L'étau se resserre autour de Trump

Par Barry Grey
12 avril 2018

Après la descente du FBI lundi contre l’avocat personnel du président Donald Trump, Michael Cohen, la survie de la présidence Trump semble de plus en plus problématique.

L’utilisation contre un président en exercice de tactiques réservées normalement à des chefs de la mafia ou à des terroristes présumés porte à un tout autre niveau le conflit qui agite depuis des mois la classe dirigeante et l’État américain. Le fait que le raid ait été mené alors que Trump rencontrait ses généraux pour discuter de l’action militaire contre la Syrie souligne la nature explosive des tensions au sein de l’élite dirigeante.

La descente a eu lieu sur la base d’une demande de renvoi du conseil spécial Robert Mueller. Son enquête sur l’ingérence présumée de la Russie dans l’élection de 2016 et une possible collusion de Trump est au centre de la campagne menée contre Trump par des sections du renseignement et du Parti démocrate. Lors du raid, l’ordinateur, le téléphone, et la comptabilité personnelle de Cohen ont été saisis. Tout comme des documents relatifs à l’argent payé pendant la campagne électorale de 2016 pour leur silence à une star du porno et une ancienne « playmate » du magazine Playboy qui prétendent avoir eu des affaires avec Trump Le FBI a récupéré une masse de données, dont des communications privilégiées entre Trump et son avocat.

Cohen, avocat de longue date et confident de Trump, se vante d’être l’« agent » du président. Mueller et le camp anti-Trump au sein de l’élite dirigeante savent très bien que le milliardaire et spéculateur de l’immobilier et des jeux d’argent new-yorkais devenu président est embourbé dans des activités criminelles, qui sont certaines de se retrouver dans le matériel saisi de Cohen.

Ils ont Trump à la gorge, et Trump le sait.

Mueller a exécuté une manœuvre calculée pour se protéger des accusations de dépassement de sa mission. Il a déféré une enquête criminelle de Cohen sur des accusations de fraude bancaire par virement électronique et d’enfreintes à la loi sur les campagnes électorales au bureau du procureur des États-Unis, qui a exécuté les mandats et supervisé le raid du FBI. Ce qui indique que Mueller travaille à une mise en accusation non seulement de Cohen, mais aussi de Trump.

Les événements extraordinaires de lundi suggèrent qu’une accusation criminelle ou la menace d’une telle accusation est en train de remplacer une stratégie basée sur une destitution, ce qui serait difficile à obtenir dans un Congrès sous contrôle républicain. Même si un président en exercice ne peut être poursuivi et doit d’abord être démis de ses fonctions, le calcul pourrait être que la menace d’amendes massives et d’emprisonnement convaincra Trump de démissionner.

La tirade de Trump lundi avant une réunion avec son équipe de sécurité nationale sur la Syrie, dénonçant Mueller, son procureur général Jeff Sessions et son sous-procureur général Rod Rosenstein qui a autorité sur le conseil spécial Mueller, reflète sa propre crise et le dilemme dans lequel il se trouve.

Le fait qu’il ait parlé de la possibilité de renvoyer Mueller et/ou ses hauts fonctionnaires du ministère de la Justice a suscité de vives réprimandes de la part de certains des principaux Républicains au Congrès. Le président républicain du Comité judiciaire du Sénat, Chuck Grassley, a averti mardi que ce serait un « suicide politique » pour Trump d’emprunter cette voie.

Ces événements extraordinaires font partie d’un conflit féroce au plus haut niveau de l’élite dirigeante et de son appareil d’État. La bataille concerne des questions fondamentales de la politique étrangère impérialiste américaine. Les adversaires de Trump, menés par le Parti démocrate et la plupart des médias patronaux, sont alliés aux sections dominantes de l’establissement du renseignement, qui considèrent que Trump n’est pas suffisamment agressif pour mener la guerre en Syrie et affronter la Russie.

Ils ont utilisé l’enquête de Mueller et le discours bidon sur « l’ingérence russe » et les « fausses nouvelles » prétendument inspirées de Moscou pour faire pression sur Trump pour qu’il intensifie l’offensive américaine contre la Russie. Mais le raid de lundi indique que des sections décisives de la classe dirigeante ont perdu confiance dans la capacité de Trump à gérer leur politique étrangère ou à faire face à une situation intérieure de plus en plus tendue.

La crise politique à Washington est intensifiée par la convergence de crises sur plusieurs fronts. Les États-Unis sont confrontés à une crise géopolitique de plus en plus profonde qui s’exprime le plus nettement dans l’échec de sa guerre par procuration en Syrie. Sa crise économique s’intensifie ; les mesures de guerre commerciale de Trump contre la Chine risquent d’avoir des conséquences inconnues ; les marchés financiers sont dans la tourmente, les déficits commerciaux croissent et les déficits budgétaires se chiffrent à mille milliards de dollars par an.

