La débâcle électorale du Parti travailliste australien et la lutte contre l'extrême droite

Par Oscar Grenfell
21 mai 2019

Le résultat des élections fédérales australiennes de samedi a entraîné une défaite dévastatrice pour l'opposition, le Parti travailliste, et le retour au pouvoir du gouvernement d'extrême droite de la coalition libérale-nationale du Premier ministre Scott Morrison.

Morrison sera probablement en mesure de former un gouvernement avec une mince majorité à la Chambre des représentants, la chambre basse du parlement australien. Le Sénat sera probablement contrôlé par des indépendants et des populistes de droite.
Tous les experts des médias avaient prédit une large victoire travailliste. Avant le début du dépouillement du scrutin, le dirigeant travailliste Bill Shorten a été largement présenté comme le premier ministre présomptif. A la fin de la soirée de samedi, il avait démissionné de son poste de chef du parti, après avoir supervisé la défaite des travaillistes lors d'une élection «imperdable».

La presse a noté les parallèles avec les élections américaines de 2016, lorsque Hillary Clinton, qui était universellement dépeinte comme la présidente en devenir, a été vaincue par le candidat républicain fascisant Donald Trump.

Morrison n'est pas Trump et Shorten n'est pas Clinton, mais en changeant ce qui doit être changé, les mêmes dynamiques sociales et politiques sous-jacentes étaient à l'œuvre.

Le vote a été une répudiation massive des affirmations des travaillistes selon lesquelles ils avaient des politiques qui mèneraient à «l'équité». Tout au long de l'élection, Shorten, avec ses alliés dans les syndicats corporatistes, a dénoncé les cadeaux fiscaux pour les riches et déclaré que les travaillistes gouverneraient dans l'intérêt des travailleurs.

Après des décennies d'imposition des diktats de l'élite financière, le Parti travailliste n'a pu faire aucun appel crédible aux travailleurs et aux jeunes.

Les gouvernements travaillistes de Kevin Rudd et de Julia Gillard, au pouvoir de 2007 à 2013, furent parmi les plus à droite de l'histoire australienne.

Les travaillistes ont formé le gouvernement après une décennie de gouvernements de coalition, déclarant qu'ils défendraient les droits des travailleurs. Ils ont ensuite interdit pratiquement tous les mouvements de grève, ont aligné l'Australie sur les plans américains de guerre contre la Chine, rouvert les camps de réfugiés sordides dans les îles éloignées du Pacifique et réduit le financement de l'éducation publique, des soins de santé et de la sécurité sociale.

Dans l'électorat de la classe ouvrière, il y a eu d'importants revirements par rapport au Parti travailliste, les travailleurs ayant rejeté ses promesses électorales dérisoires considérant qu'elles ne faisaient rien pour répondre à leurs besoins sociaux urgents en matière d'emploi, d'augmentation des salaires et de meilleurs services sociaux. C'est dans les circonscriptions régionales et ouvrières, qui ont été les plus durement touchés par des décennies de destruction d'emplois et qui sont plongées dans une crise sociale de plus en plus profonde, que le mouvement ouvrier a connu ses plus forts revirements.

Le Parti travailliste est à juste titre considéré par beaucoup comme un parti du grand patronat. Il a promis de dégager un excédent budgétaire deux fois plus important que celui de la Coalition, ce qui signalait qu'il y aurait une réduction importante des dépenses publiques. Il s'est présenté comme un parti «uni» qui pouvait gouverner dans l'intérêt de l'élite capitaliste et s'est engagé à maintenir les dépenses militaires à 2 % du produit intérieur brut.

En Australie, comme partout dans le monde, des millions de travailleurs et de jeunes virent vers la gauche et deviennent de plus en plus hostiles au capitalisme. Cependant, en l'absence d'un mouvement socialiste de masse, la classe ouvrière se retrouve avec un gouvernement Morrison qui introduira des réductions d'impôts majeures pour les grandes entreprises, approfondira l'alliance avec l'impérialisme américain et cherchera à faire payer la classe ouvrière pour le ralentissement accéléré de l'économie australienne.
Morrison est un chrétien évangéliste d'extrême droite qui, en tant que ministre de l'Immigration, a encouragé la xénophobie anti-immigrés, fait fi des droits démocratiques fondamentaux et a été responsable du traitement brutal des réfugiés dans les camps de détention. Tant les libéraux que les travaillistes ont contribué à créer un climat réactionnaire dans lequel les partis d'extrême droite et fascisants se sont enhardis, même si l'augmentation de leurs votes lors des élections a été minime.

Le résultat de l'élection révèle encore une fois les affirmations creuses colportées par des groupes de pseudo-gauche et les syndicats, selon lesquelles la montée de l'extrême droite peut être combattue en soutenant des partis capitalistes tels que les partis travaillistes australiens et britanniques, les démocrates américains et les partis sociaux-démocrates en Europe.

Partout dans le monde, les partis d'extrême droite, activement promus par l'appareil d'État, exploitent une crise sociale provoquée par les mesures d'austérité radicales imposées par les partis et gouvernements dits de «centre-gauche». En conséquence, les partis fascisants obtiennent un nombre croissant de sièges au parlement et, dans certains pays, forment le gouvernement.

En Grande-Bretagne, le gouvernement conservateur profondément divisé de Theresa May n'a pu rester au pouvoir sans la servilité et la lâcheté du Parti travailliste de Jeremy Corbyn. En France, le gouvernement «modéré» d'Emmanuel Macron impose des coupes claires au nom des banques, permettant au Rassemblement national fascisant de se poser en champion des gens ordinaires.

Aux États-Unis, l'administration Trump a été encouragée par le refus des démocrates de s'opposer à ses attaques contre les immigrants et à ses menaces militaires croissantes. Au lieu de cela, les démocrates combinent une campagne maccarthyste anti-russe avec une politique identitaire en faillite, visant à promouvoir les intérêts des couches aisées de la classe moyenne supérieure et à diviser les travailleurs en fonction de la race, du sexe et de l'orientation sexuelle.

Le résultat de l'élection australienne est une mise en garde inquiétante contre le fait que les forces d'extrême droite pourraient faire encore des progrès lors des prochaines élections européennes. C'est un signal que la campagne du Parti démocrate pour l'élection présidentielle américaine de 2020, marquée par des appels à «l'unité nationale» et l'hystérie anti-russe, ne fera que renforcer Trump.

La seule façon de combattre le danger de l'extrême droite est de construire un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière visant à abolir le système capitaliste, source des inégalités sociales et de guerre. La base objective d'un tel mouvement réside dans l'immense hostilité des gens ordinaires à l'égard du système politique officiel et dans la résurgence de luttes de classe explosives au niveau international.

Lors des élections australiennes, le Parti de l'égalité socialiste (PES) a obtenu un soutien important des travailleurs, des étudiants et des jeunes à la recherche d'une véritable alternative au capitalisme. Le décompte des voix étant incomplet, les candidats du PES dans les quatre circonscriptions de la Chambre des représentants où le parti s'est présenté ont obtenu chacun plus de 500 voix. Au Sénat de Nouvelle-Galles du Sud, plus de 1000 travailleurs et jeunes ont voté pour le PES. Dans l'État de Victoria, ce chiffre est supérieur à 5000.
Nous appelons les travailleurs et les jeunes, et tous ceux qui cherchent une véritable autre voie, à passer à l'étape suivante, en étudiant le programme du SEP, et en le construisant en tant que la nouvelle direction socialiste de la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 20 mai 2019)