Menace de guerre des États-Unis contre l'Iran

Par Keith Jones
8 mai 2019

Les bombes et les missiles américains pleuvront-ils bientôt sur l’Iran? Le fait que Washington dépêche des avions de combat et un groupe aéronaval dans la région du golfe Persique envoie «un message clair et sans équivoque» qu’il est prêt à attaquer l’Iran. Prise avec d’autres actions belliqueuses des États-Unis, cela indique que les préparatifs sont bien avancés pour une provocation qui pourrait déclencher une guerre catastrophique, ce qui serait fort probable.

Dimanche soir, le conseiller américain pour la sécurité nationale, John Bolton, a annoncé que le porte-avions U.S.S. Abraham Lincoln et les bombardiers de l’aviation américaine étaient déployés pour menacer l’Iran. Sans preuves, il a fait état: «des indications et des avertissements troublants et de plus en plus insistants». Ensuite, Bolton a juré «que toute attaque contre les intérêts des États-Unis ou ceux de nos alliés déclencherait une riposte avec une force implacable». «Nous sommes tout à fait prêts», a ajouté Bolton, «à répondre à toute attaque, que ce soit par procuration, par le Corps des gardiens de la révolution islamique ou par les forces régulières iraniennes.»

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a repris les menaces de Bolton afin d’avancer la même justification globale pour une éventuelle action militaire contre l’Iran. Cela comprend toute «attaque» contre les «intérêts» américains et ceux de leurs alliés par des groupes dont le soutien par Téhéran est dénoncé par Washington. À savoir: des milices chiites en Irak, des combattants Houthis au Yémen, le groupe palestinien Hamas, et le Hezbollah du Liban.

Dimanche, Pompeo a annoncé: «Nous tiendrons les Iraniens responsables des attaques contre les intérêts américains». Il a ajouté: «Le fait que ces actions aient lieu, si elles ont lieu, par l’intermédiaire d’un tiers, qu’il s’agisse d’une milice chiite ou des Houthis ou du Hezbollah, nous demanderons directement aux Iraniens – au pouvoir iranien – de rendre des comptes.»

Avec ces «avertissements», Washington a effectivement proclamé son droit de fabriquer, au moment de son choix, un prétexte pour lancer une guerre contre l'Iran.

Une «attaque» contre les «intérêts» des États-Unis et de leurs alliés pourrait inclure pratiquement n’importe quoi. Cela pourrait être un affrontement entre l’une des diverses milices chiites en Irak et n'importe quel contingent des 5500 soldats américains qui y sont encore stationnés. Ou bien, ça pourrait être la mort d’un citoyen israélien ayant également la nationalité américaine par un missile lancé depuis la bande de Gaza.

En Syrie, malgré les annonces de Trump, quelque 2.000 soldats des forces spéciales américaines et leurs alliés continuent d’occuper une grande partie du pays. L’armée américaine a souvent pris pour cible des milices soutenues par les Gardiens de la révolution islamique, en dépit de l’annonce du «retrait». Ces milices restant à proximité des forces américaines, le Pentagone ou la CIA pourraient à tout moment les frapper et qualifier l’affrontement qui s’ensuivrait d’«attaque» iranienne.

Le caractère insouciant et criminel des actions de Washington ne peut être exagéré. Le Moyen-Orient est déjà en flammes à la suite de la série de guerres illégales que les États-Unis ont menées et fomentées dans la région depuis 1991. Une attaque américaine contre l’Iran, un pays beaucoup plus vaste et plus peuplé que l’Irak, déclencherait vraisemblablement une guerre dans toute la région. Israël et l’Arabie saoudite serviraient de partenaires locaux de l’impérialisme américain tout en poursuivant leurs propres intérêts prédateurs. La Syrie, le Hezbollah, les milices chiites irakiennes et d'autres alliés se joindraient à Téhéran.

De plus, dès le début, une telle conflagration menacerait d’entraîner les puissances impérialistes européennes, ainsi que la Russie et la Chine, les grandes puissances que Washington désigne désormais officiellement comme ses principaux «adversaires stratégiques».

