L'attaque fasciste à Gilroy et l'épidémie de fusillades de masse aux États-Unis

Par Patrick Martin
1 août 2019

L’assassinat de trois personnes au Garlic Festival à Gilroy, en Californie, a fait les gros titres aux États-Unis, mais les médias ont cherché à supprimer ou à minimiser son aspect le plus important: son caractère politique.

Santino William Legan, 19 ans, a ouvert le feu avec un fusil d'assaut AK-47 lors du festival tard dimanche après-midi. Il a tué trois personnes – un garçon de six ans, une fille de 13 ans et un homme de 25 ans – et en a blessé au moins 15 autres avant d'être tué par balle par la police locale.

Les trois personnes qu'il a tuées étaient hispaniques ou afro-américaines. Ce n'était apparemment pas une coïncidence. Les publications de Legan sur Internet indiquent qu'il était motivé par des opinions racistes et suprémacistes blanches. L'indication la plus importante consistait en un texte exhortant «Lisez Might is Right de Ragnar Redbeard», suivi d'une plainte au sujet de «hordes de métis» qui auraient envahi les villes de la région de Gilroy.

Le livre que Legan loue est Might is Right ou La Survie du plus apte, un sermon de suprématie blanche et de darwinisme social, publié pour la première fois en 1890, inspirée notamment du philosophe réactionnaire allemand Friedrich Nietzsche. Un passage du livre dénonce la Déclaration d’indépendance selon laquelle «tous les hommes sont créés égaux», ce qui est «un mensonge évident et dégradant». Viennent ensuite des imprécations contre les Noirs, les Asiatiques, les Juifs et les pauvres, ainsi que contre ceux qui vivent dans les centres urbains «nocifs» tels que Londres, Liverpool, New York, Chicago et la Nouvelle-Orléans, un langage dont l'équivalent moderne est la dénonciation par Donald Trump de Baltimore «infesté de rats» et corrompue par le crime.

En dépit de ces preuves évidentes des allégeances politiques de Legan, la police locale et les médias nationaux ont affirmé que le motif de son attaque était un mystère et qu'il ne s'agissait que d'un «meurtre insensé» du type de celui qui est devenu banal aux États-Unis depuis les trois dernières décennies.

Pas un seul expert de presse ou chroniqueur de journal n'a fait le lien évident entre la mentalité de Legan et la haine fasciste des immigrants et des minorités promues par le président des États-Unis, utilisant des rassemblements de masse, des commentaires aux médias et des tweets destinés à un public sur Twitter de plus de 50 millions.

La dissimulation des médias n’a gagné qu’une certaine plausibilité, car l’attaque de Gilroy était l’un des dix cas de fusillade de masse à travers les États-Unis au cours du week-end dernier. Le bilan des victimes indique 15 morts et 52 blessés.

Le massacre s'est poursuivi après le début de la semaine de travail. Mardi matin, dans un magasin Walmart de Southaven au Mississippi, en banlieue de Memphis, un homme armé a abattu deux employés de Walmart et blessé un policier avant qu'on ne lui tire dessus et qu’il soit arrêté.

La réponse des médias à ces tragédies a été double: les utiliser pour dissimuler les aspects spécifiquement politiques des attaques de Gilroy, en Californie; et en les présentant comme la preuve de la nécessité de renforcer les mesures répressives, y compris non seulement les appels libéraux habituels pour restreindre la possession d'armes à feu, mais également le renforcement des pouvoirs de la police.

Un éditorial paru dans le Washington Post, appartenant au milliardaire Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde, n'a fait aucune mention des positions fascistes de l'homme armé et a déclaré que la fusillade de Gilroy était «une condamnation de nos lois sur les armes à feu». L'éditorial a ensuite noté la forte présence de la police lors de l'attaque de Gilroy et sa réaction rapide, tuant Legan une minute après qu’il ait ouvert le feu. L'implication était claire: une répression policière plus rapide et plus massive s'impose.

Au cours des deux décennies qui se sont écoulées depuis que le massacre de Columbine a fait des «fusillades de masse» une catégorie d'événements reconnus aux États-Unis, le World Socialist Web Site s'est efforcé de développer une compréhension critique de ce que l'on qualifie généralement de «violence insensée» en Amérique.

Comme nous l'avons noté dans un commentaire récent, les deux décennies écoulées depuis Columbine ont coïncidé avec la décomposition de la société américaine sous l'impact de l'inégalité sociale croissante et de la guerre impérialiste sans fin:

[blockquote]Cela fait également deux décennies, plus ou moins, depuis la déclaration de la «guerre contre le terrorisme» et les invasions de l’Afghanistan puis de l’Iraq, deux décennies depuis le détournement d’une élection nationale et le rejet de toute préoccupation de la bourgeoisie américaine pour les normes démocratiques, deux décennies d'inégalités sociales grandissantes et deux décennies d'attaques incessantes contre les conditions de vie des travailleurs…

La société capitaliste américaine se désintègre. Des actes antisociaux fous, comme celui de Columbine, ne seront pas arrêtés par les vœux pieux, encore moins par l’indifférence des pouvoirs en place.[/blockquote]

La catégorie générale des «fusillades de masse» a changé et acquiert de plus en plus un caractère politique.

Bien entendu, l’événement qui a, dans une certaine mesure, déclenché la vague de massacres en masse, les meurtres à Columbine, en avait un élément de cela. Il était prévu pour l'anniversaire de Hitler et l'anniversaire des attentats à la bombe d'Oklahoma City. Aujourd'hui, cependant, de tels massacres à caractère politique se produisent régulièrement, notamment l'attaque d'un bandit armé fasciste contre une synagogue à Poway en Californie en avril de cette année et le massacre de la synagogue Tree Of Life à Pittsburgh en octobre 2018.

Et comme le montre l'exemple de l'attaque de Gilroy en Californie, loin des «vœux pieux» de mettre fin à de telles violences, le gouvernement américain actuel incite délibérément à de telles atrocités. Le président Trump poursuit une stratégie politique définie, facilitée politiquement par les démocrates, visant à attiser la violence et à créer les conditions propices à des mesures toujours plus autoritaires.

Le système capitaliste dans son ensemble est responsable. La déception amère envers Obama, l'incitation fasciste de Trump, combinée aux difficultés économiques et à la guerre sans fin, encouragent et produisent un nouveau phénomène: le tireur de masse ouvertement à droite.

L'auteur recommande également :

Attaque d’un tireur fasciste dans une synagogue de Californie [30 avril 2019]

(Article paru en anglais le 31 juillet 2019)