En pleins préparatifs de guerre dans le golfe Persique, Washington menace la Syrie d’une nouvelle attaque

Par Bill Van Auken
23 mai 2019

Quelques jours à peine après la menace du président Donald Trump de mettre fin « officiellement » à l'Iran, Washington a menacé la Syrie d'une nouvelle agression militaire sur la base d'accusations non fondées que Damas a utilisé des armes chimiques dans sa campagne contre les milices liées à Al-Qaeda dans la province d'Idlib, au nord-ouest du pays.

Ces nouvelles menaces furent proférées suite à des séances d'information en chaîne, à huis clos, sur la campagne de guerre contre l'Iran, organisées mardi pour des sénateurs et députés par le secrétaire d'État Mike Pompeo, le secrétaire à la Défense par intérim Patrick Shanahan et le général chef d'état-major des armées Joseph Dunford.

Secretary of State Mike Pompeo

L'idée maîtresse de ces séances était de défendre le « renseignement », inventé de toutes pièces, de menaces de l'Iran contre les « intérêts américains » ou leurs alliés dans le golfe Persique et l’affirmation que le déploiement massif et agressif de l'armée américaine dans la région avait contrecarré de soi-disant plans de Téhéran.

Au milieu de ces séances de briefing, le Département d’État a affirmé dans un communiqué qu'il était en train de collecter des informations sur une soi-disant attaque au gaz chloré, le 19 mai à Idlib, menaçant en même temps que « les Etats-Unis et [leurs] alliés allaient réagir rapidement et de façon appropriée ».

Le communiqué du Département d'État dénonçait aussi une « campagne de désinformation continue du régime Assad et de la Russie pour créer le faux récit que d'autres devaient être tenus responsables des attaques à l’arme chimique menées par le régime Assad lui-même ».

Passage sans aucun doute ajouté en réponse à la fuite accablante d'un document, préparé par un enquêteur de haut rang de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), sur une attaque chimique présumée à Douma, une banlieue de Damas, en avril 2018, et ayant servi de prétexte au bombardement de la Syrie à l’aide de missiles.

L'analyse a démontré que les bouteilles de gaz trouvées sur le toit d'un immeuble d'appartements et tenues responsables de la mort de 49 personnes n'avaient pu être larguées par air, comme prétendu en en accusant le gouvernement syrien. Il avait fallu au contraire qu’on les y mette manuellement, ce qui indiquait la culpabilité des « rebelles » soutenus par l'Occident, qui ont monté l'attaque pour fournir le prétexte à une attaque américaine.

La fabrication par Washington et ses alliés en Syrie de nouveaux incidents impliquant des armes chimiques servirait de moyen pour poursuivre sur un autre front la campagne américaine contre l'Iran.

La menace lancée contre la Syrie suit le déploiement dans la région d'un groupe aéronaval dirigé par le porte-avions USS Abraham Lincoln, d'une escadre de bombardiers, comprenant des B-52 à capacité nucléaire et d’une batterie de missiles Patriot.

Ce groupe aéronaval s'est joint à une force opérationnelle de navires d'assaut amphibies transportant Marines, avions de guerre et péniches de débarquement, engagée dans une série de jeux de guerre hautement provocants près des côtes iraniennes. Ceux-ci visaient à « accroître notre létalité et notre agilité pour réagir aux menaces » a déclaré un commandant des forces navales.

Dans le même temps, le Pentagone a élaboré des plans de guerre prévoyant l'envoi de 120 000 soldats américains dans la région – un nombre similaire à celui déployé dans la région avant l'invasion de l'Irak – selon toute apparence en vue d'une guerre totale avec l'Iran

Ce déploiement militaire a une fois de plus poussé le Moyen-Orient au bord du gouffre. Pratiquement n'importe quel incident dans la région – réel ou fabriqué – peut y déclencher un épouvantable conflit militaire qui éclipserait le carnage provoqué par la guerre des États-Unis en Irak.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a averti mardi que Washington « jouait un jeu dangereux » avec son déploiement militaire dans le Golfe.

« Le fait d'avoir tous ces moyens militaires dans une petite voie navigable est en soi susceptible d'entraîner des accidents, surtout quand il y a des gens qui s'intéressent aux accidents. Il faut donc être extrêmement prudent et nous pensons que les Etats-Unis jouent un jeu très, très dangereux », a déclaré Zarif.

