Les travailleurs sri-lankais des plantations défient le syndicat et continuent de faire grève

Par Pani Wijesiriwardena
14 décembre 2018

Le syndicat du Congrès des travailleurs de Ceylan (CWC) a tenté mardi d’annuler une grève illimitée impliquant des dizaines de milliers de travailleurs des plantations du Sri Lanka qui réclament une augmentation de 100 % de leur salaire. Des milliers de travailleurs ont poursuivi l’arrêt de travail, qui a débuté le 4 décembre, au mépris direct du syndicat.

Le dirigeant du CWC, Arumugam Thondaman, a annoncé la fin de la grève après une discussion à huis clos avec le président Maithripala Sirisena. Thondaman a précisé que le syndicat cherchait à réprimer la lutte à la demande du président. Il a vanté de vagues promesses de Sirisena de résoudre le conflit lors d’une réunion avec la Fédération des employeurs de Ceylan le 19 décembre.

Thondaman a déclaré aux médias que le président avait dit qu’«une augmentation de salaire devrait être accordée aux travailleurs des domaines, tandis que les domaines devraient également être protégés. Il a indiqué qu'il rencontrerait la Fédération des employeurs de Ceylan et obtiendrait une bonne solution à nos revendications. Il a demandé que nous arrêtions la grève aujourd'hui en tenant compte de la situation dans le pays. Pour respecter sa demande, nous avons accepté d’arrêter la grève.»

Des milliers de travailleurs ont exprimé leur hostilité à cette lâche capitulation. Ils ont poursuivi la grève mercredi et ont manifesté dans tout le district de la plantation.

Le comité d'action des travailleurs de l'Abbotsleigh Estate, créé à la suite d'une intervention du SEP (Parti de l'égalité socialiste), a organisé une manifestation à laquelle se sont joints des travailleurs du domaine de Panmoor.

Une section du piquet de grève à Hatton

Les manifestants ont monté un piquet à la jonction Fruit Hill de Hatton, une ville importante du district Central Hills. Ils ont scandé des slogans, notamment: «Tous les syndicats ont trahi notre lutte», «Non à une convention collective», «Quittez les syndicats», «Construisez des comités d’action des travailleurs indépendants des syndicats», «Payez un salaire mensuel de 40.000 roupies aux travailleurs des plantations », « Pour un gouvernement de travailleurs et de paysans » et « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!».

S'adressant aux travailleurs, M. Thevarajah, membre du comité politique du SEP, a appelé à la mise en place de comités d'action dans tous les domaines en opposition aux syndicats. «Tous les syndicats trahissent cette lutte», a-t-il déclaré. «Cela montre clairement que les travailleurs ne peuvent pas faire valoir leurs droits par le biais des syndicats.»

Thevarajah a poursuivi: «Les travailleurs ont besoin de nouvelles organisations et d'une nouvelle perspective. Des comités d’action ouvriers devraient être créés dans tous les domaines. Les domaines doivent être placés sous le contrôle démocratique des ouvriers. Les luttes ouvrières émergent au niveau international, notamment en France et aux États-Unis. Nous devons unir notre combat avec ces travailleurs et avec les travailleurs du monde entier.»

Les travailleurs de la ville haute et de la ville basse de Sanjimalai à Dickoya, une ville de la province centrale, ont également organisé une manifestation contre le syndicat CWC. Ils ont scandé: «Thondaman a trahi les travailleurs de tous les domaines».

Des travailleurs du domaine de Madakumbura, dans la ville de Talawakele, ont mis le feu à l'effigie de Thondaman lors d'une manifestation devant l'usine du domaine. Ils ont condamné Thondaman comme «une sangsue géante qui suce le sang des travailleurs».

Des manifestations ont également eu lieu dans des propriétés de Dayagama, une ville proche de Talawakele. Les travailleurs de la région d'Upcot ont organisé une manifestation bloquant la route de Maskeliya. Les travailleurs de Delhousie à proximité ont également manifesté.

Les travailleurs des plantations, qui constituent l'une des couches les plus opprimées de la classe ouvrière sri-lankaise, touchent actuellement un salaire de base journalier de 500 roupies (2,80 dollars US). Ils exigent qu'il soit doublé.

Les employeurs des plantations ont à plusieurs reprises rejeté cette revendication. Un communiqué de l’Association des propriétaires de plantation de Ceylan (PA) a déclaré vendredi dernier que les revendications des travailleurs ne pouvaient être satisfaites en aucune circonstance.

L'Association des propriétaires, avec l'aide des syndicats, tente également d'imposer un système de «partage des revenus». Dans le cadre de ce programme, 1 000 arbustes de thé ou plus sont alloués à la famille du travailleur pour qu’ils soient entretenus et récoltés. Ils reçoivent une partie des revenus après déduction des coûts et bénéfices de l'entreprise. La proposition vise à réduire les travailleurs en métayers et à supprimer les maigres avantages en nature tels que la Caisse de prévoyance des employés.

Tous les syndicats, y compris le CWC, se sont toujours opposés à toute campagne visant à augmenter les salaires des travailleurs des plantations. Le mouvement pour une augmentation de 100 % est apparu en opposition aux syndicats.

Le CWC a appelé à la grève pour contrôler l’opposition croissante des travailleurs. En même temps, il a tout mis en œuvre pour empêcher le débrayage de se propager à d’autres catégories de travailleurs.

Le CWC est déterminé à empêcher que la lutte des travailleurs des plantations ne devienne le point de mire d’une confrontation de toute la classe ouvrière avec le gouvernement et le système capitaliste qu’il défend.

L’ensemble de l’establishment politique est terrifié par une intervention indépendante de la classe ouvrière dans la crise actuelle déclenchée par le limogeage du Premier ministre Ranil Wickremesinghe le 26 octobre et son remplacement par Mahinda Rajapaksa dans un coup d’État politique inconstitutionnel.

Les syndicats des plantations fonctionnent comme des partis politiques et ont été les partenaires de gouvernements successifs conduits par le Parti national unifié (UNP) et le Parti de la liberté du Sri Lanka (SLFP).

Après l'éviction de Wickremesinghe, Thondaman s’est vu confier un poste de ministre dans le nouveau gouvernement. Il a affirmé que Rajapakse avait «promis» de proposer aux travailleurs des plantations une augmentation de salaire.

D'autres syndicats de plantations, notamment le Syndicat national des travailleurs, le Congrès des travailleurs démocrates et le Front des peuples de l'intérieur, sont partenaires de l’UNP de Wickremesinghe. Tous ont imposé les attaques contre les travailleurs dictées à Colombo par le Fonds monétaire international.

Le bilan historique montre que les déclarations de Thondaman et de tous les dirigeants syndicaux sont des mensonges.

Mardi, les employeurs des plantations ont refusé les pourparlers directs avec les syndicats pour une nouvelle convention collective. Le groupe d'entreprises a déclaré avoir reçu des «menaces de mort» de la part de ses travailleurs. Cette allégation non fondée est un appel sans détour à la répression de l’État pour écraser les grévistes des plantations.

La lutte des ouvriers des plantations s'inscrit dans une recrudescence internationale de la classe ouvrière, issue de l'effondrement du capitalisme mondial. Pour aller de l'avant, les travailleurs des plantations doivent rompre avec les syndicats et créer de nouvelles formes d'organisation, notamment des comités de grève.

Avant tout, il faut une lutte unifiée de la classe ouvrière tout entière pour l’instauration d’un gouvernement ouvrier et paysan, dans le cadre de la lutte pour le socialisme international.

(Article paru en anglais le 13 décembre 2018)