Trump propose d’annuler l’élection de 2020

Par Eric London
9 mai 2019

Dimanche, Donald Trump a retweeté un message du prédicateur évangélique archi-réactionnaire et éminent confident de Trump Jerry Falwell Jr., demandant au président de prolonger son mandat de quatre ans, conforme à la Constitution, à six ans.

Se référant aux efforts du Parti démocrate pour qualifier Trump de collaborateur russe, le tweet dit: «Trump devrait avoir 2 ans de plus à son 1er mandat en remboursement du temps volé par ce coup d'État échoué et corrompu».

En retweetant cette proposition, Trump menace en effet d’annuler les élections de 2020 et de se déclarer au-dessus de la loi. L’article II de la Constitution des États-Unis stipule que le président exercera ses fonctions pendant un mandat de quatre ans.

L’action de Trump est une menace directe d’abroger la Constitution. La politique bourgeoise a dégénéré à un tel point que les normes politiques et juridiques considérées comme fondamentales depuis la Révolution américaine sont maintenant remises en question par un tweet présidentiel.

Les partisans républicains de Trump prétendent que Trump ne faisait que plaisanter. Mais l’annulation des élections n’est pas une chose sur laquelle un président plaisanterait. Le président est la personne la plus puissante du monde et chaque mot qu’il prononce est suivi de près aux États-Unis et dans le monde. Les politiciens, les hommes d’affaires et les décideurs du monde entier analysent même des déclarations apparemment banales ou des remarques impromptues pour déceler leur signification plus profonde.

Le re-tweet de Trump d'un prédicateur évangélique éminent et politiquement actif n'est pas une plaisanterie. C'est un signal sérieux envoyé délibérément à la fois aux partisans et aux opposants, qui comprendront que Trump est sérieux et qu'il est prêt à employer des méthodes anti-constitutionnelles pour rester au pouvoir. Cela fait partie d'un modèle de plus en plus dictatorial que Trump et ses conseillers fascistes planifient depuis longtemps.

En acceptant un prix lors d’une cérémonie en avril en compagnie de chefs militaires, Trump a déclaré: «C’est vraiment magnifique. Il trouvera une place permanente, au moins pour six ans, dans le Bureau ovale».

En 2018, Trump a dit au président chinois Xi Jinping que c’était «génial» que Xi soit maintenant «président à vie», ajoutant: «Nous devrons peut-être essayer un jour ». Avant les élections de 2016, Trump a menacé à plusieurs reprises de ne pas tenir compte des résultats des élections si la démocrate Hillary Clinton s’avérait victorieuse. En réponse à une question de débat lui demandant s’il accepterait un résultat le déclarant perdant, il a dit: «Je vous le dirai à ce moment-là. Je vais vous tenir en haleine».

C’est l’actuel avocat de Trump, l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, qui avait proposé d’annuler les élections municipales de novembre 2001 à la suite des attentats du 11 septembre. Il affirmait que des méthodes semi-dictatoriales étaient nécessaires malgré qu’il ne soit déjà légalement plus en fonction.

La présidence de Trump a inclus de nombreux ballons d’essai autoritaires similaires. Il a placé des soldats derrière lui lors de son discours d’investiture, a prévu d’organiser une manifestation militaire à Washington DC, et a mis en œuvre une interdiction d’entrer aux États-Unis depuis plusieurs pays musulmans.

Il a établi un réseau de camps d’internement, proposé la peine de mort pour les trafiquants de drogue. Il a fait l’éloge des néonazis comme de «gens de bien». Il a appelé à mettre fin à une procédure légale régulière pour les migrants. Il a déclaré que ses partisans étaient justifiés d’utiliser la violence contre ses détracteurs. Il a déployé l’armée sur le territoire national. Il a séparé des enfants migrants de leurs parents et il a déclaré une urgence nationale afin de s’approprier les fonds nécessaires à la construction d’un mur frontalier.

Dans ce contexte, la réaction du Parti démocrate est tout aussi effrayante.

