Les CRS attaquent la manifestation contre les effondrements d’immeubles à Marseille

Par Anthony Torres
17 novembre 2018

Dix jours après l’effondrement de trois immeubles délabrés rue d’Aubagne dans un quartier pauvre de Marseille qui a fait huit morts, une deuxième manifestation mercredi a rassemblé 8.000 personnes demandant des comptes à la mairie. Les représentants locaux de l’État ont réagi en envoyant des CRS attaquer sans aucune retenue les manifestants.

Les affrontements entre la population de Marseille et les CRS témoignent de l’immense colère provoquée par l’effondrement des immeubles rue d’Aubagne, produit d’un crime de classe. Les huit victimes de l’effondrement sont mortes parce qu’elles n’avaient pas des revenus suffisants pour payer des loyers dans les quartiers plus aisés, alors que Macron donne des dizaines de milliards d’euros en cadeaux fiscaux aux milliardaires français. Elles sont mortes à cause de la politique d’austérité réactionnaire menée depuis des décennies à travers l’Europe.

La manifestation de mercredi est partie en fin d’après midi de la rue d’Aubagne, où la catastrophe s’est produite, vers l’Hôtel de Ville en passant par le Vieux Port. Les manifestants brandissaient les portraits de plusieurs des cinq hommes et trois femmes victimes de ce drame qui fait aussi un orphelin. Les manifestants, qui étaient huit mille selon la préfecture scandaient «Gaudin assassin», «Sang sur les mains, menottes aux poignets», «Elus, responsables, que la justice passe», «Gaudin démission» ou encore «Gaudin en prison».

Les effondrements ont soulevé une vague de sympathie dans la population pour les victimes de la catastrophe. Des collectes de vêtements ont été organisées pour les habitants des immeubles effondrés ayant survécu mais tout perdu. Sur l’initiative du journal La Marseillaise, des habitants de Marseille et de la région ont publié des Tweets sur #Balancetontaudis pour dénoncer les conditions déplorables dans lesquelles les autorités et propriétaires de logements laissent vivre les travailleurs.

En début de semaine eurent lieu des perquisitions chez les propriétaires des immeubles et à la mairie. Que ces responsables du drame étaient conscients des conditions dans lesquelles ils faisaient vivre les habitants du quartier de Noailles est avéré. Pour tenter de désamorcer la colère montante, le maire de Marseille Jean-Claude Gaudin, très critiqué, avait reconnu du bout des lèvres, le lendemain de la «marche blanche» qui avait déjà rassemblé des milliers de Marseillais appelant sous les balcons de l’Hôtel de ville à sa démission, n’avoir «pas assez fait».

Depuis l’effondrement des trois immeubles, 700 personnes ont été évacuées de leur logements par mesure de précaution.

En hommage aux anciens habitants des immeubles effondrés, des manifestants ont tagué en lettres rouges la date du drame sur le quai face à la mairie. Une manifestante a témoigné pour L’Express: «J'ai beaucoup pleuré, même si je ne suis pas de Noailles. Mairie, Agence régionale de santé, État, ils sont tous coupables de ces assassinats». Un de ses amis proposait de rebaptiser la place de la mairie en «place des martyrs».

Des heurts violents ont éclaté à la fin de la manifestation. Face à une deuxième mobilisation contre Gaudin, la préfecture et la mairie avaient décidé d’envoyer les CRS pour intimider les manifestants et les empêcher de s’approcher de la mairie, faisant monter la tension. Face à la volonté des manifestants d’exprimer leur colère contre les conditions faites aux travailleurs dans la ville de Marseille, les CRS ont tiré des gaz lacrymogènes afin de les forcer à se disperser.

Les affrontements ont duré plus d’une heure. Alors que la plupart des manifestants étaient partis, 200 à 300 personnes continuaient toujours, à 21 heures, à occuper le pavé face à la mairie. Elles furent dispersées sans ménagement par les forces de l'ordre. Il y a eu cinq interpellations.

Cette manifestation s’inscrit dans le contexte d’une montée de la lutte des classes en France et dans toute l’Europe. Depuis le début de l’année 2018, les travailleurs du ferroviaire, d’Air France, de l’énergie et les enseignants ainsi que les étudiants, qui ont bloqué les universités, sont en lutte contre Macron. Les métallurgistes se sont mis en grève en Allemagne et en Turquie. Firent grève aussi les enseignants et les cheminots au Royaume-Uni. La Bulgarie a été secouée par des manifestants contre la hausse des carburants.

Deux tiers des jeunes en Europe se déclarent prêts à participer à un soulèvement de masse cinquante ans après la révolte de Mai 68 et aux Etats-Unis la majorité des jeunes préféreraient vivre dans un régime socialiste plutôt que capitaliste.

La manifestation de Marseille a précédé de quelques jours celle organisée dans tout le pays par les «gilets jaunes». Des centaines de milliers de personnes, travailleurs, indépendants et chefs de sociétés de transports confondus, comptent bloquer les routes pour manifester leur opposition aux tentatives de Macron de résoudre la crise budgétaire sur le dos des automobilistes. L’État craint en particulier le fait que les manifestants s’organisent indépendamment des appareils syndicaux, ce qui limite la capacité des syndicats d’endiguer et d’étrangler le mouvement.

La répression contre la manifestation de Marseille est un avertissement pour les jeunes et les travailleurs qui se mobilisent contre Macron. Un gouffre de classe sépare les revendications des manifestants d’une classe dirigeante qui n’a d’autre réponse à la crise que l’envoi systématique des forces de l’ordre afin d’intimider, et au besoin d’écraser, la contestation à la politique d’austérité et de militarisme de Macron.

Le pouvoir donné aux policiers pour réprimer la manifestation à Marseille a été rendu possible par les dispositifs successifs mis en place par les derniers gouvernements pour se préparer à une répression massive des luttes des jeunes et des travailleurs.

Le gouvernement PS a instauré l’état d’urgence que Macron a ensuite inscrit dans la loi, donnant des pouvoirs illimités à la police, renforcés par la surveillance de masse, la loi antiterroriste et la censure que l’Élysée et Facebook préparent contre l’opposition à la politique gouvernementale.

La lutte contre les logements insalubres ne peut pas être dissociée de la lutte contre les inégalités sociales. Elle ne peut être dissociée non plus de la lutte contre l’État policier mis en place par le PS et Macron. Ne pouvant mener sa politique à travers les anciennes structures démocratiques, la bourgeoisie construit un État policier pour les imposer, totalement indifférente au coût en vies humaines, que ce soit par les effondrements d’immeubles à l’intérieur ou les guerres menées à l’extérieur.