La 3e manif des “gilets jaunes” brave la répression à travers l’Europe

Par Anthony Torres
3 décembre 2018

Ce 3e samedi de manifestations des “gilets jaunes” mobilisés contre Macron et les inégalités, la contestation s’est généralisée à travers la France malgré des violences policières inédites à Paris. Ceci a provoqué les affrontements les plus violents dans le centre ville de Paris depuis les assauts des CRS contre les étudiants dans le Quartier latin qui ont provoqué la grève générale de Mai 1968.

Ce mouvement devient rapidement une mobilisation politique européenne contre les inégalités, la vie chère et les politiques d’austérité et de guerre. Après les mobilisations en France et en Belgique, des manifestants ont aussi enfilé des gilets jaunes à Maastricht, à Nimègue et à La Haie aux Pays-Bas. En France, des manifestations se sont déroulées à Paris, Bordeaux, Rennes, Marseille, Toulouse, Dijon, Nantes, Nice, Strasbourg et à Caen. Il y a eu de nombreuses opérations sur les péages ou encore dans les aéroports. Dans la plupart des cas, les forces de l’ordre ont eu recours à la violence pour intimider les manifestants.

412 interpellations ont eu lieu dans toute la France dont 287 sur Paris. Les affrontements on fait des dizaines de blessés. Depuis samedi, 378 personnes ont été placées en garde à vue dont 33 mineurs. A Marseille, où des affrontements avec la police ont duré jusqu’en début de soirée, 21 personnes ont été interpellées.

5000 CRS avaient, officiellement, été mobilisés sur Paris, soit le double de samedi dernier. Dès 6 heures du matin, les CRS avaient interdit à la circulation et quadrillé les principales artères parisiennes. Les CRS contrôlaient l’identité et des fouilles ont été organisées systématiquement sur les Gilets jaunes.

Aux alentours de 9 heures, quelques heures avant que ne commence officiellement la manifestation des gilets jaunes, de premiers incidents ont éclaté place de l’Étoile où les CRS ont fait usage de lacrymogènes alors que les gilets jaunes s’y rassemblés dans le calme.

Les gilets jaunes scandant «Macron démission» se sont alors rendus dans les rues adjacentes aux Champs Élysées pour former des barricades rapidement détruites par les CRS. Les autorités utilisèrent en plus de milliers de grenades lacrymogènes y compris avec des fusils multi-coups pour des tirs de barrage, des grenades assourdissantes, des tirs de « flash-ball » et des canons à eau. Un CRS cité par le Figaro a déclaré qu’ils devaient «être ravitaillés en cours d'intervention.»

Les affrontements se sont vite généralisés. Des voitures, une banque LCL, la Bourse et le Jeu de Paume ont brûlé, et la grille des Tuileries a cédé. Des groupes nombreux de casseurs brûlant des voitures de luxe et vandalisant les commerces se sont mêlés à la manifestation. Certaines vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montre que des policiers en civils ou des personnes proches de la police, vraisemblablement des provocateurs, vêtus de gilets jaunes en faisaient partie.

A Paris, des reporters du WSWS ont parlé avec des gilets jaunes venant pour la plupart de la périphérie parisienne et de province et étaient venus pacifiquement comme l’explique Pierre : «Je manifeste depuis le début du mouvement mais pas sur Paris car je viens de Vesoul en Haute-Saône. Je suis là contre Macron et toutes ses taxes. Tous ces CRS qui nous gaze alors qu'on est là pacifiquement. Mais c'est eux qui nous attaquent les premiers. Ce n'est pas normal.»

Anthony et Marie ont expliqué que l’emploi de la police par Macron soulignait la faillite du gouvernement : «Quand on en vient au point où on gaze les gens ou alors on les contient en les parquant parce qu'on n'arrive pas à résoudre les choses autrement c'est qu'on a échoué, c'est un échec complet. Il a complètement perdu les pédales, là.. . Et plus ça va, plus c'est pire.»

