Les «gilets jaunes» et la résurgence internationale de la lutte des classes

Par Alexandre Lantier
9 mai 2019

C’est avec plaisir que je présente à ce 1er mai international les salutations fraternelles du Parti de l’égalité socialiste. Car cette fête mondiale de la classe ouvrière est marquée avant tout par la résurgence internationale de la lutte des classes, qui secoue l’Europe entière.

A Berlin, les habitants ont manifesté sur l’Avenue Karl Marx pour l’expropriation des financiers qui contrôlent l’immobilier. Le capital financier allemand a dit sa consternation face à cette réapparition du spectre du socialisme au coeur de l’Europe dans les pages du Frankfurter Allgemeine Zeitung, qui écrit, ébahi: « Karl-Marx-Allee est devenu un héraut de la réintroduction du socialisme !»

La bourgeoisie allemande, qui se rêve en hégémon d’une Europe capitaliste remilitarisée et austéritaire, se retrouve au centre d’une contre-offensive ouvrière. A l’est, en Pologne, les syndicats tentent à présent d’étrangler première grève nationale des enseignants depuis la restauration stalinienne du capitalisme en 1989, grève qui ébranle le gouvernement polonais d’extrême-droite.

Au sud, au Portugal, les infirmières se sont mobilisées via les réseaux sociaux, indépendamment des syndicats liés au pouvoir social-démocrate, ainsi que les dockers, routiers, raffineurs, et enseignants.

Et en France, les « gilets jaunes » se mobilisent depuis presque six mois à présent contre la politique d’austérité, de militarisme et de répression policière menée par Macron. Ils exigent la démission d’un président de la République illégitime, car étant seulement « le président des riches. » Soutenus par la solidarité de l’écrasante majorité des travailleurs, ils ont affronté l’État policier français, qui a arrêté plus de 6.000 « gilets jaunes » et fait des milliers de blessés, dont des dizaines éborgnées par les LBD ou qui ont perdu des mains arrachées par les grenades de la police.

Et depuis l’entrée en lutte en Algérie de millions de travailleurs et de jeunes pour exiger la chute de la dictature militaire, des dizaines de milliers d’Algériens de France se mobilisent depuis le renvoi de son président, Abdelaziz Bouteflika.

Ces luttes confirment la perspective trotskyste du Comité international de l’IVe Internationale (CIQI). Parmi les travailleurs, prédominent le rejet du diktat des banques, la revendication d’une profonde transformation économique, et une humeur propice aux luttes intransigeantes. La restauration du capitalisme et la dissolution de l’URSS en 1991 par les staliniens n’a pas marqué la « Fin de l’Histoire » et le triomphe d’un capitalisme démocratique. L’époque à laquelle le poids de ces événements suffisait à étouffer la lutte des classes est achevée.

Après 3 décennies de guerres impérialistes et une décennie de crise économique depuis le krach de 2008, le spectre du renversement révolutionnaire du capitalisme par l’action consciente de la classe ouvrière hante à nouveau la classe dirigeante.

Le Monde diplomatique décrit ainsi la réaction de l’aristocratie financière: « La peur. Pas celle de perdre un scrutin, d’échouer à ‘réformer’ ou de voir fondre des actifs en Bourse. Plutôt celle de l’insurrection, de la révolte, de la destitution. Depuis un demi-siècle, les élites françaises n’avaient plus éprouvé pareil sentiment. » Les grands patrons craignent « d’avoir leurs têtes sur des piques », écrit le magazine financier L’Opinion, et évoquent tout bas les grèves générales de 1936 ou 1968.

Après six mois de lutte par les « gilets jaunes », on peut voir qu’il n’y aura pas d’issue réformiste à la lutte des classes. Ni Macron, qui a déclaré son admiration pour le dictateur fasciste Philippe Pétain, ni les tortionnaires de la dictature algérienne, qui ont fait des centaines de milliers de victimes lors de la guerre civile des années 1990, ne donneront quoi que ce soit aux travailleurs.

Les alternatives pour les travailleurs ne sont pas la réforme ou la révolution, mais la révolution ou la contre-révolution. Après l’éruption de grèves de masse en Algérie, Macron a annoncé l’envoi de l’armée pour maintenir l’ordre face aux « gilets jaunes », avec autorisation d’ouvrir le feu. C’est la première fois que l’armée française est mobilisée contre des manifestations sociales depuis les grèves insurrectionnelles de 1947-1948, quand la bourgeoisie réprimait dans le sang et par les licenciements de masse les luttes ouvrières de la Libération.

On peut deviner certains calculs de l’Elysée. Les trois ans de lutte héroïque du soulèvement révolutionnaire des travailleurs égyptiens en 2011 ont abouti au coup d’État sanglant mené en 2013 par le général Abdel Fattah al Sissi avec l’aval de Washington. La dictature algérienne compte réagir à terme par une répression sanglante, coordonnée cette fois avec Paris.

Pour avoir les mains libres en Algérie, Paris veut d’abord écarter le risque que cette répression ne provoque une explosion sociale incontrôlée en France. 20.000 Algériens manifestent déjà en France, et Macron veut terroriser les « gilets jaunes » et mettre fin à leur mobilisation.

Ce 1er mai organisé par le CIQI est la réaction la plus consciente du prolétariat mondial.

La voie pour aller l’avant est une mobilisation des larges masses des travailleurs en une lutte internationale pour le pouvoir et pour bâtir le socialisme.

Pour mobiliser les travailleurs dans cette lutte, il faut construire le CIQI en tant qu’avant-garde révolutionnaire du prolétariat. La révolution égyptienne a été une leçon inoubliable, achetée au prix de milliers de vies, que des mobilisations contestataires ne suffisent pas à triompher de la bourgeoisie. Il faut aux travailleurs des comités d’action indépendants et, surtout, une perspective révolutionnaire fournie par une avant-garde trotskyste.

Les « gilets jaunes » en lutte ressentent de plus en plus le besoin de s’organiser, mais ils ne peuvent le faire à travers les anciennes bureaucraties. La résurgence mondiale de la lutte des classes n’est pas née des manœuvres des appareils syndicaux, ni des partis staliniens ou social-démocrates. Aucune fraction dissidente de ces appareils n’a impulsé le mouvement des « gilets jaunes ». Ce mouvement s’est développé via une rébellion contre eux, rébellion qu’ils ont traitée au départ de menée néo-fasciste.

Et les « gilets jaunes » traitent déjà les syndicats et les partis politiques auxquels ils sont liés d’opportunistes, d’indifférents, et surtout d’éléments privilégiés, achetés par le patronat pour éconduire leurs luttes et étouffer la révolution qu’ils appellent de leurs vœux.

Ces premières grèves et mobilisations européennes sont des signes avant-coureurs de luttes bien plus larges à venir à travers le monde. Le mouvement qui leur donnera une perspective révolutionnaire, et qu’il s’agit donc de construire, est le CIQI. La perspective qui s’ouvre devant les travailleurs qui se radicalisent à travers le continent européen est de bâtir les Etats-Unis socialistes d’Europe.