L’Iran a une importance énorme en tant que région exportatrice de pétrole la plus importante du monde. De plus l’Iran est important de manière géostratégique en tant que charnière entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. En somme, les intérêts de toutes les grandes puissances, impérialistes ou non, se croisent au Moyen-Orient. Ainsi, tous auraient un intérêt stratégique massif dans son redécoupage par la guerre.

La guerre entre les États-Unis et l’Iran aurait également un effet colossal sur les relations de classe en Amérique. L’élite dirigeante chercherait à imposer le coût total de la guerre à la classe ouvrière et à criminaliser l’opposition massive qui se manifesterait rapidement.

Dans sa déclaration de dimanche, Bolton a affirmé: «Les États-Unis ne cherchent pas la guerre avec le régime iranien». C’est un mensonge éhonté.

Dans un acte qui équivaut à un acte de guerre en vertu du droit international, les États-Unis ont imposé à l’Iran des sanctions sévères qui visent à détruire son économie et à provoquer le renversement du régime à Téhéran.

En mai dernier, Trump a abrogé l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) que le gouvernement Obama et les autres grandes puissances avaient conclu avec l’Iran en 2015. Il l’a fait bien que l’Agence internationale de l’énergie atomique et les autres parties à cet accord aient confirmé que l’Iran s’était strictement plié à ses dispositions. Les autres signataires étaient: l’Union européenne, la Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne, la Russie, et la Chine.

En torpillant le JCPOA, Trump s’est vanté d’imposer bientôt des sanctions encore plus sévères. Dès 2011, les États-Unis et leurs alliés européens avaient puni l’Iran avec des sanctions, réduisant de moitié ses exportations de pétrole et paralysant son commerce extérieur.

Jeudi dernier, le gouvernement Trump a considérablement intensifié sa guerre économique contre l'Iran. Trump à juré d'imposer un embargo complet sur les exportations iraniennes de pétrole et de gaz naturel. En novembre, il a gelé l'Iran hors du système bancaire mondial et réimposé des sanctions sur les exportations énergétiques iraniennes. Washington a accordé des dérogations à huit pays pour leur permettre de continuer à importer des quantités réduites de pétrole et de gaz naturel iranien.

Malgré les protestations des principaux consommateurs d'énergie iraniens, dont la Chine, l'Inde, le Japon et la Turquie, Trump, Bolton et Pompeo ont refusé de prolonger ces dérogations à leur expiration, le 2 mai.

Washington s’est maintenant engagé à imposer un arrêt total des exportations iraniennes d’énergie. La menace de sanctions secondaires américaines va contraindre d’autres pays, dont la Chine, le plus gros acheteur de pétrole iranien, à s'y conformer. Les États-Unis, s'appuyant sur leur domination du système financier mondial par la Réserve fédérale et Wall Street, peuvent l’imposer.

Les sanctions américaines ont déjà eu un effet dévastateur sur l’économie iranienne. Ils ont entraîné une hausse du chômage et une augmentation des prix de 50 pour cent depuis le printemps dernier. Alors que la pauvreté et les inégalités sociales marquent l’Iran depuis longtemps déjà.

Washington prépare donc à une provocation militaire contre l’Iran. Il prépare aussi un embargo total sur les banques et l’énergie de l’Iran. Tout cela va se faire au mépris du monde. Ces actions feront partie d’une escalade dramatique du militarisme américain dans le monde. Washington agit de plus en plus comme une puissance qui n'a de comptes à rendre qu'à elle-même, dictant leur conduite à ses ennemis comme à ses prétendus amis.

L'Administration Trump intensifie son offensive contre l'Iran alors même qu'elle brandit la menace d'une attaque militaire contre le Venezuela dans le but d'achever son coup d'État contre le président élu du pays, Nicolas Maduro.