Sur les prétendus mouvements d’extrême-droite chez les Gilets jaunes, un électricien voulant rester anonyme a affirmé que « Personnellement je ne l'ai pas vue [l’extrême droite]. Je pense que même s'ils veulent essayer, ils n'y arriveront pas parce que c'est le peuple qui est ici et on en a marre d'avoir tout le temps le Front national. Par exemple au deuxième tour d'être obligé de voter pour quelqu'un pour qui on ne veut pas voter. »

Un ambulancier a dit: «La vie augmente et on en voit qui se pavanent… comme nos députés qui disent ‘Je ne peux pas manger sur les Champs Élysées à moins de 200 euros. J'ai doublé le salaire de mes conseillers, parce qu'on ne peut pas vivre avec 5000 euros par mois’. Alors qu‘on me les donne, moi je peux vivre avec 5000 euros par mois. Bien vivre! »

Sur la manifestation de la CGT samedi, il dit : «Les syndicats. C’est la merde. Ils servent à rien. Ils sont subventionnés par l'État. Ils ne travaillent pas dans l'intérêt des salariés…. Ils sont à la botte du gouvernement. Ils sont payés par l’état. C'est pour ça que je n'adhère à aucun syndicat.»

Un ancien soldat a dit sur les guerres financées sur les acquis sociaux: « La Syrie ce qui s'est passé c'est un drame, comme en Côte d'Ivoire. C'est comme moi, j'ai fait la guerre du Golfe, c'est pareil à la base et c'est parti à propos des richesses de ces pays. Et puis ca devient aussi une guerre de religion entre sunnites et chiites dans certains pays… mais s’il y a des mouvements comme ça, inter-religieux, c'est de la faute des pays européens qui pendant des années ont colonisé. »

La classe dirigeante est terrifiée par la montée des gilets jaunes, rejoints par des sections de travailleurs en lutte dans les raffineries et les ports, et parmi les routiers, les infirmières et les étudiants. Comme il y a 50 ans, quand la répression à la Sorbonne a provoqué le plus grande grève générale de l’histoire européenne, ils craignent une mobilisation révolutionnaire dans la classe ouvrière. Tout en essayant maladroitement d’amadouer les manifestants avec quelques promesses bancales, ils menacent aussi de faire monter encore la répression.

Face à une crise politique majeure, Macron a convoqué hier une réunion d’urgence du cabinet et des «services compétents.» Samedi, plusieurs ministres avaient appelé à instaurer l’Etat d’urgence. Macron a demandé au ministre de l'Intérieur de réfléchir « sur la nécessité... d'une adaptation du dispositif du maintien de l'ordre dans les jours à venir ».

Dimanche, Macron a demandé à Edouard Philippe de recevoir tous les chefs des partis politiques représentés au Parlement. Il répondait ainsi à une proposition de Marine Le Pen, qui avait demandé à Macron « qui a laissé cette situation s’aggraver dans des proportions incroyables, de recevoir les chefs de partis politiques d’opposition, au premier rang desquels le Rassemblement National ».

Le ministre de l’Intérieur a dit reconnaître “objectivement” que le gouvernement a “mal géré un certain nombre de séquences de communication.” Tout en déclarant ne pas avoir de “tabou” en matière de ré-imposition de l’état d’urgence, il a ajouté: “Est-ce que vous voulez que je vous réponde que tout va bien et qu’il n’y a pas de problèmes? Ça serait paraître idiot et surtout vous mentir.”

Les manoeuvres d’un État policier qui représente l’aristocratie financière et qui prépare un état d’urgence visant à étrangler la colère sociale ne méritent que l’opposition la plus déterminée des travailleurs. Une opposition de masse émerge en France et à travers l’Europe, avec une force explosive. La voie pour aller de l’avant est de mobiliser les travailleurs à l’échelle européenne et internationale, de former une avant-garde marxiste, et de construire un mouvement pour transférer le pouvoir à la classe ouvrière.