Le plus dangereux est la croissance de l’opposition dans la classe ouvrière, avec des grèves d’enseignants, des protestations et des rébellions contre les syndicats corporatistes qui s’étendent de la Virginie-Occidentale à l’Oklahoma, au Kentucky, à l’Arizona et à d’autres États. Le fait que la plupart de ces grèves se déroulent dans des États qui ont voté pour Trump est considéré comme une indication que la capacité de Trump à désorienter la classe ouvrière avec sa démagogie sociale s’est radicalement érodée.

C’est la lutte des classes et non les intrigues de palais au sein de l’élite dirigeante qui fournit la base d’une solution progressiste et démocratique — c’est-à-dire révolutionnaire — à la crise du capitalisme américain. Laissée à elle-même, l’élite dirigeante résoudra ses problèmes avec Trump en déplaçant le système politique encore plus à droite, avec ou sans l’actuel président. Si Trump devait être éliminé par une destitution ou obligé de démissionner, il serait remplacé par le vice-président Mike Pence, un ennemi plus raffiné, mais non moins réactionnaire de la classe ouvrière.

Ces mêmes forces, et parmi elles la quasi-totalité du Parti démocrate, qui se précipitent pour défendre Mueller et le raid chez l’avocat de Trump exigent que ce dernier mène une attaque militaire majeure contre la Syrie, bien au-delà de la frappe unique de missile ordonnée en avril dernier, et que la confrontation avec la Russie soit intensifiée jusqu’au conflit militaire.

L’édition de mardi du New York Times contenait un éditorial exigeant que Trump intensifie massivement l’intervention militaire américaine en Syrie. Dans la soirée, le journal publia un éditorial défendant le raid du FBI et critiquant fortement Trump pour avoir détourné l’attention de l’attaque au gaz supposée de la Syrie en dénonçant le raid contre son avocat.

L’éditorial déclare : « Parmi les grotesqueries reléguées au second plan dans le carnaval de mauvais gouvernement de Trump ces dernières 24 heures, il y eut le fait que la réunion de lundi avait été ostensiblement appelée pour discuter d’une question d’importance mondiale : une attaque d’armes chimiques sur des civils syriens. M. Trump l’a au contraire transformé en propos sur lui-même... »

Une chose frappante est l’incapacité totale du Parti démocrate — qui a aidé à faire passer les réductions d’impôts de Trump pour les riches, a voté pour son budget record du Pentagone et abandonné toute défense des jeunes immigrés bénéficiaires de DACA et menacés d’expulsion — de faire un appel général à la population. Dans son conflit avec Trump, il s’appuie entièrement sur le FBI et la CIA.

En juin dernier, le « World Socialist Web Site » a publié une chronique intitulée « Révolution de palais ou lutte des classes : la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière ».

La classe ouvrière est opposée avec Trump et son gouvernement à un ennemi brutal, dédié à la destruction de ses droits démocratiques et à une baisse supplémentaire de son niveau de vie. C’est un gouvernement qui poursuit un programme international fondé sur le chauvinisme « Amérique d’abord ». La classe ouvrière doit s’opposer à ce gouvernement et demander son départ. Mais cette tâche ne doit pas être confiée aux opposants factionnels de Trump dans la classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut rester spectatrice dans le conflit entre Trump et les démocrates. Au contraire, elle doit développer sa lutte contre Trump sous sa propre bannière et avec son propre programme...

L’interaction des conditions objectives de la crise, tant aux États-Unis qu’internationalement, et la radicalisation de la conscience sociale de masse se manifesteront dans l’éruption de la lutte des classes. La suppression de la lutte des classes par la bureaucratie syndicale, le Parti démocrate et les promoteurs prospères de diverses formes de politique d’identité prend fin...

Les luttes de masse sont à l’ordre du jour aux États-Unis. Les rassemblements de protestation, les manifestations et les grèves tendront à acquérir un caractère général à l’échelle nationale. La conclusion politique découlant de cette analyse est que la lutte de la classe ouvrière contre Trump et tout ce qu’il représente soulèvera la nécessité de plus en plus pressante d’un mouvement de masse politique, indépendant et opposé à la fois aux Républicains et aux Démocrates, contre le système capitaliste et son État.

Cette analyse est en train d’être confirmée par l’approfondissement de la crise politique qui se voit à présent confrontée à une vague croissante d’opposition sociale dans la classe ouvrière. La confirmation de notre analyse rend d’autant plus urgent un engagement des travailleurs et des jeunes dans la lutte pour la perspective socialiste révolutionnaire du Parti de l’égalité socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 11 avril 2018)