Macron menace de réprimer l'opposition au sionisme en France

Par Will Morrow
23 février 2019

Au fil des jours, il est de plus en plus évident que la campagne contre l’antisémitisme menée par l’élite au pouvoir en France n’est qu’un écran de fumée. Elle cache un programme réactionnaire, mené en alliance avec les forces d’extrême droite, pour étendre les pouvoirs policiers et supprimer l’opposition de gauche des travailleurs.

Mercredi soir, le président français Emmanuel Macron s’est adressé au 34e dîner annuel du Conseil représentatif des institutions juives à Paris. Faisant écho aux positions de l’extrême droite, son discours présentait l’antisémitisme comme étant principalement associé aux musulmans et au sentiment anticapitaliste de gauche de la classe ouvrière.

Macron a annoncé que son gouvernement allait modifier sa définition de l’antisémitisme - c’est-à-dire de la haine raciste contre les juifs - pour y inclure l’opposition au sionisme, c'est-à-dire à la perspective politique nationaliste de droite de créer un État israélien séparé.

Le discours de haine antisémite est une infraction pénale en France, et la redéfinition de Macron menace d'ériger en infraction toute critique des politiques d’Israël, y compris de ses attaques meurtrières contre des civils palestiniens sans défense et de ses menaces de guerre contre l’Iran. Macron a déclaré que le Code pénal ne serait pas modifié, mais qu'avec cette modification de la définition il «s'agit de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l'ordre, de nos magistrats, de nos enseignants.»

Toujours sous la bannière de la lutte contre «la haine sur Internet», Macron a déclaré qu’il présenterait en mai un nouveau projet de loi qui vise la liberté sur Internet. Cela améliorerait la capacité du gouvernement à censurer les sites Internet étrangers, «des sites étrangers qui, changeant régulièrement de serveurs, sont aujourd’hui très difficiles à bloquer.»

Macron a dénoncé agressivement l’anonymat sur Internet, c’est-à-dire la capacité des individus d’utiliser Internet sans que leurs pensées et déclarations soient surveillées par le gouvernement. «La question de l’anonymat sera évidemment posée», a-t-il dit. «Elle est, trop souvent, le masque des lâches. Et derrière chaque pseudonyme, il y a un nom, un visage, une identité.»

Ces mesures n’ont rien à voir avec la lutte contre l’antisémitisme. Le gouvernement renforce ses pouvoirs de surveillance et de censure en réponse à l’opposition qui monte contre l’inégalité sociale et l’austérité de la part de la classe ouvrière. Ceci a trouvé une première expression dans les manifestations de masse des gilets jaunes organisées à travers Facebook et les autres médias sociaux.

Macron a souligné l’importance de la collaboration récemment annoncée entre son gouvernement et Facebook en matière de censure. À partir de cette année, les représentants du gouvernement se retrancheront au sein des bureaux de censure du contenu de Facebook, sans aucun contrôle public sur les déclarations et les opinions qu’ils retirent des médias sociaux.

Que Macron dissimule ce programme sous le drapeau de la lutte contre «l’antisémitisme» est d’autant plus absurde et politiquement obscène. En novembre dernier, il a tenté de réhabiliter le fascisme français en louant Philippe Pétain, chef du régime collaborationniste de Vichy qui a organisé le massacre des Juifs en France, comme un «grand soldat».

La campagne officielle sur «l’antisémitisme» s’est intensifiée depuis samedi dernier. Cette poussée était déclenchée lorsqu’un manifestant dans le cortège gilet jaune — que la police a ensuite déclaré sous surveillance pour avoir adhéré à un mouvement islamique d’extrême droite — a défié Alain Finkielkraut, utilisant un langage grossier et dénonçant son appartenance sioniste. En effet, Finkielkraut est un commentateur politique sioniste de droite qui est juif.

La déclaration d’un seul individu est maintenant utilisée pour accuser d’antisémitisme l’ensemble de la manifestation «gilet jaune», bien que ces protestations aient été animées dès le début par l’opposition de gauche aux inégalités sociales. L’un des principaux objectifs de cette campagne est de contrer la sympathie générale pour les manifestations parmi les travailleurs et les jeunes.

