Les opérations des forces spéciales américaines au Yémen annoncent une guerre plus vaste dans la région

Par Jordan Shilton
7 mai 2018

La révélation que les forces spéciales des États-Unis opèrent secrètement sur le terrain au Yémen depuis décembre souligne une fois de plus la marche téméraire de Washington vers un embrasement de toute la région pour contrer l’Iran.

L’article du New York Times est paru une semaine avant que le président Trump annonce sa décision ou non d’abroger l’accord sur le nucléaire iranien. Selon cet article, les bérets verts de l’armée américaine se battent aux côtés des forces saoudiennes dans leur guerre génocidaire contre le peuple yéménite. Cela démontre que l’impérialisme américain ne reculera devant rien pour consolider son hégémonie sur le Moyen-Orient. Après avoir fourni aux Saoudiens des renseignements et des armes pour poursuivre leur assaut meurtrier sur ce pays appauvri, entraînant la mort d’au moins 13 000 civils, les États-Unis sont maintenant devenus un participant direct au conflit terrestre.

Riyad a lancé la guerre en mars 2015 dans le but de réinstaller le gouvernement fantoche soutenu par les États-Unis d’Abd-Rabbuh Mansour Hadi, qui a été chassé du pouvoir à la suite d’une offensive des rebelles Houthi. Le régime saoudien considère les Houthis comme un pion de l’Iran et est déterminé à détruire le groupe rebelle dans le cadre de ses plans plus larges visant à faire reculer l’influence iranienne à travers le Moyen-Orient.

Les avions américains ont ravitaillé les avions de combat saoudiens, leur permettant d’effectuer des frappes aériennes continues avec des munitions fournies par les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France et d’autres puissances occidentales. Les navires américains ont aidé à imposer un blocus du pays, limitant la livraison de nourritures essentielles et de fournitures médicales.

L’armée saoudienne a mené cette guerre avec une brutalité extrême et un mépris total pour les victimes civiles. Le mois dernier, une frappe aérienne sur une cérémonie de mariage dans le nord du pays a fait 33 morts, dont de nombreuses femmes et enfants. Moins d’une semaine plus tard, une frappe aérienne a visé un établissement de soins médicaux dans la capitale, Sanaa.

Washington a mené ses propres frappes aériennes dans le pays, visant principalement le groupe Al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Mais les forces américaines, connues pour leurs crimes de guerre comme la destruction de Falloujah en Irak, les bombardements d’hôpitaux en Afghanistan et les villes rasées comme Mossoul et de Raqqa en Irak et en Syrie, sont de plus en plus entraînées dans le bain de sang yéménite.

Personne ne devrait croire l’affirmation du Times selon laquelle le déploiement des Bérets verts – réalisé dans le dos du peuple américain et à l’insu et encore moins avec l’autorisation du Congrès américain – est uniquement destiné à des opérations à la frontière visant à protéger le territoire saoudien. Une explication plus proche de la vérité a été révélée le 3 mai quand des informations indiquaient que le Pentagone cherchait des entrepreneurs pour fournir deux avions à voilure fixe et deux hélicoptères pour secourir des forces spéciales américaines « dans et autour du Yémen ».

Des arguments intéressés similaires ont été déployés dans le passé pour dissimuler le caractère prédateur des opérations secrètes des forces spéciales américaines ailleurs, y compris dans le pays ouest-africain du Niger, où elles sont engagées dans une guerre anti-insurrectionnelle contre les rebelles islamistes.

Après la mort de quatre bérets verts lors d’un échange de coups de feu avec des militants en octobre dernier, il a été révélé qu’ils étaient impliqués dans une mission d’assassinat à ce moment-là.

En Irak et en Syrie, des forces spéciales servant officieusement de « conseillers » aux troupes irakiennes et aux milices kurdes ont tiré des milliers d’obus sur des zones densément peuplées de Mossoul, contribuant à faire passer le nombre de morts à des dizaines de milliers.

