États-Unis: Le meurtre de Stephon Clark et la lutte contre la violence policière

Par Niles Niemuth
30 mars 2018

La semaine dernière, des centaines de personnes ont participé à des manifestations à Sacramento en Californie pour protester contre le meurtre policier de Stephon Clark, un Afro-Américain de 22 ans qui n'était pas armé lorsqu'il a été abattu de 20 balles dans la cour arrière de ses grands-parents. Beaucoup d'autres personnes étaient attendues hier pour les funérailles de Clark.

L'éruption de nouvelles manifestations contre la violence policière fait partie de la réémergence de l'opposition sociale aux États-Unis, notamment la vague de grèves et de manifestations par les enseignants et les manifestations March for Our Lives (Manifester pour nos vies) auquel a participé plus d'un million de lycéens et de jeunes le week-end dernier.

Le meurtre de Clark a été filmé par les caméras du policier et par un hélicoptère de la police qui volait au-dessus de la scène. Les images montrent que les policiers ont criblé Clark de balles dès qu'ils ont tourné le coin de la maison.

Après avoir abattu Clark, les policiers n’ont fait aucun effort pour porter secours à la victime jusqu'à ce que des renforts arrivent quelques minutes plus tard, après quoi ils ont menotté son cadavre et fait une faible tentative de réanimation cardio-respiratoire. La vidéo de la police montre également que les policiers ont coupé leurs micros, vraisemblablement pour se mettre d’accord en secret sur leur version des faits.

La publication de ces images et les affirmations initiales de la police, selon lesquelles ils ont mépris le téléphone portable de Clark pour une arme à feu, ont déclenché une semaine de manifestations. La famille de Clark et les manifestants exigent l'arrestation et la poursuite des deux policiers qui ont assassiné l'homme non armé.

L'annonce jeudi par le procureur général de la Californie, Xavier Becerra, que son bureau superviserait l'enquête du procureur local sur le meurtre et mènerait sa propre enquête sur les politiques du commissariat de police de Sacramento a été accueillie avec un scepticisme justifié par la famille de Clark.

Il ne devrait y avoir aucune illusion dans les promesses de supervision ou d'intervention des démocrates et de leurs partisans du groupe Black Lives Matter (La vie des Noirs compte, BLM). Le manipulateur démocrate de longue date, Al Sharpton, qui représente l'establishment politique, prononçait hier l'éloge funèbre de Clark dans le cadre d'un effort pour démobiliser les manifestations et rediriger la colère populaire derrière la politique électorale du Parti démocrate. Lors des funérailles de Michael Brown, âgé de 18 ans, en 2014, Sharpton avait réprimandé les manifestants en leur disant de «respecter la police» et d'arrêter de vous «apitoyer sur votre sort».

Pendant ce temps, les membres de BLM et d'autres partisans de la politique identitaire à Sacramento ont cherché à détourner la colère qui vise le premier chef de police afro-américain de la ville, faisant valoir que les enquêtes menées par l'État et le gouvernement fédéral feront en sorte que la justice sera faite à l’encontre des assassins de Clark.

De telles enquêtes officielles, que ce soit au niveau de l'État ou au niveau fédéral, visent à étouffer la colère populaire tout en fournissant une couverture à la police. Elles ont rarement, voire jamais, donné lieu à des mises en examen de policiers meurtriers. Encore plus rares sont les condamnations pénales, qui ne sont guère plus que des anomalies statistiques.

Des dizaines d'enquêtes menées par le ministère de la Justice au cours de l'administration Obama sur les agissements des services de police à travers le pays ont servi à blanchir les crimes d'innombrables policiers.

Alors même que les protestations se poursuivaient à Sacramento, le procureur général de la Louisiane, Jeff Landry, a annoncé qu'il n'y aurait pas d'accusations de meurtre contre les deux policiers qui ont abattu Alton Sterling à Baton Rouge alors qu'il vendait des CD devant une épicerie. Ce meurtre flagrant, dans lequel deux officiers ont criblé de balles le corps de Sterling alors qu'il était maintenu au sol, a également été filmé.

Le meurtre de Clark n'est que l'un des nombreux assassinats policiers aux États-Unis, qui se sont poursuivis sans relâche après les protestations populaires contre la violence policière à Ferguson au Missouri en 2014 à la suite du meurtre de Michael Brown, âgé de 18 ans. Depuis le début de l'année, plus de 300 personnes ont été tuées par la police dans tout le pays, ce qui devrait permettre de dépasser la moyenne annuelle de 1175 homicides commis au cours des quatre dernières années.

Le gouvernement Trump a dénoncé à plusieurs reprises des manifestations contre la violence policière, y compris les protestations des joueurs de la Ligue nationale de football l'année dernière, donnant ainsi le feu vert à la police pour battre et tuer en toute impunité. Mais Trump ne fait qu'intensifier les politiques menées sous l'administration Obama, qui a présidé à l'imposition de répression policière militarisée contre les manifestants à Ferguson et à Baltimore, et a constamment pris le parti de la police dans les affaires portées devant la Cour suprême.

Contrairement au récit promu par Black Lives Matter et l'establishment politique selon lequel la violence policière est une question de «relations raciales», la grande majorité des personnes tuées par la police sont blanches. Quel que soit le rôle que joue le racisme dans le nombre disproportionné d'hommes afro-américains tués chaque année, les travailleurs de toutes les couleurs, de tous les sexes et de tous les âges sont victimes de la brutalité policière.

La violence policière n'est que l'expression la plus visible du caractère brutal des relations de classe aux États-Unis sous le capitalisme. La police, constituant l'un des «corps d'hommes armés» de l'État, a pour mission de défendre l'ordre social existant dans un pays où trois personnes accaparent autant de richesses que la moitié inférieure de la société.

Le règne actuel de la terreur policière n'est qu'une expression de la répression croissante des droits démocratiques aux États-Unis. Le gouvernement Trump a laissé sévir les fonctionnaires du service de l'immigration et des douanes pour mener des raids sur les lieux de travail, dans les écoles et les hôpitaux à travers le pays, terrorisant des communautés entières et expulsant des centaines de milliers d'immigrés sans-papiers. Pendant ce temps, les géants de la technologie, agissant à la demande des principales agences de renseignement américaines et du Parti démocrate, se mettent en branle pour censurer Internet.

Il n'est pas surprenant que de nouvelles manifestations contre la violence policière aient éclaté sur fond de la montée de l'opposition ouvrière aux États-Unis, avec une vague de grèves et de protestations des enseignants en Virginie-Occidentale, en Oklahoma, en Arizona et ailleurs ainsi que les manifestations monstres dans le pays contre les fusillades dans les écoles.

L'émergence de ces luttes montre clairement que l'opposition sociale se développe au sein de la classe ouvrière. Mais à chaque tournant, les travailleurs se heurtent au Parti démocrate et aux syndicats qui font tout pour étouffer et démobiliser l'opposition populaire en la renvoyant dans les bras de l'establishment politique.

Tous les problèmes sociaux, qu'il s'agisse des écoles sous-financées, des bas salaires, de la violence policière incessante ou des fusillades dans les écoles, ont des racines systémiques. La lutte contre la violence policière ne peut réussir que dans la mesure où les travailleurs et les jeunes rompent avec le Parti démocrate et unissent leurs luttes au mouvement plus large de la classe ouvrière contre le capitalisme et pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 29 mars 2018)