Sur fond de guerre politique à Washington, Trump intensifie ses appels fascisants

Par Patrick Martin
14 mai 2018

Le rassemblement de Donald Trump à Elkhart (Indiana) jeudi soir était le dernier d’une série d’événements de campagne où il a lancé un ballon d’essais politique d’un caractère fascisant. Cela fait suite aux événements similaires au cours des deux derniers mois, tous dans le Midwest industriel : un rassemblement à Moon Township dans la banlieue de Pittsburgh le 10 mars ; un rassemblement à Washington Township (Michigan) dans la banlieue du Comté de Macomb à Detroit, le 28 avril ; et une collecte de fonds dans la banlieue de Cleveland le 5 mai.

Alors que ces événements sont liés à des échéances électorales de mi-mandat du Sénat le 6 novembre – ou dans le cas du rassemblement de Pittsburgh, une élection partielle au Congrès dans le sud-ouest de la Pennsylvanie – et où Trump a approuvé des candidats républicains pour des fonctions publiques au niveau fédéral et des États, l’objectif de ces rassemblements va au-delà de simples calculs électoraux.

Sur fond d’un conflit féroce au sein de l’élite dirigeante américaine, avec ses adversaires politiques dans l’appareil de renseignement, de l’armée et du Parti démocrate cherchant à démolir son gouvernement par une série d’enquêtes criminelles et de fuites dans les médias, Trump s’est tourné vers une mobilisation de sa base de soutien au moyen d’un appel de plus en plus ouvertement lié aux idées de l’extrême droite.

La tendance autoritaire de la campagne de Trump a trouvé son expression la plus inquiétante à Elkhart dans sa suggestion apparemment désinvolte qu’il pourrait obtenir « une extension à sa présidence », en d’autres termes, rester au pouvoir plus longtemps que la limite de deux mandats prévus par le 22ᵉ Amendement à la Constitution des États-Unis.

Le contenu de son appel aux gens de la classe ouvrière et de la classe moyenne inférieure dans son parterre a été le même lors de tous les rassemblements : le chauvinisme américain extrême, exprimé en références au respect du drapeau, au serment d’allégeance et à tout autres âneries patriotiques, et, surtout, au nationalisme économique.

Ainsi, à Elkhart, il a déclaré : « Nous voulons des accords commerciaux justes et réciproques. Et nous aimons nos agriculteurs. Nous prenons soin de nos agriculteurs. Nous aimons nos ouvriers d’usine. Nous aimons nos travailleurs. Pendant des décennies, les présidents américains ont répondu à la tromperie étrangère sur le commerce… La triche. Il n’y a pas d’autre mot pour ça. La triche. Ils ont répondu par le silence. Ils n’ont rien fait. »

Il a poursuivi : « Nous avons accumulé des milliards de milliards de dollars en déficits commerciaux, également connus sous le nom de pertes, alors que d’autres pays ont volé nos usines, nos usines, notre richesse et nos emplois. Mais le long silence de l’Amérique est terminé. »

Il a combiné la diabolisation des pays étrangers comme des voleurs commerciaux avec la calomnie des immigrants, réitérant son appel à un mur frontalier avec le Mexique et avertissant les travailleurs que « l’ouverture des frontières » représentait la principale menace à leurs emplois et à leur niveau de vie. Au cours de la semaine dernière, son gouvernement a intensifié ses attaques contre les immigrés, en établissant une politique de séparation forcée des parents de leurs enfants pour toutes familles appréhendées en traversant illégalement la frontière.

Le corollaire du nationalisme de « l’Amérique d’abord » du gouvernement est l’escalade de la guerre, ciblant actuellement l’Iran. L’abandon de l’accord nucléaire iranien en début de semaine a été suivi d’une campagne de frappes aériennes agressives par Israël, coordonnée avec les États-Unis, contre les cibles iraniennes en Syrie. Une guerre à grande échelle au Moyen-Orient, opposant Israël à l’Iran et entraînant toute la région, est un danger imminent.

Trump fait ses appels mensongers et démagogiques conscient que la prétendue opposition, le Parti démocrate, est elle-même profondément impopulaire et n’a aucun programme capable de capter une plus large base de soutien. Sur le plan commercial, les démocrates soutiennent avec enthousiasme les mesures protectionnistes. Sur l’immigration, tout en exprimant une désapprobation quant au langage intolérant de Trump, les démocrates n’ont rien fait pour défendre les droits des immigrés, et ils portent en eux-mêmes l’héritage de l’administration Obama, responsable de plus de déportations que tous les gouvernements précédents confondus.

