SNCF: Besancenot propose une coalition avec le PS, LO et Mélenchon

Par Alexandre Lantier
10 mars 2018

Invité hier sur BFM-TV, l'ex-porte-parole du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Olivier Besancenot a dévoilé sa stratégie face à la volonté de Macron de privatiser la SNCF. Sa proposition, qui ne fera que dégoûter tout travailleur politiquement conscient, est un avertissement qu'il est urgent d'ôter le contrôle des luttes aux appareils syndicaux et au NPA, et de construire le Parti de l'égalité socialiste (PES) en tant qu'alternative aux alliés du NPA. Ceux-ci préparent un piège et une défaite pour tous les travailleurs visés par Macron, notamment les cheminots.

Besancenot propose une alliance avec des forces issues du Parti socialiste (PS), le parti largement haï de l'ancien président François Hollande. C'est au sein de ce gouvernement PS, discrédité par de longues guerres au Mali et en Syrie ainsi que par sa loi travail imposée sans vote à l'Assemblée face aux manifestations et à l'opposition d'une large majorité de Français, que Macron a préparé sa candidature présidentielle.

Et pourtant, Besancenot insiste qu'il faut lutter contre Macron en rassemblant des anciens du PS, La France insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, le Parti communiste français (PCF) et Lutte ouvrière (LO). «Personne à lui seul ne peut incarner l'opposition sociale et politique à la gauche du gouvernement Macron», a-t-il déclaré.

Il a proposé un rassemblement «de Benoît Hamon (candidat présidentiel du PS en 2017) à Pierre Laurent (chef du PCF), à Nathalie Arthaud (candidate de LO)», ajoutant qu'il «serait incompréhensible que Jean-Luc Mélenchon ne soit pas dans le coup.» Selon BFM-TV, «le NPA a d'ores et entamé des négociations avec l'ancien socialiste, Benoît Hamon», ainsi qu'avec LO.

Il serait très dangereux de se méprendre sur le caractère de cet appel à l'unité avec le PS. Le NPA propose que les luttes contre Macron soient menées à l'échelle nationale, isolées des luttes de leurs frères et sœurs de classe à travers l'Europe et à l'international, et sous le diktat de partis pro-capitalistes favorables à la guerre et à l'austérité. Dans ces conditions, elles ne pourront qu'aller vers une défaite.

Le gouvernement Macron annonce un retour au service militaire et des dépenses sur l'armée de 300 milliards d’euros à l'horizon 2024. Il le fait sur fond d'installation à Berlin d'une «Grande Coalition» qui a annoncé dans son pacte de gouvernement de vaste appétits géostratégiques, voulant faire pénétrer l'influence militaire et stratégique allemande partout dans le monde. Dans ce contexte, les partis militaristes et austéritaires comme le PS voudront à tout prix démolir les acquis sociaux afin de financer la machine de guerre franco-européenne.

Il faut tirer la sonnette d'alarme sur ce que signifie la décision du NPA de se solidariser avec le PS. La principale difficulté qui confronte les travailleurs n'est pas le manque de volonté de lutter; après une décennie de crise économique suite au krach boursier de 2008 – dû à la criminalité de Wall Street – la faillite politique et sociale de la classe capitaliste est patente. C'est plutôt que les partis que les médias font passer pour la «gauche», voire «l'extrême-gauche», sont des organisations bourgeoises, militaristes et hostiles aux intérêts des travailleurs.

Le cas le plus flagrant est celui des alliés grecs du NPA, le parti Syriza («Coalition de la gauche radicale»). Arrivés au pouvoir en janvier 2015 après avoir promis de mettre fin à l'austérité qu'imposait l'Union européenne (UE) à la Grèce, il a trahi ses promesses électorales et imposé une austérité plus profonde encore que celle qu'avaient imposée ses prédécesseurs de droite.

Quant à Mélenchon et aux députés LFI, ils ont récemment indiqué leur soutien sans réserve aux projets de Macron de rétablir le service militaire, déclarant qu'ils préféreraient que les appelés passent neuf mois sous les drapeaux plutôt que les trois à six mois voulus par Macron.

