Un sénateur républicain qualifie Trump de « dangereux pour la démocratie »

Par Andre Damon
26 octobre 2017

Le sénateur américain Jeff Flake, un républicain d’Arizona, a prononcé mardi un discours extraordinaire au Sénat dénonçant le président américain Donald Trump et déclarant que son comportement était « dangereux à une démocratie ». Le discours de Flake était le dernier dans une série de déclarations qui révèlent la fracture du parti et l’escalade de la crise politique aux États-Unis.

« Nous ne devons jamais considérer comme “normal” le sabotage régulier et de façon désinvolte de nos normes et idéaux démocratiques », a déclaré Flake, se référant clairement à Trump, qu’il n’a pas explicitement nommé. « Nous ne devons jamais accepter docilement le déchirement quotidien de notre pays – les attaques personnelles, les menaces contre des principes, des libertés et des institutions. »

Le discours de Flake a suivi un autre échange passionné entre le président Trump et le sénateur Républicain, Bob Corker du Tennessee, le président du Comité sénatorial des affaires étrangères, qui a déclaré hier que Trump « rabaisse notre pays ». La semaine dernière, le sénateur Républicain John McCain et l’ancien président Bush ont prononcé des discours critiquant la politique nationaliste de Trump.

Trump a également eu de violents conflits avec Mitch McConnell, le leader Républicain majoritaire du Sénat. McConnell a félicité Flake après son discours, déclarant, « nous venons d’assister à un discours d’un homme très bien ».

Commentant les déclarations de Flake et Corker, l’émission « Les informations du soir » de la chaîne NBC a observé : « Un tremblement de terre politique secoue le GOP (les Républicains) si fort qu’il s’est fragmenté ».

Les critiques de Trump dans l’establishment du Parti républicain parlent pour des sections de la classe dirigeante et de l’appareil de renseignement militaire. McCain comme Corker, ont des liens étroits avec des sections de l’armée. Flake est un Républicain de droite qui est surtout connu pour son plaidoyer en faveur de réductions d’impôts et de programmes sociaux.

Le conflit actuel marque une escalade des divisions au sein de l’État qui se sont développées tout au long de l’Administration Trump.

Un facteur dans le conflit au sein du Parti républicain est la campagne de l’ancien stratège en chef de Trump, Stephen Bannon, qui continue de travailler en étroite collaboration avec Trump. Bannon, après avoir repris son poste à la tête de Breitbart News, travaille à cultiver un mouvement fasciste d’extrême droite, soit en s’emparant du Parti républicain, soit en le brisant.

Flake a annoncé hier qu’il ne chercherait pas à être réélu en raison de chiffres de sondages en baisse dans un conflit avec son principal adversaire, la Républicaine Kelli Ward, qui a lancé sa campagne la semaine dernière avec Bannon à ses côtés. Bannon a dit en réponse à la démission de Flake : « Notre mouvement vous vaincra dans les primaires ou vous obligera à vous retirer. » Il a ajouté : « Les jours des Républicains de l’establishment qui s’opposent à l’agenda du peuple américain pour l’Amérique d’abord sont comptés ».

Dans son discours, Flake semblait impliquer qu’il avait été visé par l’aile Bannon du Parti républicain parce qu’il avait critiqué Trump. « Quand nous restons silencieux et n’agissons pas […] à cause de considérations politiques, parce que nous pourrions nous faire des ennemis, parce que nous pourrions aliéner la base, parce que nous pourrions provoquer un défi lors des primaires […] alors nous déshonorons nos principes et abandonnons nos obligations. »

Bannon cherche à créer aux États-Unis un mouvement à l’image de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni et du Front national en France. L’élection de Trump fait partie d’un phénomène international, dans lequel les mouvements nationalistes et fascistes extrêmes ont progressé dans des conditions de tensions sociales croissantes et l’absence de toute opposition de gauche organisée à la politique de l’élite financière et des entreprises.

La crise aux États-Unis est encore alimentée par la rupture avec les normes constitutionnelles et démocratiques au sein de la Maison-Blanche. Au cours des dernières semaines, Washington a été impliqué dans un conflit qui s’intensifie en réponse à la mort de quatre soldats américains au Niger. L’opération militaire au Niger s’est poursuivie sans l’autorisation ou la connaissance apparente des dirigeants du Sénat, sans parler du peuple américain.

La semaine dernière, le chef d’état-major de la Maison-Blanche, John Kelly, général de marine à la retraite, a répondu aux critiques de Trump pour sa réaction aux morts, y compris un appel téléphonique à la femme de l’un des soldats morts, en déclarant qu’elles étaient illégitimes. La secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a répondu aux critiques de Kelly en déclarant : « Si vous voulez débattre avec un général des Marines à quatre étoiles, je pense que c’est quelque chose de très inapproprié. »

Une question qui découle du discours de Flake et de ses références au « danger pour la démocratie » est : qu’est-ce que Flake sait qu’il ne dit pas au peuple américain ?

La rupture de plus en plus ouverte avec les normes constitutionnelles ne peut que générer des conflits au sein de la classe dirigeante. Dans son discours, Flake a exprimé la préoccupation que le nationalisme de « l’Amérique d’abord » de Trump mine les intérêts de l’impérialisme américain à l’étranger. « Maintenant, l’efficacité de la direction américaine dans le monde entier a été remise en question », a-t-il dit. « Il semble que nous, les architectes de cet ordre mondial visionnaire fondé sur des règles qui a apporté tant de liberté et de prospérité sommes les plus désireux de l’abandonner ». Il a ajouté : « Les implications de cet abandon sont profondes ».

Toutefois, l’administration Trump n’a pas surgi de nulle part. C’est l’aboutissement d’un processus prolongé, avec notamment le vol des élections de 2000, la destruction des droits démocratiques qui ont suivi la « guerre contre le terrorisme » et les programmes d’assassinats de drones de l’Administration Obama. Les divers côtés des intrigues du palais au sein de l’État lancent tous des appels à l’aide à l’armée, qui apparaît de plus en plus ouvertement comme l’arbitre de la politique américaine.

Pour leur part, les Démocrates ont reçu la dénonciation de Trump par Flake assez fraîchement, donnant seulement les déclarations les plus superficielles mardi soir. « Le départ à la retraite du sénateur Flake est un autre exemple des divisions qui troublent les primaires Républicaines », a déclaré le porte-parole du Comité de la campagne sénatoriale démocrate, David Bergstein, dans un communiqué.

Tout au long de la présidence Trump, les Démocrates n’ont pas mené une campagne d’opposition contre Trump pour ses attaques flagrantes sur les formes démocratiques de gouvernement. Au contraire, ils ont concentré leur feu sur ses liens supposés avec la Russie, dans le but de faire pression sur l’administration pour qu’elle poursuive une politique étrangère anti-russe. La campagne anti-Russie est en train de devenir une justification pour une attaque contre la liberté d’expression et un effort pour imposer le contrôle de l’État sur Internet.

Pendant ce temps, les Démocrates gardent l’espoir qu’ils peuvent parvenir à un accord pour réduire les impôts sur les sociétés, que les représentants des deux partis soutiennent.

(Article paru d’abord en anglais le 25 octobre 2017)