Sans aucune preuve, Washington a tenté de blâmer l'Iran pour le sabotage présumé de quatre navires, dont deux pétroliers saoudiens, au large des côtes des Émirats arabes unis (EAU) la semaine dernière ; et pour le tir d'une roquette Katyusha sur la ‘zone verte’ ultra fortifiée de Bagdad, tombée à environ 500 mètres de l'ambassade américaine.

Un groupe auparavant inconnu a revendiqué mardi la responsabilité du tir de roquette, affirmant qu'il s'agissait de représailles contre Trump pour avoir accordé une grâce totale à un ancien lieutenant de l'armée américaine condamné à 25 ans de prison pour l'exécution extrajudiciaire d'un prisonnier, Ali Mansur Mohamed, en Irak en 2008.

Un autre déclencheur potentiel d'une guerre à grande échelle est la guerre quasi génocidaire menée depuis quatre ans par les Saoudiens et soutenue par les États-Unis contre le Yémen, qui a tué environ 80 000 civils et en mené quelque 10 millions au bord de la famine.

Mardi, le mouvement rebelle houtiste qui contrôle la majeure partie du Yémen et la monarchie saoudienne ont signalé qu'un drone chargé d'explosifs lancé depuis le Yémen avait frappé un aéroport dans la région de Najran, au sud de l'Arabie saoudite. La chaîne de télévision houthiste al-Masirah a déclaré que l'attaque avait été lancée en représailles aux frappes aériennes saoudiennes qui sont la cause de la grande majorité des victimes civiles au Yémen.

Le régime saoudien a qualifié la frappe d'attaque contre une « cible civile » et les Houthis de « milices terroristes de l'Iran ». En réalité, l'aéroport est le site d'une base militaire d’où sont lancées des attaques contre le Yémen. Les troupes américaines y étaient précédemment stationnées pour soutenir la guerre criminelle des Saoudiens, mais un porte-parole du Pentagone a déclaré qu'aucunes ne s’y trouvaient au moment de la frappe.

L'affirmation que les Houthis sont des mandataires de Téhéran est manifestement fausse, bien qu'elle soit répétée sans cesse par Washington et Riyad.

Au milieu des menaces militaires provocatrices contre la Syrie et l'Iran, un groupe bipartite du Congrès comprenant les partis majoritaires de la Chambre et du Sénat a signé une lettre adressée au président Trump exigeant une politique encore plus agressive dans la région et en particulier en Syrie.

Cette lettre revenait à exiger que l'administration Trump maintienne une forte présence militaire en Syrie, intensifie la confrontation avec le gouvernement du président Bachar al-Assad ainsi qu'avec l'Iran et la Russie et soutiennne sans condition les attaques israéliennes contre ce pays.

Elle fut signée par près de 400 membres du Congrès dont des démocrates de premier plan de la Chambre et du Sénat. Elle fut publiée aux noms des députés Eliot Engel (démocrate) et Michael McCaul (républicain), le président et un membre important de la Commission des Affaires étrangères de la Chambre, et des sénateurs James Risch (republicain) et Bob Menendez (démocrate), le président et un membre dirigeant de la Commission des Relations étrangères du Sénat.

Tout en mentionnant brièvement la présence continue d'Al-Qaïda et du groupe État islamique en Syrie, la lettre se concentrait sur les accusations relatives au « comportement menaçant du régime iranien » et au « rôle déstabilisateur de la Russie » dans ce pays. Elle exigeait que l'administration « accroisse la pression sur l'Iran et la Russie pour ce qui est des activités en Syrie » afin de « mettre fin aux menaces croissantes contre les intérêts américains, Israël et la sécurité et la stabilité régionales ».

La lettre est une demande bipartite que l'administration Trump maintienne la présence des troupes américaines en Syrie, qui est officiellement de 2 000 hommes mais sans aucun doute bien plus élevée. Si en décembre dernier, Trump avait annoncé qu'il retirait toutes les forces américaines du pays, l'administration avait ensuite fait marche arrière et indiqué que plusieurs centaines de soldats resteraient dans le pays.

Quelles que soient les critiques des démocrates quant aux tweets imprudents de Trump, la lettre du Congrès ne fait que confirmer que la campagne de guerre contre l'Iran est l'aboutissement d'une politique bipartite menée depuis des décennies par des gouvernements successifs tant démocrates que républicains, pour affirmer, au prix de millions de vies, l'hégémonie militaire américaine sur le Golfe persique et ses vastes ressources énergétiques.

(Article original paru en anglais le 22 mai 2019)