La classe ouvrière et la lutte pour la libération de Julian Assange

Par James Cogan
25 février 2019

Depuis le 19 juin 2012, soit depuis 3000 jours, l’éditeur de WikiLeaks, Julian Assange, a effectivement vécu comme un prisonnier à l’intérieur de la petite ambassade équatorienne à Londres, privé de lumière solaire directe, de traitements médicaux adéquats et, depuis un an, même de la capacité à communiquer avec le monde extérieur.

L’État américain et ses laquais du monde entier harassent Assange, journaliste et éditeur courageux. La raison est simple: il a contribué à dénoncer les crimes de l’impérialisme américain, la criminalité de la classe dirigeante, et la corruption partout dans le monde. Sa persécution est le fer de lance d’une offensive mondiale contre la liberté d’expression et pour censurer les voix d’opposition sur Internet.

Assange a été contraint de demander l’asile politique en Équateur après que les tribunaux britanniques eurent confirmé un mandat d’extradition vers la Suède sur la base de fausses accusations selon lesquelles il était «soupçonné» d’agression sexuelle.

Assange et ses défenseurs ont supposé à juste titre que dès qu’il serait détenu en Suède, le ministère américain de la justice présenterait sa propre demande d’extradition pour le faire amener aux États-Unis. Assange a fait face, et fait toujours face au danger d’être mis devant un simulacre de procès aux États-Unis avec de fausses accusations d’espionnage.

Des millions de travailleurs voient à juste titre Assange comme un champion de la liberté d’expression. Des organisations de pseudo-gauche, telles que l’Organisation socialiste internationale, le magazine Jacobin et Socialist Alternative, l’ont cependant abandonné. Et même, elles se sont jointes à la bande des agences de renseignement et des organisations de propagande impérialistes pour demander son arrestation et son extradition.

Ils se sont retournés contre Assange dans le cadre de leur virage à droite et de leur alignement sur l’impérialisme. Ils ont opéré ce virage à la suite de l’éruption des mouvements révolutionnaires de la classe ouvrière en Tunisie, puis en Égypte en 2011. L’entrée en politique de la classe ouvrière a terrifié les couches privilégiées de la classe moyenne supérieure. Cette couche s’est enrichie du fait de la destruction des conditions de travail des travailleurs au cours des trois dernières décennies ou plus.

Le contrecoup s’est surtout fait sentir dans le milieu des organisations qui se prétendent faussement socialistes. Ces groupes ont soutenu l’intervention militaire menée par les États-Unis pour renverser le régime libyen de Mouammar Kadhafi en 2011. Puis elles ont pris parti pour les organisations extrémistes sunnites islamistes soutenues par les États-Unis qui ont provoqué une guerre civile sectaire en Syrie contre le régime laïque dirigé par Bachar al-Assad.

L’organisation australienne Socialist Alternative a dénoncé la critique de son soutien aux «rebelles» islamistes syriens soutenus par les États-Unis comme étant de l’«reflex anti-impérialiste immédiate».

La pseudo-gauche s’alignait sur les opérations néocoloniales au Moyen-Orient. Mais elle a également et pleinement embrassé le virage conscient de l’élite dirigeante internationale. Il s’agit de diviser et de désorienter la classe ouvrière par la promotion par l’État de la politique de l’identité et du genre.

Le groupe Socialist Alternative aux États-Unis, par exemple, avait déclaré en décembre 2010 que les accusations portées contre Assange étaient un coup monté et «honteuses». En août 2012, l’organisation a changé d’avis, déclarant que les affirmations «doivent faire l’objet d’une enquête» et que «la chasse contre Assange par l’impérialisme américain ne signifie pas pour autant qu’il est innocent».

Les demandes de ces groupes, que le public «croit» aux accusations portées contre Assange, qui étaient une machination transparente et qui ont été abandonnées comme base des poursuites pénales, sont parallèles au mouvement de droite #MeToo, avec son mépris des principes démocratiques fondamentaux tels que la présomption d’innocence et le droit à un procès équitable.

Il était impossible pour ces organisations et ces individus de s’aligner sur l’impérialisme et d’élever les questions de politique identitaire, tout en continuant à proclamer leur soutien à Julian Assange et WikiLeaks – dont l’existence même est considérée comme une menace par la classe dominante.

C’était une chose pour WikiLeaks de dénoncer les crimes de guerre commis sous l’Administration Bush méprisée en Afghanistan et en Irak. C’en était une autre pour les médias indépendants et critiques à publier des informations qui ont contribué à inspirer des bouleversements révolutionnaires de masse. Ces derniers ont fait tomber les gouvernements et ont menacé le système capitaliste de profit lui-même.

Mais alors que ces organisations de droite continuent leur complicité silencieuse dans la persécution d’Assange, le soutien au journaliste s’accroît parmi les travailleurs, les jeunes et tous ceux qui s’engagent pour la défense des droits démocratiques.

Le Parti de l’égalité socialiste (Australie) organise des manifestations à Sydney le 3 mars et à Melbourne le 10 mars pour exiger la liberté d’Assange. Les rassemblements insisteront pour que le gouvernement australien mette fin à sa collaboration avec la persécution d’un de ses propres citoyens et intervienne immédiatement, en utilisant tout le poids de ses pouvoirs diplomatiques et juridiques, pour obliger la Grande-Bretagne à autoriser Assange à quitter l’ambassade équatorienne et à retourner en Australie.

Les manifestations du SEP ont obtenu un soutien important de la part d’individus, de publications et d’organisations qui défendent les droits démocratiques. Il s’agit notamment du cinéaste John Pilger et du défenseur des droits civiques Stuart Rees, qui prendront tous deux la parole à Sydney le 3 mars. Il comprend également l’auteur-compositeur-interprète Roger Waters, des journalistes indépendants: Chris Hedges, Elizabeth Vos, et Joe Lauria, et le mouvement de défense de WikiLeaks qui lutte pour la liberté d’Assange.

Dans sa défense d’Assange, le Parti de l’égalité socialiste a insisté, devant à une attaque mondiale contre la démocratie par l’élite au pouvoir, sur le fait que la classe ouvrière est la force puissante et massive qui peut défendre les droits démocratiques.

Partout dans le monde – des enseignants aux États-Unis, des travailleurs des pièces automobiles au Mexique ou des travailleurs du secteur public en Inde – la classe ouvrière est engagée dans une vague de grèves et de luttes. Au fur et à mesure que ce mouvement de grève prend de l’ampleur, il doit susciter et suscitera de plus en plus d’exigences politiques. La liberté d’expression et le droit de savoir la vérité sont parmi les plus importantes. La lutte pour la libération de Julian Assange est vitale pour la défense des droits démocratiques. Des masses de travailleurs vont la reprendre dans les luttes à venir.

(Article paru d’abord en anglais le 23 février 2019)