Le Parti populaire espagnol menace de lancer la répression alors que les autorités catalanes déclarent l’indépendance

Par Alejandro López
11 octobre 2017

Le gouvernement du Parti populaire (PP) a intensifié ses menaces de répression brutale en Catalogne à la veille de la déclaration unilatérale éventuelle d’indépendance du Parlement catalan.

Lundi, le secrétaire à la Communication du PP, Pablo Casado, a comparé le destin futur du Premier ministre catalan Carles Puigdemont avec celui de Lluís Companys, président du gouvernement régional de 1934 qui a déclaré l’indépendance. Exilé après la guerre d’Espagne, il a été capturé par la Gestapo à Paris et remis au régime fasciste de Francisco Franco, qui l’a fait exécuter par un peloton d’exécution en 1940.

« Nous allons empêcher l’indépendance, nous prendrons toutes les mesures nécessaires, tout sera fait sans renoncer à aucun instrument de la Constitution ou du Code pénal », a déclaré Casado. Le gouvernement espagnol promet « une main ferme contre le sécessionnisme. Nous ne devrions pas répéter l’histoire parce que [Puigdement] pourrait bien finir comme Companys ! »

La journaliste Anabel Díez d’El País a réagi immédiatement et a demandé à Casado de confirmer s’il faisait référence à 1934, lorsque Companys a été emprisonné pour avoir proclamé l’État catalan au sein de la République fédérale espagnole ou lorsqu’il a été exécuté en 1940.

La réponse fut ambiguë : « Je veux dire que ce qui pour eux [les séparatistes] est une date épique – la déclaration d’indépendance – a eu une réponse. Je ne suis ni un historien ni un futuriste. »

Après la conférence de presse, le PP a été obligé de préciser la réponse et de confirmer que Casado faisait référence à l’emprisonnement de Companys.

Cette menace doit être considérée comme un avertissement. Le 6 octobre 1934, Companys a proclamé l’État catalan au sein de la République Fédérale d’Espagne au milieu d’une lutte révolutionnaire de travailleurs et de paysans dans toute l’Espagne, en particulier dans les Asturies, où les travailleurs ont combattu l’armée pendant deux semaines. Cela a été déclenché par l’entrée des ministres fascistes dans un gouvernement conservateur, dans le contexte de la prise de contrôle du fascisme en Allemagne, en Italie et en Autriche.

La République catalane a duré seulement 10 heures avant d’être violemment réprimée. Le résultat fut 46 morts, 3000 emprisonnés, la condamnation pénale de Companys, l’autonomie gouvernementale catalane suspendue indéfiniment et la région soumise à un régime militaire. Après avoir écrasé les sécessionnistes catalans et la Commune des Asturies, le gouvernement a imposé une répression sauvage dans toute l’Espagne, fermant les journaux et emprisonnant des milliers de travailleurs et de dirigeants politiques de gauche.

Avec ces déclarations, Casado affirmait clairement que le PP n’accepterait même pas une déclaration unilatérale « symbolique » sur l’indépendance aujourd’hui, comme le suggèrent certaines sources du Parti démocrate de Catalogne (PddeCat) de Puigdemont.

Tout au long de la journée de lundi, les membres du PP ont poursuivi leurs menaces. Le délégué du gouvernement en Catalogne, Enric Millo, a déclaré que la police nationale et les gardes civils déployés en Catalogne sont prêts à mettre fin à une déclaration unilatérale d’indépendance.

Dans un entretien à la station de radio COPE, la vice-première ministre Soraya Sáenz de Santamaría a averti que le gouvernement prendrait « toutes les mesures nécessaires » sans exclure l’article 155 de la Constitution si une déclaration d’indépendance unilatérale est adoptée aujourd’hui pour obtenir « la restauration de la loi et de la démocratie ». Invoquer l’article 155 suspendrait le gouvernement catalan et imposerait l’administration directe de Madrid. Une telle mesure ne peut être mise en œuvre sans une sorte de déploiement militaire pour soutenir les 12 000 à 16 000 policiers et gardes civils en Catalogne.

