Les bombes saoudiennes tuent des civils yéménites, intensifiant les tensions de guerre dans le golfe Persique

Par Bill Van Auken
18 mai 2019

Le bombardement brutal d'un quartier civil au cœur de la capitale du Yémen, Sana'a, jeudi, signale une nouvelle escalade des tensions de guerre extrêmes provoquées par l'impérialisme américain dans le Golfe Persique.

Les frappes aériennes ont coûté la vie à au moins six civils, dont quatre enfants, tous membres de la même famille. Le ministère yéménite de la Santé a estimé le nombre de blessés à 71, dont 27 enfants, 17 femmes et 27 hommes.

Des témoins sur les lieux ont vu une foule d'hommes tirer des corps d'un immeuble démoli, soulevant le corps d'un enfant sans vie et celui d'une femme enveloppée dans un linceul blanc.
Le nombre de morts devrait augmenter en raison de la gravité des blessures causées par les bombardements et du fait que les habitants de Sana'a continuent de creuser à mains nues dans les décombres. La pénurie de médicaments et de fournitures médicales résultant du blocus du Yémen soutenu par les États-Unis entrave également le traitement adéquat des blessés.

Des bombes et des missiles saoudiens sont tombés sur les quartiers résidentiels densément peuplés de Sana'a aux petites heures du matin de jeudi, les plus grandes destructions ayant eu lieu à l'intersection des rues Rabat et Rakas.

«Je connais la rue», a déclaré le journaliste yéménite Afrah Nasser à Al Jazeera. «Il n'y a pas de cibles militaires là-bas. Il n'y a aucune excuse pour la coalition dirigée par les Saoudiens. C'était un bombardement délibéré et systématique contre des civils.»

La guerre dirigée par les Saoudiens contre le Yémen en est à sa cinquième année, après que les rebelles houthis y ont chassé en 2014 le gouvernement corrompu du président Abd Rabbu Mansour Hadi, une marionnette de Riyad et Washington. Elle a créé la pire crise humanitaire de la planète dans ce qui était déjà le pays le plus pauvre du monde arabe.

Riyadh n'a pu mener cette campagne sanglante que grâce au soutien ininterrompu de Washington, à commencer par l'administration Obama et à continuer sous Trump, qui a fourni les avions et les bombes utilisés pour tuer les civils yéménites, le ravitaillement en vol pour permettre des frappes aériennes continues, les renseignements sur les cibles et le soutien de la marine américaine pour un blocus barbare qui a coupé la nourriture, les médicaments et autres fournitures essentielles.

Le mois dernier, le président Donald Trump a opposé son veto à une résolution du Congrès appelant à mettre fin au soutien militaire direct des États-Unis au massacre dirigé par les Saoudiens, dont les partisans furent loin d'avoir obtenu la majorité des deux tiers nécessaire pour renverser ce veto. Depuis lors, les politiciens démocrates, qui ont soutenu ce projet de loi comme stratagème politique creux ayant le but de contenir un large sentiment anti-guerre, sont restés silencieux sur les crimes de guerre en cours soutenus par les États-Unis au Yémen.

Washington soutient la guerre menée par les Saoudiens dans le cadre de sa préparation plus large à la guerre contre l'Iran, qui a vu au cours de la dernière semaine et demie l'envoi dans la région d'un groupe aéronaval, dirigé par l'USS Abraham Lincoln, et une force opérationnelle de bombardiers, notamment des B-52, appareil pouvant emporter des armes nucléaires. S'en est suivi le déploiement du navire d'assaut amphibie USS Arlington transportant des marines, des avions de guerre et des péniches de débarquement américains, ainsi qu'une batterie de missiles Patriot.
Les tensions ont été exacerbées par la décision très provocatrice de retirer tout le personnel non essentiel de la gigantesque ambassade américaine à Bagdad, sur la base d'allégations, non seulement infondées mais démenties par un haut général britannique de la «coalition» américaine, d'une menace imminente venant des milices soutenues par les Iraniens.

