Non aux manoeuvres de Macron pour étouffer les Gilets jaunes!

Par Alexandre Lantier
27 novembre 2018

Cela fait à peine une semaine depuis qu'une première mobilisation d'un quart de million de gens portant de gilets jaunes le 17 novembre a contesté la hausse des taxes sur le carburant voulue par Emmanuel Macron. En 10 jours, le rejet profond suscité par la politique d'austérité et de militarisme appliquée en France par Macron, et à travers l'Europe par l'Union européenne (UE), s'est vite fait sentir. Une colère énorme contre les inégalités et l'arrogance du banquier Macron «président des riches» traverse non seulement les Gilets jaunes, mais des dizaines de millions de travailleurs.

Malgré la violente répression à Paris dimanche, les Gilets jaunes restent mobilisés et rejoignent des grévistes mobilisés dans des luttes internationales. Les travailleurs portuaires, d'Amazon et des raffineries, en lutte à l'échelle européenne, défendent en France les blocages organisés par les Gilets jaunes. Les revendications de ces derniers – la démission de Macron, le partage des richesses, la fin de la casse sociale, le refus de l'armée européenne – ont un caractère de plus en plus ouvrier.

Face au déferlement de la colère sociale, Macron doit prendre la parole ce soir après une concertation avec les syndicats et les associations pour réagir aux manifestations. En même temps, la presse tente de construire une «direction» aux Gilets jaunes, mouvement hétérogène et non structuré, ayant pour vocation de le «représenter» et de négocier avec Macron et l'État.

Ces négociations sont un piège pour les travailleurs et les petites gens mobilisés dans le mouvement des Gilets jaunes. 50 ans après la grève générale de Mai 68, il n'y aura pas d'issue réformiste à la lutte des classes, et Macron ne donnera au mieux que des miettes. La voie pour aller de l'avant est de rejeter ces manoeuvres frauduleuses, de se tourner vers la classe ouvrière, de la doter de structures et d'une direction politique indépendantes de l'État et des syndicats à sa botte, afin de soulever la question du transfert du pouvoir aux travailleurs à travers l'Europe.

Hier le conseiller de Macron et chef du syndicat CFDT Laurent Berger, qui mène la concertation aujourd'hui, a proposé des «mesures concrètes» dans Le Parisien pour résoudre la crise. S'étant «heurté à une fin de non-recevoir d'Edouard Philippe» et du ministère des Finances, Berger entre en lutte pour sauver l'âme de Macron et déterminer qui l'emportera, écrit Le Parisien sans rire, «Macron l'ancien banquier ou Emmanuel le candidat de l'empathie.»

Ce que Berger propose «concrètement» est d'imposer la hausse des taxes du carburant quand même et de continuer avec l'austérité du banquier Macron. «L'Etat ne peut pas tout assumer» et «Je n'attends certainement pas du chef de l'État qu'il démissionne», déclare Berger, mais «Il faut surtout qu'en face de la taxe sur les carburants, il y ait des mesures d'accompagnement qui la rende indolore aux Français». La seule mesure qu'il proposait était de donner un «coup de pouce» financier aux «plans de covoiturage, de transports propres ou de rénovation thermique».

Selon Benjamin Griveaux, le porte-parole du gouvernement, Macron propose «une nouvelle méthode mais pas par un changement de cap». En clair, l'État fait un peu de communication pour vendre la politique déjà rejetée par les Gilets jaunes et honnie par l'écrasante majorité des Français. L'AFP résume: «A priori, pas de grand geste financier ou de moratoire sur la hausse des taxes sur le carburant qui a mis le feu aux poudres.»

Comment imposer des négociations qui visent à ce que les Gilets jaunes bradent le mouvement? A présent, la presse découvre une «direction» composée de huit Gilets jaunes qui parle au nom de tous et serait disposée à négocier avec Macron, tout en se disant «apolitiques». On y retrouvent plusieurs entrepreneurs, un ancien de l'armée de l'air et un délégué CFDT voulant entrer «rapidement» en négociations avec l'État et mettre fin au mouvement: «On ne peut pas rester trois mois à paralyser le pays, il faut discuter.»

L'initiateur d'un des premiers appels aux Gilets jaunes sur Facebook, le routier Eric Drouet, s'y retrouve aussi, sans grand enthousiasme apparemment. Il a déclaré que «Rien ne sera décidé par les huit personnes de la délégation».

En même temps, Le Parisien dénonce hystériquement le danger qu'une perspective révolutionnaire n'influence les Gilets jaunes: «A leur côté se sont invités certains professionnels de la contestation, qui ne proposent rien d'autre que de tout casser et même, pourquoi pas, nier et briser le modèle démocratique des élections. A ces oiseaux de mauvais augure, les Gilets jaunes permettent d'éructer en ressassant la même litanie.»

Ces injures méritent le même mépris que les négociations syndicales proposées par Berger. Ce ne sont pas les Gilets jaunes ou l'opposition ouvrière naissante qui représentent une menace pour la démocratie, mais le gouvernement Macron, et les syndicats et leurs alliés politiques qui tenteraient d'étrangler l'opposition qu'elle provoque par des négociations bidon.

Il n'y a rien à négocier avec le président des riches. Elu par défaut face à la candidate néofasciste Marine Le Pen, doté d'une majorité législative élue par les voix de moins de la moitié des électeurs, il impose le diktat des banques. Son projet de dépenser 300 milliards d'euros sur une armée européenne avant 2024 et sa casse sociale – fondée sur une loi travail adoptée en 2016 sans vote parlementaire, sous un état d'urgence qui suspendait les droits démocratiques, et face à l'opposition d'une écrasante majorité des Français – n'ont aucune légitimité.

Les Gilets jaunes ne peuvent pas non plus essayer de faire pression sur Macron pour qu'il change de cap et défende les acquis sociaux. Saigné à blanc par des décennies de désindustrialisation et d'austérité qui ont créé les fortunes d'une aristocratie parasitaire de multimilliardaires, ployant sous la dette, le capitalisme européen n'a plus les ressources pour accorder ces acquis, comme en 1968. C'est bien pour ça que les syndicats, comme les partis de la petite-bourgeoisie postsoixantehuitarde tels que le Nouveau parti anticapitaliste, ont boudé et même dénoncé les Gilets jaunes.

Que faire alors? La tâche est d'organiser la classe ouvrière française et européenne et de lui fournir une perspective politique pour renverser l'aristocratie financière et prendre le pouvoir. Ceci donne raison aux perspectives formulées par le WSWS au printemps:

«Les luttes révolutionnaires contre Macron opposeront inévitablement la classe ouvrière aux partis de ce qui se fait passer pour la 'gauche' depuis 1968. Ceci souligne l’importance de la fondation en 2016 du Parti de l’égalité socialiste, la section française du Comité international de la Quatrième Internationale. Ceci a rétabli la présence du trotskysme en France, dans une lutte pour la mobilisation politiquement indépendante et révolutionnaire des travailleurs contre la pseudo gauche et tous les partis capitalistes.»

«Alors que les appareils syndicaux participent ouvertement à la planification de l’austérité, le PES appelle à la formation de comités de base dans les lieux de travail, les écoles et les quartiers populaires, afin de permettre aux travailleurs et aux jeunes de discuter et d’organiser l’opposition aux attaques sociales et aux projets bellicistes de l’ensemble de la classe politique.»