D’autres options incluent l’article 116 qui imposerait l’état d’urgence en Catalogne et annoncerait le déploiement de l’armée et la suspension des droits démocratiques fondamentaux, y compris la liberté de pensée et d’expression, le droit de grève, les élections et la censure de la presse. Le Parti socialiste (PSOE) est également intervenu hier. Le secrétaire général Pedro Sánchez a précisé qu’il soutiendrait toutes les mesures prises par le PP. Sánchez a déclaré que le PSOE « soutiendra la réponse du gouvernement avant la faillite unilatérale qui menace la coexistence entre les Espagnols. »

L’atmosphère fascisant promue par ces forces politiques et les médias, qui dénigrent les séparatistes catalans avec toutes les insultes possibles, a enhardi l’extrême droite.

Un groupe de fascistes à Valence a attaqué une manifestation organisée par le groupe séparatiste catalan de pseudo-gauche Candidatures d’unité populaire (CUP) et son organisation de jeunesse, Arran, sous le mot d’ordre « l’indépendance est le seul moyen ». La manifestation a été attaquée par une contre – manifestation dirigée par le groupe Yomus qui a été autorisé à poursuivre. Un certain nombre de personnes ont été blessées, dont une femme, un couple et un photojournaliste d’El País, après l’attaque de fascistes armés de bâtons et de barres de fer.

Des vidéos en ligne montrent l’indifférence étudiée de la police nationale, glorifiée ces jours-ci par la presse pour leur répression lors du référendum, à la violence flagrante des fascistes. L’attaque a été enregistrée en direct sur LaSexta.

Dans des conditions où la classe dirigeante, soutenue par les médias, prépare une répression massive en Catalogne, la pseudo-gauche a démontré sa banqueroute politique. Aucune tendance ne cherche à mobiliser les travailleurs à la fois en Catalogne et en Espagne contre le virage de la classe dirigeante vers la dictature. Personne ne fait un appel international à la classe ouvrière européenne, dans des conditions où les grandes puissances impérialistes ont approuvé la répression du PP contre le référendum.

Au lieu de cela, les groupes de pseudo-gauche soutiennent pour la plupart une déclaration unilatérale d’indépendance, ce qui est soutenu par seulement 42 pour cent de la population catalane, et en particulier ils soutiennent les CUP. Benet Salellas des CUP a déclaré hier : « Nous avons gagné le référendum et ce mardi nous devons appliquer les résultats. »

« Il ne serait pas juste de repousser la proclamation de la République catalane », a-t-il ajouté, dans un message adressé uniquement aux alliés de droite des CUP dans PDeCAT, qui a exprimé ses doutes quant à une déclaration d’indépendance immédiate.

L’organisme parapluie l’Assemblée nationale catalane (ANC) a appelé à une manifestation devant le parlement régional. Dans un message adressé à ses partisans sous le titre « Allons nous mettre à côté de nos institutions. Hello Republic », l’ANC a écrit : « Le peuple a parlé et a dit oui à l’indépendance maintenant. »

Podemos continue son rôle dans le désarmement de l’opposition ouvrière, en dépit des inquiétudes grandissantes qu’une autre guerre civile se profile à l’horizon. Pablo Echenique, le secrétaire en charge de l’organisation du parti, a déclaré : « Nous regrettons que le PSOE rejoigne le bloc [avec le PP] ces jours-ci. […] Si après ce qui se passera demain, nous devons pleurer les blessés, le chef du PSOE, Pedro Sanchez, doit prendre la responsabilité d’être le chef d’une force [politique] qui soutient un gouvernement qui n’hésite pas à recourir à la force contre la population civile ».

Echenique a ajouté, dans une remarque digne de Ponce Pilate : « J’espère que demain il n’y aura pas de déclaration unilatérale sur l’indépendance et que le PP n’appliquera pas 155 ou 116. »

(Article paru en anglais le 10 octobre 2017)