Dimanche, Trump a menacé d’augmenter à 25 pour cent les droits de douane sur 200 milliards de dollars de marchandises chinoises. Il a aussi menacé d’imposer des droits de douane sur 200 milliards de dollars supplémentaires d’exportations chinoises. Avec ces menaces, Trump veut obliger Beijing à céder aux exigences américaines lors des négociations commerciales de cette semaine. Lundi, dans un nouvel acte d’agression, deux navires de guerre américains ont navigué près des îles de la mer de Chine méridionale revendiquées par la Chine. Cette action est la dernière provocation du Pentagone au sujet de la «liberté de navigation». Nonobstant leur nom, ces exercices visent à affirmer le «droit» du Pentagone de déployer une armada au large des côtes chinoises.

Les guerres que l’impérialisme américain a déclenchées depuis 1991, dans une tentative de compenser le déclin de sa puissance économique, n’ont manifestement pas réussi à arrêter l’érosion de la domination mondiale des États-Unis. Mais la classe dirigeante américaine, infiltrée dans le parasitisme financier et la criminalité, n’a d’autre réponse que d’accroître l’agressivité et la violence.

Les Démocrates ont des différends tactiques avec Trump sur la politique étrangère, y compris sur la sagesse de privilégier la confrontation totale avec Téhéran. Mais ils ne cherchent pas moins à rétablir l’hégémonie mondiale des États-Unis par l’agression et la guerre. Avec des sections de l’appareil de renseignement militaire, ils ont mené une campagne néo-maccarthyste contre Trump. Ils allèguent que Trump a travaillé avec la Russie afin d’imposer une politique anti-russe plus agressive au gouvernement. Ils soutiennent également l’offensive de Trump contre Beijing, soulignée par la récente tirade de Bernie Sanders contre la Chine.

L’impérialisme américain, cependant, n’est que le chef de la meute de loups. Les puissances impérialistes européennes sont elles-mêmes en train de réarmer et de cultiver frénétiquement des partis d’extrême droite et fascistes pour intimider la classe ouvrière et construire une base pour le militarisme et la guerre.

Les régimes oligarchiques sont apparus en Russie et en Chine à la suite de la restauration du capitalisme par les bureaucraties staliniennes. Pour se protéger de la classe ouvrière, ils attisent le nationalisme réactionnaire. Ils oscillent entre l’aventurisme militaire et les tentatives désespérées de trouver un compromis avec Washington et les autres puissances impérialistes.

Le régime nationaliste bourgeois iranien n’a pas non plus de réponse à l’agression impérialiste. L’accord nucléaire maintenant déchiqueté n’était que sa dernière tentative ratée de rapprochement avec l’impérialisme américain. Engagée à défendre les privilèges de classe de la bourgeoisie iranienne et idéologiquement fondée sur le populisme et le nationalisme chiite, la République islamique est organiquement incapable de mobiliser les masses du Moyen-Orient contre l’impérialisme.

S’opposer à l’agression et à la guerre impérialistes exige la mobilisation de la seule force sociale ayant le pouvoir de renverser le capitalisme et le système d’État-nation démodé dans lequel il est historiquement enraciné: la classe ouvrière.

La résurgence de la lutte de classe dans le monde entier crée la base objective de l’émergence d’un mouvement ouvrier mondial contre l’impérialisme et la guerre. Ce sont les manifestations des gilets jaunes en France qui en témoignent, ainsi que les manifestations de masse en Algérie, la rébellion des travailleurs de Matamoros au Mexique, et la vague de grève des enseignants et autres aux États-Unis.

Un tel mouvement doit défendre sans équivoque l’Iran et le Venezuela, des pays historiquement opprimés, contre l’agression américaine, s’opposer à toute préparation de guerre contre eux et lutter pour la levée immédiate de toute sanction.

S'appuyant sur une opposition à tous les partis et organisations politiques de la bourgeoisie, il doit unir la lutte contre la guerre à la lutte pour mobiliser la classe ouvrière internationale contre l’austérité capitaliste et les inégalités sociales.

(Article paru d’abord en anglais le 7 mai 2019)