Dans un article intitulé: «Pelosi prévient les Démocrates: restez au centre ou Trump peut contester le résultat des élections», le New York Times a publié une interview de la présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi. Il y cite l’inquiétude de Pelosi « que M. Trump ne renonce pas volontairement au pouvoir s’il perd sa réélection par une mince marge l’année prochaine».

Dans l’interview, qui a été menée avant le tweet de Trump, Pelosi a déclaré en référence aux élections de mi-mandat de 2018: «Si nous gagnons par quatre sièges avec une majorité de mille voix chacun, il ne respectera pas l’élection. Il empoisonnerait l’esprit du public. Il défierait chacune des élections; il dirait qu’on ne peut pas laisser asseoir ces gens. Nous devions gagner. Imagine si on n’avait pas gagné – oh, je ne l’imagine même pas. Donc, à mesure que nous avançons, nous devons avoir la même approche».

En réponse aux menaces ouvertes de violer la Constitution, la stratégie des Démocrates est de «posséder le centre gauche, posséder le terrain du centre», a déclaré Pelosi au Times. Pelosi ne condamne pas la proposition de Trump de prolonger son mandat et n’avertit pas des graves implications criminelles de l’annulation d’une élection présidentielle. Au lieu de cela, elle demande aux Démocrates de «ne pas s’engager dans d’autres exubérances de notre parti», indiquant clairement que le parti ne permettra aucune réforme sociale.

Cela vient d’un parti qui a remporté la majorité du vote populaire dans toutes les élections présidentielles, sauf une, parmi les huit dernières. Mais les Démocrates n’ont pas contesté l’élection volée de 2000, lors de laquelle la Cour suprême avait écrit que les Américains n’ont pas le droit de voter pour le président. La déclaration de Pelosi est une reconnaissance du fait que les Démocrates estiment qu’il existe des circonstances où ils devraient accepter l’annulation d’une élection. Si Trump donnait suite à sa menace, tout ce que la cheffe de la minorité de la chambre des représentants, Pelosi et le chef de la minorité du Sénat, Charles Schumer promettent, est d’intenter une action en justice!

L’insouciance des Démocrates face à la menace de Trump d’annuler une élection présidentielle contraste avec la férocité de leurs affirmations que Trump avait facilité l’utilisation par la Russie de 100.000 dollars pour «interférer» dans la dernière élection.

L’interview de Pelosi révèle que la campagne anti-Russie est fallacieuse et absurde. Si Trump était de connivence avec la Russie, sa menace de refuser d’accepter les résultats des élections ne serait-elle pas la preuve que Vladimir Poutine «mine notre démocratie»? Et la menace de Trump ne constitue-t-elle pas à elle seule une violation de son serment de «protéger et défendre» l’article II de la Constitution — un acte pour lequel Trump pourrait encourir une procédure de destitution?

Les Démocrates combinent l’indifférence absolue à l’égard des questions critiques des droits démocratiques avec le soutien des principaux aspects de l’agenda politique de Trump. Lundi, le New York Times a publié une déclaration du comité éditorial intitulée: «Donnez à Trump son argent pour la frontière». Les Démocrates collaborent avec Trump à un nouveau programme d’infrastructure et appuient ses efforts pour renverser le gouvernement du Venezuela et imposer des tarifs douaniers à la Chine.

Ce qui les motive avant tout est la peur de l’opposition sociale de la classe ouvrière, qui se manifeste de façon frappante par un soutien croissant au socialisme. Les Démocrates n’osent pas défier Trump en soulevant les griefs sociaux, économiques et démocratiques de larges masses de la population. La raison est qu’ils pensent que cela pourrait déclencher des grèves généralisées et des protestations qui contestent les profits et les plans d’agression militaire et de domination mondiale de Wall Street et de l’impérialisme américain.

Il faut donner un avertissement sérieux. Le tweet de Trump et l’interview de Pelosi ne font qu’effleurer la surface des mesures anti-démocratiques et dictatoriales discutées à huis clos à la Maison-Blanche, au Pentagone, à Langley et à Fort Meade.

(Article paru d’abord en anglais le 8 mai 2019)