Et à présent le NPA veut imposer aux travailleurs une alliance avec un parti qui était bourgeois depuis sa formation en 1971, quelques années après la grève générale de Mai-juin 1968, et qui a attaqué la classe ouvrière à chaque fois qu'il a été au pouvoir.

Les travailleurs ont une longue expérience avec la politique impuissante et trompeuse des appareils syndicaux et des partis politiques qui sont leurs alliés. C'est d'ailleurs pour cela, comme l'a lui-même dit avec hargne et amertume Alain Krivine, le chef du NPA, dans un meeting électoral l'année dernière, que les travailleurs ne considèrent pas que les propositions du NPA soient «crédibles».

Les travailleurs ne peuvent pas permettre au NPA et aux syndicats de subordonner leurs luttes aux calculs tactiques imposés par une alliance avec le PS et sa périphérie. C'est se livrer pieds et poings liés à l'ennemi de classe.

Il s'agit pour les travailleurs de mettre en place leurs propres organisations de lutte indépendantes d’appareils syndicaux que Macron veut faire fonctionner ouvertement en instruments qui planifient et approuvent les attaques sociales afin de doper la compétitivité mondiale des entreprises françaises. Cette perspective, à laquelle le NPA s'adapte, n'offre rien aux travailleurs sauf du sang et des larmes.

Face à la volonté affichée de Macron et de l'Union européenne de passer en force, le prolétariat en France et en Europe n'a que deux choix: la perspective suicidaire de se soumettre à l'austérité et au militarisme, ou une réorientation politique vers une lutte révolutionnaire. Pour mener une telle lutte, il faut rompre avec la politique de soumission et de petits arrangements avec le PS prônée par le NPA et s'orienter vers la perspective trotskyste et internationaliste avancée par le PES et le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI).

Le PES insiste que la classe ouvrière ne peut défendre ses intérêts que par une lutte révolutionnaire pour le socialisme menée à l'échelle internationale sur une perspective trotskyste et en toute indépendance des partis bourgeois comme le PS. Ceci l'oppose fondamentalement au NPA, ainsi qu'à tout le milieu des partis petit-bourgeois tels que LO et le PCF post-soviétique, qui orbitent depuis longtemps autour du PS. Le NPA a déclaré à sa fondation en 2009 être un parti anti-trotskyste qui s'oriente envers une fraction du PS.

Il déclarait ainsi: « Le NPA ne revendique pas de filiation spécifique avec le trotskysme, mais une continuité avec celles et ceux qui ont affronté jusqu'au bout le système ... Le processus constituant a commencé 'par en bas', puis il y a eu un réel élargissement politique avec la participation de camarades venant de diverses composantes du mouvement social, de la gauche antilibérale, de l'écologie politique, de camarades issus du PS, du PCF, du mouvement libertaire, de la gauche révolutionnaire. Sans s'affadir, le NPA a tout à gagner en s'ouvrant plus encore. »

Une profonde crise politique a explosé en France et à travers l'Europe, avec l'effondrement de partis sociaux-démocrates austéritaires et militaristes à travers le continent. Le PS, comme le Pasok grec ou le Parti social-démocrate allemand (SPD) dont le vote aux dernières élections s'est effondré. La voie proposée par le NPA d’essayer de ranimer les cadavres de ces partis réactionnaires ne correspond qu'aux intérêts des couches sociales privilégiées d'universitaires et de syndicalistes que représentent le NPA et les autres partis de la pseudo-gauche. C'est un piège pour les travailleurs.

La voie à suivre pour la classe ouvrière un an après le cententaire de la Révolution d'octobre et sur laquelle insiste le PES, est le retour aux traditions révolutionnaires du bolchévisme et du trotskysme, continuées par la lutte du CIQI contre la pseudo gauche. C'est par la construction du PES en avant-garde politique de la classe ouvrière, et non par la soumission aux vieux appareils réactionnaires de la «gauche» sociale-démocrate ou petite-bourgeoise, que la classe ouvrière pourra mener une lutte vraiment révolutionnaire.