Le sénateur Joe Donnelly, de l’Indiana, est le représentant typique des démocrates, la cible principale de Trump au rassemblement d’Elkhart, où il a chanté les louanges du candidat républicain Mike Braun en vue des élections de novembre. Donnelly a publié une série de déclarations soulignant son accord général avec Trump. Son bureau de campagne a fait remarquer qu’il avait voté en faveur de Trump 62 pour cent du temps au Sénat, parce que Donnelly « travaille pour les Hoosiers [habitants de l’Indiana], pas n’importe quel politicien ou parti politique. »

Les démocrates soutiennent la politique de base du gouvernement Trump ; la guerre à l’étranger et la réaction sociale à l’intérieur. Leur opposition est axée sur l’enquête sur la Russie, initiée à l’origine pour prétendre que l’élection de Trump en 2016 était le résultat d’une opération russe de subversion. Cette campagne est devenue le point de départ d’un effort pour promouvoir l’intervention militaire américaine en Syrie.

En plus de promouvoir les demandes de puissantes sections de l’appareil de renseignement et de l’armée, les démocrates font la promotion incessante de la chasse aux sorcières sur les questions sexuelles associée à la politique identitaire de #MeToo, visant à mobiliser le soutien des couches privilégiées de la classe moyenne supérieure.

Les démocrates sont terrifiés par le développement de l’opposition de la classe ouvrière, qui a fait surface dans les grèves des États par les enseignants en Virginie occidentale, en Oklahoma et en Arizona, et la vague croissante de mouvements de grèves en général. En collaborant avec les syndicats, ils ont cherché à réprimer et à démobiliser l’opposition, tout en utilisant la campagne anti-Russie pour exiger des mesures de grande envergure visant à censurer l’Internet et à bloquer son utilisation comme un moyen pour les travailleurs de s’organiser.

Au cours de la campagne électorale de 2016, Trump a tenté de séduire les sections de la classe ouvrière « laissées pour compte » par la supposée reprise économique sous le gouvernement Obama. Alors que cet appel était entièrement hypocrite et démagogique, il obtint une certaine réponse et donna à Trump la marge de ses victoires dans les collèges électoraux du Wisconsin, du Michigan et de la Pennsylvanie.

Les démocrates ne font pas de tel appel aux millions de travailleurs qui n’ont pas tiré profit du supposé boom économique que Trump prétend avoir généré par ses politiques de réduction d’impôts pour les riches et les entreprises, éliminant les protections de la santé et les réglementations concernant la sécurité au travail et l’environnement pour les entreprises, et mettant en œuvre une politique commerciale protectionniste. Cela est dû au fait que Wall Street – qui tire les ficelles aussi bien dans le Parti démocrate que le Parti républicain – est plutôt satisfait de ces politiques, qui déversent des centaines de milliards de dollars dans les caisses des banques et des grandes sociétés.

Les travailleurs américains font face aux mêmes dangers que les travailleurs à travers l’Europe : parce que les organisations officielles de la « gauche », les syndicats et les partis sociaux-démocrates soutiennent l’austérité et les licenciements des travailleurs et la baisse des niveaux de vie, l’extrême droite nationaliste et néo-fasciste profite du mécontentement social grandissant et cherche à le détourner dans une direction réactionnaire, créant des boucs émissaires parmi les migrants et les populations minoritaires. Trump poursuit la même stratégie et fait les mêmes appels que le Front national en France, l’Alternative pour l’Allemagne et des formations similaires en Grande-Bretagne, en Italie et en Europe de l’Est.

Dans cette situation politique, le plus grand danger est que la classe ouvrière ne soit pas organisée comme une force politique indépendante. Comme l’ont montré les grèves des enseignants en Virginie occidentale, en Oklahoma et en Arizona – tous des États que Trump a facilement remportés lors des élections de 2016 – la classe ouvrière se radicalise vers la gauche, pas vers la droite.

La tâche politique urgente dans la crise politique qui se déroule est que la classe ouvrière intervienne avec son propre programme socialiste révolutionnaire. Cela nécessite la lutte pour construire dans chaque section de la classe ouvrière une direction politique, le Parti de l’égalité socialiste, pour unir les travailleurs dans une lutte commune contre la guerre, l’inégalité, le chauvinisme, l’autoritarisme et leur source – le système de profit capitaliste.

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(Article paru en anglais le 12 mai 2018)