Les étudiants et les travailleurs manifestent le 19 avril contre Macron

Par Anthony Torres
20 avril 2018

La première manifestation interprofessionnelle depuis novembre 2017 organisée par la CGT et Solidaire s’est déroulée sur fond d’extension des blocages dans les universités et des grèves contre la politique austéritaire et militariste du gouvernement Macron.

119 000 personnes selon la police, 300 000 personnes selon la CGT étaient présentes dans les 130 défilés à travers la France. Environ 20 000 personnes ont participé à la manifestation de Montparnasse vers la Place d'Italie sur Paris. A Lyon, ils étaient entre 9 200 selon la police et 15 000 personnes selon la CGT à défiler. A Nantes, 13 000 personnes ont défilé selon la CGT, près de 6 000 selon la police. A Marseille, 5000 personnes selon la police et 65000 d’après la CGT ont rejoint les cortèges.

Outre les étudiants et les lycéens, on retrouvait dans les cortèges retraités, cheminots, et les travailleurs de nombreuses branches mobilisées contre Macron. Des grèves secouent Air France, la RATP, le secteur de l'énergie, l'automobile, les hôpitaux, les sans-papiers, les responsables scolaires et les crèches.

Les correspondants du WSWS ont participé à la manifestation à Paris, dominée par les étudiants et les lycéens. Très remontés, ils étaient déterminés à mener la lutte malgré le sentiment que les appareils syndicaux visent à l’étrangler derrière une perspective de négociations avec Macron.

Gabriel de l'université de Cergy-Pontoise a dit être là «avant tout pour manifester contre les politiques libérales du gouvernement Macron, qui pour moi est un gouvernement d’extrêmes aussi bien sur le plan économique que sur le plan sécuritaire. Je suis là pour protester contre cette stratégie de choc orchestrée par Macron, par la classe politique française, par l'oligarchie européenne et américaine. Je pense qu’il faut se mobiliser non pas juste contre les reformes ou juste contre une loi, mais contre tout que représente ce personnage et le monde qu’il le soutien.»

Conscient de la limite des manifestations du 19 avril, Gabriel «pense que la mobilisation simplement des étudiants ne suffit pas. Il faut que le monde du travail, le monde salarié les indépendants, que l’ensemble de la population soit avec nous. On nest plus dans la négociation mais dans le rapport de force avec des grèves des blocages et des occupations il ne faut pas que ça arrête. Il faut le faire, il faut les harceler sur tous les fronts. Il y a un projet politique qui est porté par une classe dirigeante avec un projet radical en France et internationalement. Le but de Macron est de détruire les dernier bastion de socialisation. Il veut massacrer les gens.»

Sur les frappes des Etats Unis, du Royaume-Uni et de la France en Syrie, Gabriel a dit: «Notre gouvernement est inféodé aux intérêts impérialistes réactionnaires débiles de notre classe politique. Notre diplomatie est derrière les intérêts américains. Si on ne sort pas de ce système, on ne pourra pas changer la politique extérieure.»

Louis, étudiant à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales a aussi parlé au WSWS.

Dénonçant le bombardement en Syrie, Louis explique que le mouvement contre Macron doit aussi être un mouvement anti-guerre : « La France continue à participer à l’intervention dans le monde entier pour défendre ces intérêts économiques. Ils doivent être combattus, et c’est ce que nous faisons.»

Louis a fait par de son scepticisme sur les syndicats et Mélenchon : « Les syndicats sont de plus en plus faibles, il faut développer des autres formes de contestation. A terme il faut envisager une union de classe. Ce qui est possible dans les mouvements comme aujourd’hui. Mélenchon essaie de faire quelque chose de neuf, est ce que cela marchera je n’en suis pas sûr mais ça offre autre chose. Le problème des Insoumis, c’est qu’ils tiennent des discours dangereux patriotiques parce qu’ils ne sont pas communistes.»

George, responsable commercial chez Casino s’est dit «solidaire des travailleurs en lutte et pour que les projets de loi antisociales et régressifs soient annulées. Les cheminots ne sont pas responsables de la dette, c’est de la responsabilité des gouvernements. C’est nous qu’ils attaquent, alors que nous travaillons et payons nos impôts. Nous faisons face à un gouvernement brutal qui s’attaque aux étudiants à la ZAD, et on bombarde en Syrie. En une semaine, ça fait beaucoup. Il y a d’autres solutions que de bombarder la Syrie.»

Il a ajouté, «En Europe il y a les moyens pour que l’on vive mieux, mais c’est l’inverse qui se passe. Les promesses sur l’Europe sont brisées, cela est fait contre les peuples par des gouvernements d’extrême droite. Il faut que l’on soit plus nombreux au delà des syndicats, des travailleurs il doit aussi y avoir les chômeurs, etc. Ça va être dur, mais on peut y arriver.»

Les reporters du WSWS ont pu discuté sur Marseille avec les étudiants et travailleurs dont Lucien, en 1ère année de licence d’histoire. Il a confirmé que le mouvement à la fac Saint Charles de Marseille prenait bien, avec entre 300 à 400 personnes dans les AG pour voter le blocage illimité de la fac jusqu’au retrait de la loi avec le soutien des professeurs.

Il a expliqué que «le but de la sélection d’orientation est de changer à terme la faculté pour la rendre payante et sélective. «Ça commence par le début de Parcoursup pour orienter les élèves après le bac. En fonction du lycée d’où l’on vient il y a des options qui sont différentes. Si nous sommes dans un lycée réputé on va avec des options qui seront plus intéressantes que dans un lycée dans un quartier pauvre, c’est la fac qui va choisir. Avec Parcoursup, il y aura plus de hiérarchisation des choix, le gouvernement libère le système pour les meilleurs élèves.».

Sur les calomnies et la répression envers les étudiants bloquant les universités, Lucien a dit: «Ils n’arrivent pas à nojs décrédibiliser de manière démocratique le mouvement, et le dernier recours est la force. Nous avons les travailleurs portuaires qui ont lancé un soutien aux étudiants si on essaie de nous déloger comme à Tolbiac par l’extrême droite.»

Pour Lucien, «Macron est déterminé, il attaque les cheminots, il lance des attaques de partout, je pense pour faire passer le plus de chose par le choc. S’en prendre aux cheminots, c’est une attaque politique contre les cheminots qui font partie des sections révolutionnaires» de la classe ouvrière.