Les frappes aériennes saoudiennes sur Sana'a ont eu lieu deux jours seulement après que les rebelles houthis eurent revendiqué l'attaque par drone qui a frappé les installations de pompage du principal oléoduc est-ouest de l'Arabie saoudite, la qualifiant de représailles pour les attaques incessantes contre des civils yéménites.

La monarchie saoudienne, dont la guerre aérienne a tué environ 80.000 civils tout en démolissant des écoles, des hôpitaux, des usines et des logements, a dénoncé l'attaque du drone - qui n'a pas coûté une seule vie - comme un acte de «terrorisme» et un «crime de guerre».

Riyad a insisté sur le fait que les frappes de drones avaient été «ordonnées par le régime de Téhéran», une accusation que le gouvernement dirigé par les houthis à Sana'a a nié avec véhémence.
«Nous ne sommes les agents de personne», a déclaré Mohammed Ali al-Houthi, le chef du Comité suprême révolutionnaire au pouvoir. «Nous prenons nos décisions en toute indépendance et ne prenons pas d'ordres pour [utiliser] des drones ou quoi que ce soit d'autre.»

Les gouvernements américain et saoudien prétendent depuis longtemps, sans fournir la moindre preuve, que l'Iran a expédié des armes aux forces houthis, malgré le maintien d'un blocus naval qui a empêché même les vivres d'entrer dans le pays. La véritable préoccupation de l'impérialisme américain et de son principal allié dans le monde arabe est que tout gouvernement au Yémen qui ne soit pas entièrement contrôlé par Riyad constitue une menace pour la dictature monarchique réactionnaire de la famille Saoud.

L'attitude de la monarchie saoudienne face à l'intensification des préparatifs de guerre dans le golfe Persique a été révélée dans un éditorial publié jeudi par Arab News, un journal de langue anglaise qui sert d'outil de propagande pour le régime. Il a appelé les États-Unis à mener des «frappes chirurgicales» contre l'Iran.

Il a déclaré: «Notre point de vue est qu'ils doivent être durement frappés. Il faut leur montrer que les circonstances sont maintenant différentes. Nous appelons à une réaction décisive et punitive à ce qui s'est passé afin que l'Iran sache que chaque geste qu'il fera aura des conséquences.»

Mercredi, le directeur du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a présenté au Conseil de sécurité de l'ONU un rapport déchirant sur les effets de la guerre menée par les États-Unis et les Saoudiens sur les enfants du Yémen. Citant un décompte officiel de 7300 enfants tués par la violence, Henrietta Fore reconnaît que «les chiffres réels sont sans doute plus élevés». Se référant à une attaque aérienne saoudienne qui a détruit une école de filles à Sana'a le mois dernier, elle a déclaré: «Imaginez la douleur endurée par les familles des 14 enfants qui ne sont jamais rentrées chez elles.

Elle a indiqué qu'un enfant meurt de causes évitables au Yémen toutes les 10 minutes, que 360.000 d'entre eux souffrent de malnutrition aiguë sévère et que la moitié des enfants de moins de cinq ans du pays, soit 2,5 millions, ont un retard de croissance, une maladie irréversible.

Le rapport de Fore a été suivi par le Coordonnateur des secours d'urgence des Nations Unies, Mark Lowcock, qui a déclaré au Conseil de sécurité que le «spectre de la famine plane toujours sur le Yémen, où 10 millions de personnes survivent uniquement grâce aux secours alimentaires d'urgence, et que 300.000 personnes ont été touchées par le choléra rien que pendant les quatre premiers mois de cette année, contre 370.000 pendant toute la période de 2018.
L'immense souffrance humaine causée par l'impérialisme américain et le régime saoudien au Yémen au cours des quatre dernières années serait rapidement éclipsée par une guerre contre l'Iran, qui impliquerait toute la région et menacerait de déclencher une troisième guerre mondiale.

(Article paru en anglais le 17 mai 2019)