L’implication de Washington dans la guerre du Yémen, qui a été initiée sous l’administration Obama, fait partie de la politique plus large de l’impérialisme américain visant à assurer sa prédominance incontestée sur le Moyen-Orient riche en énergie et stratégiquement vital. La dynamique derrière cela est le déclin économique de l’impérialisme américain, que l’élite dirigeante américaine a tenté sans succès de compenser en employant la violence militaire.

Le principal obstacle régional aux ambitions prédatrices de Washington est l’Iran, qui est la cible de préparatifs de guerre de la part d’une alliance dirigée par les États-Unis et englobant l’Arabie saoudite, Israël et les régimes des cheikhs sunnites du Golfe.

En mars, l’establishment politique et médiatique américain a chaleureusement accueilli le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, qui, en tant qu’architecte de la guerre du Yémen, est le principal responsable de la boucherie infligée sur la population civile. Trump, qui a appelé dans un discours à Riyad en mai dernier à la construction d’une alliance anti-iranienne, a donné un contenu à cette proposition lors de la visite de ben Salmane en dévoilant des plans pour vendre des milliards de dollars d’équipement militaire à ce régime despotique.

L’agression impérialiste américaine dans la région au cours des sept dernières années est centrée sur la Syrie, où Washington mène une guerre brutale pour un changement de régime avec le soutien de forces par procuration, islamistes, depuis 2011. Le conflit syrien prend de plus en plus une dimension régionale, opposant les forces américaines, françaises et britanniques aux militaires iraniens et russes, principaux soutiens du président syrien Bachar al-Assad.

En cherchant à expulser les forces pro-gouvernementales de l’est du pays, qui accueille d’importants champs pétroliers, et avec le lancement de frappes de missiles sur la base d’affirmations non fondées de l’utilisation par Assad d’armes chimiques, Washington fait preuve de sa détermination téméraire à aggraver le conflit, même au risque d’un affrontement militaire nucléaire direct avec la Russie. Un tel conflit y entraînerait rapidement les grandes puissances impérialistes européennes, qui cherchent toutes leur part du butin d’un Moyen-Orient partagé au moyen de violents conflits inter-impérialistes.

Les actions agressives de Washington ont encouragé ses alliés, surtout Israël et l’Arabie saoudite, à cibler l’Iran de plus en plus ouvertement. Les avions israéliens ont bombardé une série de cibles en Syrie ces derniers mois, tuant des dizaines de militaires iraniens, tandis que le régime saoudien a approfondi sa collaboration avec les forces américaines dans le conflit yéménite en préparation d’une guerre beaucoup plus large et sanglante. Il ne fait aucun doute que la révélation publique que les forces américaines sont sur le terrain au Yémen accélérera ce processus.

Avec l’échéance imminente pour Trump de décider d’annuler ou non l’accord nucléaire, que l’Iran a entièrement respecté, tout semble indiquer le danger croissant d’une guerre menée par les États-Unis contre Téhéran. Trump semble avoir rejeté les tentatives de ses alliés européens déclarés de maintenir l’accord. Même dans l’éventualité improbable où il déciderait avant le 12 mai de maintenir l’accord, une telle annonce sera liée à des conditions que Téhéran ne pourra pas accepter, préparant le terrain pour une rupture de l’accord et un recours aux hostilités ouvertes plutôt que plus tard.

La perspective imminente d’un conflit aussi catastrophique en raison de l’intervention terrestre américaine au Yémen, doit être comprise comme un avertissement sérieux par les travailleurs aux États-Unis, au Moyen-Orient et sur la scène internationale.

La menace d’une guerre régionale et même mondiale ne peut être évitée que par la construction d’un mouvement international anti-guerre pour unir les travailleurs des États-Unis et de l’Europe qui s’opposent à un autre bain de sang impérialiste dans l’intérêt des élites capitalistes, avec les travailleurs et les opprimés au Moyen-Orient et internationalement. La construction d’un tel mouvement nécessite l’adoption par les travailleurs et les jeunes d’un programme socialiste et internationaliste pour lier la lutte contre la guerre à la lutte contre sa source – le système capitaliste de profit.

(Article paru en anglais le 5 mai 2018)