L’élément le plus frappant de la campagne officielle est la manière dont, sous la bannière de la lutte contre l’antisémitisme, une alliance se forme avec des partis néo-fascistes qui sont les descendants politiques des forces responsables du massacre des juifs dans l’Holocauste.

Macron a pris la parole un jour seulement après les protestations lancées par le Parti socialiste (PS) contre l’antisémitisme présumé des «gilets jaunes», rejoint par la quasi-totalité de l’élite politique. Le PS et la plupart des ministres de Macron, les Républicains, le Parti communiste de France et Jean-Luc Mélenchon, leader de la France insoumise (LFI) bourgeoise «de gauche», n’étaient pas les seuls à y participer. Le PS a également invité Marine Le Pen, chef du Rassemblement national néo-fasciste (RN). Il y a seulement deux ans, elle avait déclaré que: «la France n’était pas responsable» de la rafle des Juifs au Vel’ d’Hiv’ pour les déporter de Paris en 1942. Trois mois après Le Pen, Mélenchon a fait de même.

Si l'étoile de Le Pen s'élève aujourd'hui rapidement dans l'élite politique, c'est parce que son parti exprime le plus systématiquement le militarisme, le nationalisme et la répression avec lesquels l'élite dirigeante entend répondre à l'opposition politique intérieure. Elle concentre actuellement sa propagande sur les attaques agressives contre les musulmans. Refusant d'assister à la manifestation du PS mardi, elle a accusé les principaux partis qui: «soit n’ont rien fait depuis trente ans contre l’implantation des réseaux islamistes dans les quartiers, soit les ont encouragés...»

Ce genre d'obscénités donne maintenant le ton à la politique officielle. Dans son discours de mercredi, Macron a mis en garde à plusieurs reprises contre la croissance de l’«Islam radical» et a appelée à renforcer le maintien de l’ordre dans les quartiers populaires.

«Cette idéologie gangrène certains de nos quartiers», a-t-il dit, et il a appelé à une «reconquête républicaine de ces territoires». La campagne officielle contre l’antisémitisme apparaît de plus en plus ouvertement comme une attaque raciste contre les musulmans tout en justifiant la répression de tous les travailleurs.

Macron a essayé de cacher que cette campagne est une attaque contre l’opposition de gauche, la présentant comme une lutte équitable contre les extrémismes politiques. «Notez bien les différentes formes qu’il [l’antisémitisme] prend», dit-il. «La haine du Juif, c’est tout à la fois la haine du communiste et du capitaliste [...] L’antisémitisme a pris tous les visages, s’est nourri de tous les extrêmes.»

Ces déclarations sont des falsifications. L’antisémitisme est historiquement l’idéologie du fascisme, qui a perpétré des attaques meurtrières contre les communistes. Mais son nationalisme violent est incompatible avec toute véritable politique de gauche, sans parler de l’opposition socialiste de la classe ouvrière au capitalisme. C’était, et c’est toujours, la province avant tout de l’extrême droite, qui s’agrandit aujourd’hui grâce au soutien de l’élite politique qui dénonce les «gilets jaunes».

Cela a été confirmé par un récent rapport publié par le gouvernement allemand, qui documente la croissance alarmante des attaques antisémites en Allemagne. Malgré les affirmations de l’ensemble de l’élite politique selon lesquelles l’antisémitisme est essentiellement «importé» par les immigrés, elle a constaté que la grande majorité des attaques antisémites étaient le fait de groupes d’extrême droite (voir: «La violence antisémite et d'extrême droite en hausse en Allemagne»).

L'équation de Macron de l'antisémitisme avec tous les «extrêmes» vise à déclarer que la gauche, et toute opposition sociale dans la classe ouvrière, est fondamentalement antisémite et donc essentiellement criminelle. Se référant à l'antisémitisme, il a dit que «dans les temps où nous parlons, ce sont ces autres haines qui, derrière aussi, se réveillent», y compris la haine «contre les élus, contre l’autorité, contre le parlementarisme».

(Article paru d’abord en anglais le 22 février 2019)