Les négociations américano-chinoises révélent l’aggravation de l’épreuve de force

Par Peter Symonds
13 novembre 2018

Vendredi dernier, les pourparlers à Washington entre les plus hauts responsables américains et chinois ont révélé plus précisément le fossé qui se creusait rapidement entre les deux plus grandes économies du monde, alors que le gouvernement Trump affrontait agressivement Beijing dans son ensemble. Trump doit rencontrer le président chinois, Xi Jinping, au sommet du G20 en Argentine à la fin du mois de novembre.

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, et le secrétaire à la défense, Jim Mattis, ont rencontré leurs homologues – le diplomate chinois Yang Jiechi et le ministre de la défense Wei Fenghe – à l’occasion du deuxième dialogue diplomatique et de sécurité entre les deux pays. Le fait même que la réunion ait été initialement prévue pour le mois dernier à Beijing et annulée met en évidence les tensions croissantes entre les deux puissances.

Lors d’une conférence de presse conjointe, Pompeo a déclaré que les discussions avaient été « une conversation incroyablement productive ». Il a déclaré que les États-Unis « ne poursuivent pas une politique de guerre froide ou de confinement envers la Chine, mais veulent plutôt garantir que la Chine agisse de manière responsable et équitable. »

En réalité, depuis près d’une décennie, d’abord sous Obama et maintenant sous Trump, les États-Unis ont déployé des efforts agressifs pour saper économiquement la Chine et l’encercler militairement en vue de la guerre. En agissant de manière « responsable et équitable », Pompeo entend par là, le fait que la Chine devrait subordonner ses intérêts à Washington et se conformer à « l’ordre international fondé sur des règles » dans lequel les États-Unis déterminent ces prétendues règles.

Les différends, cependant, ont été exposés au public lors de la conférence de presse et sans doute étaient beaucoup plus ouvertement et amèrement exprimés derrière des portes closes.

Pompeo a déclaré aux médias que les États-Unis avaient « des préoccupations persistantes au sujet des activités de la Chine et de la militarisation de la mer de Chine méridionale », ajoutant : « Nous avons fait pression sur la Chine pour qu’elle respecte ses engagements passés dans ce domaine. »

Yang a répondu en déclarant que Beijing était engagé dans le « refus de l’affrontement » mais qu’il avait le droit de construire « des installations de défense nécessaires » sur ses territoires en mer de Chine méridionale. Il a également exhorté les États-Unis à cesser d’envoyer des navires de guerre et des avions militaires à proximité d’îlots sous contrôle chinois.

Le gouvernement Obama a délibérément exacerbé les conflits territoriaux de longue date en mer de Chine méridionale, qui avaient été en grande partie ignorés à Washington. En tant que secrétaire d’État, Hillary Clinton a déclaré que les États-Unis avaient un « intérêt national » à garantir la « liberté de navigation » dans les eaux litigieuses.

Les exercices provocateurs de « liberté de navigation » menés par des navires de guerre américains proches ou dans les eaux territoriales revendiquées par la Chine se sont accélérés sous Trump, parallèlement à la rhétorique menaçante. Mattis a répété que l’armée américaine continuait à utiliser ses avions de guerre et ses navires de guerre pour contester les revendications territoriales chinoises.

Aussi, le gouvernement Trump s’est lancé dans des initiatives téméraires afin de renforcer les liens avec Taïwan tandis que Beijing insiste pour que l’île fasse partie intégrante de la Chine. Washington a renforcé les ventes d’armes à Taïwan, et a envoyé des navires de guerre dans le détroit de Taïwan, entre l’île et le continent, et a autorisé un plus grand contact politique et militaire.

Pompeo a déclaré aux médias que les États-Unis avaient été « francs » en discutant de leurs « différences significatives » avec la Chine, y compris au sujet de Taïwan. Le ministre chinois de la Défense, Wei, a déclaré que Taïwan était « une partie inaliénable de la Chine ». Il a averti que « si cette intégrité territoriale est menacée, nous la défendrons à tout prix ». Pompeo a répliqué que les États-Unis s’opposaient à « tout recours à la force ou la coercition » et que Beijing devrait rétablir « la stabilité entre les deux rives ».

