'unité politique du consulat général des États-Unis à Hong Kong, rencontrant dans le hall d'un hôtel d'éminents dirigeants de l'opposition, dont Joshua Wong, un leader étudiant dans les manifestations dites générales en 2014. Les reportages ont déclaré que la photo était la preuve d'une «sinistre intervention» des États-Unis dans la protestation visant à fomenter une «révolution de couleur» à Hong Kong.

Pékin et Washington ont échangé des insultes à propos de la publication de la photo. Une porte-parole du département d'État américain a accusé la Chine d'être un «voyou» et affirmé qu'Eaden ne fessait que son travail. Le ministère chinois des Affaires étrangères à Hong Kong a déclaré que ces remarques révélaient «le côté sombre et tordu de la psychologie américaine».

Alors que les États-Unis intensifient leur guerre économique et leur renforcement militaire dans la région contre la Chine, Washington suit de très près la situation à Hong Kong et calcule comment l'exploiter. Néanmoins, la réaction de l'administration Trump et des médias américains aux protestations de Hong Kong a été relativement discrète, contrairement à la propagande stridente qui a été associée aux «révolutions de couleur» menées par les États-Unis dans le passé.

De plus, les manifestations elles-mêmes ont impliqué une proportion importante de la population de Hong Kong et se sont déroulées en grande partie en dehors de la participation de l'opposition officielle dans la ville: le groupe pandémocrate au Conseil législatif.

L'entrée de la classe ouvrière de Hong Kong dans le mouvement de protestation a provoqué non seulement des craintes à Pékin, mais aussi des inquiétudes à Washington et parmi les alliés américains dans un contexte de reprise de la lutte des classes au niveau international. Les États-Unis font face à leur propre opposition généralisée sur le territoire américain de Porto Rico.

Il y a sans aucun doute des illusions parmi les manifestants de Hong Kong, encouragés par les pandémocrates et certains leaders étudiants tels que Joshua Wong, que les États-Unis et leurs alliés, la Grande-Bretagne en particulier, interviendront en leur nom. Une telle intervention, si elle devait avoir lieu, n'aurait rien à voir avec la défense des droits démocratiques à Hong Kong, mais viserait à poursuivre les intérêts impérialistes américains et à miner la Chine.

La dénonciation par la Chine de la «sinistre intervention» de Washington est un avertissement qu'elle prépare un prétexte pour réprimer les manifestants de Hong Kong. Elle a déjà exercé des pressions sur Cathay Pacific Airways de Hong Kong pour qu'elle prenne des mesures disciplinaires contre ses employés qui ont soutenu les manifestations.

La compagnie aérienne a licencié deux membres de l'équipe au sol pour avoir prétendument divulgué les arrangements de voyage d'une équipe de football de la police de Hong Kong se rendant sur le continent. Elle a également suspendu un pilote pour «mauvaise conduite» après qu'il ait pris part à des manifestations et ait été accusé d'avoir participé à des émeutes. Cathay Pacific a également annoncé qu'elle se conformerait à l'interdiction imposée par Pékin à tout le personnel qui soutient les protestations de travailler sur les vols vers le continent chinois ou à travers son espace aérien.

Le principal actionnaire de la compagnie aérienne est le groupe Swire, présidé par le milliardaire britannique Barnaby Swire. Son directeur général, Rupert Hogg, a déclaré aux médias que les activités de Cathay Pacific en Chine continentale étaient «essentielles à nos activités» et que la compagnie aérienne n'avait pas l'intention de compromettre ses profits.

Les contrôleurs aériens et le personnel des compagnies aériennes, y compris les pilotes, ont pris part aux manifestations et à la grève lundi dernier, qui ont touché quelque 200 vols. Une manifestation d'occupation à l'aéroport international de Hong Kong s'est poursuivie dimanche dans sa troisième journée, durant laquelle environ 1000 manifestants ont distribué des tracts aux voyageurs qui arrivaient.

(Article paru en anglais le 12 août 2019)