La Chine est particulièrement sensible à toute tentative de Taïwan de déclarer son indépendance formelle, car cela favoriserait des mouvements séparatistes sur le continent. Sous la bannière factice des « droits de l’homme », Pompeo a de nouveau encouragé le sentiment séparatiste dans des régions telles que le Tibet et le Xinjiang en déclarant que Washington était préoccupé par la « répression des groupes religieux » par la Chine.

Divers organismes de l’État américain, y compris la CIA, ont des liens de longue date avec des organisations tibétaines et ouïghours qui favorisent une plus grande autonomie ou une position séparatiste pour le Tibet et le Xinjiang. L’impérialisme américain est déterminé à empêcher la Chine de saper l’hégémonie mondiale américaine et est prêt à utiliser toute méthode pour la briser et la subordonner.

La guerre commerciale grandissante du gouvernement Trump contre la Chine n’a été évoquée que lors de la conférence de presse de vendredi, mais elle a sans aucun doute fait l’objet de longues discussions à huis clos. Les États-Unis ont déjà imposé des droits de douane sur des importations chinoises d’une valeur d’environ 250 milliards de dollars et ont menacé d’augmenter les pénalités et d’élargir leur champ d’application afin d’inclure tous les produits chinois entrant aux États-Unis.

Yang a mis en garde qu’une « guerre commerciale, au lieu d’aboutir à une solution, ne ferait que nuire à la fois aux deux parties et à l’économie mondiale ». Il a également exprimé son opposition à la décision de Trump de se retirer de l’accord nucléaire avec l’Iran, approuvé par l’ONU en 2015, d’imposer unilatéralement des sanctions paralysantes à l’Iran et d’obliger tous les pays à faire de même sous la menace de sanctions. Yang a insisté sur le fait que le pacte nucléaire « doit être poursuivi et mis en œuvre ».

L’Administration Trump n’a pas l’intention de faire de concessions. Dans un discours prononcé vendredi devant le Centre des études stratégiques et internationales (CSIS), Peter Navarro, l’un des principaux conseillers commerciaux de Trump et notoire faucon anti-chinois, a lancé une attaque extraordinaire non seulement contre la Chine, mais aussi contre des sociétés américaines qui poussent à un accord commercial avec Beijing pour mettre fin à cette épreuve de force.

Navarro a accusé un « groupe autoproclamé de banquiers de Wall Street et de gestionnaires de fonds de couverture » d’avoir fait partie d’« une opération d’influence » chinoise pour appliquer de « grands moyens de pression » sur Trump avant sa rencontre avec le président chinois Xi, fin novembre. Il les a qualifiés d’« agents étrangers non enregistrés » et il a déclaré que tout accord conclu avec la Chine « serait conforme aux conditions de Trump, et non à celles de Wall Street ».

Le New York Times a annoncé qu’un groupe de hauts dirigeants de Wall Street, notamment de Goldman Sachs, Morgan Stanley et le groupe Blackstone, avait rencontré des responsables chinois à Beijing pour renforcer les liens financiers entre les deux pays. Navarro a déclaré que Trump n’avait pas besoin de l’aide de Wall Street ou de Goldman Sachs, et que les activités de : « ces agents étrangers non rémunérés […] affaibliraient ce président et sa position de négociation ».

Navarro a ensuite mis en doute le fait qu’un accord quelconque avec la Chine pourrait être conclu. À propos des négociations commerciales en cours avec la Corée, le Japon et l’Union européenne, il a déclaré : « Nous négocions avec tout le monde sur la planète, les gens peuvent avoir confiance en la conclusion d’un accord. Mais quand il s’agit de la Chine, elle est sui generis [d’une nouvelle espèce] ». En d’autres termes, le manque de confiance envers la Chine signifie qu’aucun accord n’est possible.

Navarro, avec le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer, est le partisan le plus agressif de la guerre commerciale menée par l’Administration Trump contre la Chine. Leur position belligérante au sujet du commerce va de pair avec l’approche conflictuelle de Trump sur la mer de Chine méridionale, à Taïwan et dans d’autres zones dangereuses. Ces actions ne mènent pas seulement à une guerre commerciale, mais aussi à un conflit militaire entre deux puissances nucléaires.

(Article paru d’abord en anglais le 12 novembre 2018)