Paul Mason, du Gardian, conseille Jeremy Corbyn du Parti travailliste sur la façon de se préparer au gouvernement

Par Chris Marsden et Julie Hyland
14 juin 2017

Un chroniqueur du Gardian, Paul Mason, a publié ce qu’il décrit comme « [un] plan en cinq points pour une victoire du Parti travailliste – et bientôt. 

Écrit le lendemain de l’élection où le Parti travailliste sous Jeremy Corbyn, a fait des progrès majeurs qui ont laissé les conservateurs du Premier ministre, Theresa May, dans la situation d’un gouvernement minoritaire, Mason propose un programme de trahison politique – et pour bientôt.

Personne ne pourrait déduire en lisant l’article que Mason était un de ceux qui ont soutenu une « Alliance progressiste » lors de l’élection. Il s’agissait d’une campagne pour que le Parti travailliste s’abstienne de nommer des candidats dans certaines circonscriptions afin d’assurer que des candidats pro-européens gagnent contre des torys Pro-Brexit.

Mason est un ancien membre du groupe Pouvoir ouvrier (Workers’ Power). Il a fait campagne pour un vote pour « rester » lors du référendum de juin dernier sur l’adhésion britannique à l’Union européenne (UE), tout comme le Chancelier de l’ombre du Parti travailliste, John McDonnell. Il est également un dirigeant de « Une autre Europe est possible » – le groupement pro-UE dirigé par Yanis Varoufakis, l’ancien ministre des Finances du gouvernement Syriza en Grèce. Mason a même adopté le style « louche » étudié de son mentor, Varoufakis, avec une veste en cuir, des pensées sur l’économie et le mépris pour la classe ouvrière, le marxisme et l’hostilité à la révolution sociale.

Son « Alliance progressiste » devait se composer du Parti travailliste, du Parti national écossais (SNP), des démocrates libéraux (LD), des Verts et d’autres, fondée sur l’idée qu’on peut revenir sur le vote référendaire de quitter l’UE – soit par un deuxième referendum soit par un accord pour que la Grande-Bretagne reste dans le marché unique.

Il a insisté pour que cette Alliance soit fondée sur la promotion de « valeurs » culturelles, en particulier pour la politique d’identité fondée sur la race, le sexe et la sexualité. En dehors de cela, il doit s’agir d’une cabine confortable « pour ceux qui soutiennent la dissuasion nucléaire » ou bien veulent « des restrictions sur la libre circulation après le Brexit. »

Ceci inclut la droite, et Mason insiste : « Ce n’est pas suffisant pour les conservateurs libéraux de la génération Cameron-Osborne [une référence à l’ancien Premier ministre et Chancelier conservateur] simplement de passer à de meilleurs emplois. Ils devraient maintenant donner leurs voix aux partis progressistes. »

Le modèle de Mason, comme tous les libéraux supposément progressistes et la pseudo-gauche, était Syriza en Grèce et Podemos en Espagne. Sa plainte particulière à Corbyn et à ceux qui l’ont soutenu était que, à l’occasion, ils pouvaient recourir à « l’utilisation de la vieille rhétorique classique, avec laquelle les partis comme Podemos et Syriza représentent une rupture. » Toute tentative de se positionner comme socialistes et la condamnation de capitalisme même dans les termes les plus restreints aliéneraient l’élite du libre marché, qui a largement soutenu le camp « Rester » et dont le soutien est vital, insiste Mason.

Corbyn, qui est depuis des années chroniqueur pour le Morning Star stalinien et dont les principaux conseillers sont des staliniens, a également réclamé Syriza comme modèle. Mais plutôt que de créer une nouvelle formation qui prendrait la place du Parti travailliste, il s’est engagé à construire une « Alliance sociale » similaire – dont le rôle était de ligoter la classe ouvrière au capitalisme – dans le cadre du Parti travailliste. En chemin, il a accepté toutes les exigences présentées par l’aile droite du parti – qu’il conserve des armes nucléaires, qu’il maintienne le soutien pour l’OTAN et l’adhésion au marché unique de l’UE, qu’il met en œuvre 8 milliards d’euros de coupes sociales, qu’il donne plus d’argent pour la police, l’armée et les services secrets, etc.

Cela lui a valu à la fois la gratitude de Mason et une série d’indications utiles sur la longueur du chemin qu’il doit encore parcourir vers la droite afin de se préparer pour un rôle gouvernemental.

Le carnet de Mason dans le Guardian commence en saluant la « coalition des électeurs » gagnée par le Parti travailliste comme étant « unique » – ce qui comprend les jeunes, des anciens du Parti de l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP) et ceux qui ont voté pour « rester ». Il soutient que le Parti travailliste est désormais « confronté à une opportunité historique » pour « consolider cette coalition accidentelle en une majorité progressiste. »

Mason avertit que, jusqu’à présent, Corbyn n’a gagné des électeurs que parce qu’il « a raconté un récit » qui était « assez vague pour permettre à un million de Verts et peut-être à un million d’ex-Ukippers de croire qu’ils pourraient en faire partie. », avant d’avertir « cela ne formera pas une histoire unique, à moins que Corbyn et la bureaucratie du Parti travailliste ne soient disposés à faire des compromis. »

Quels sont ces compromis ?

Certaines de ses suggestions sont des non-sens anodins – comme : « Rendre concret le programme anti-austérité », « Comprendre le pouvoir des données » et « Apprendre à faire campagne de manière moderne ». Mais il se met à table véritablement quand il insiste que la première condition pour que le Parti travailliste puisse gouverner est de « Neutraliser les questions de la défense et de la sécurité » – c’est-à-dire de rassurer l’élite dirigeante que Corbyn est sérieux en abandonnant sa fragilité pacifiste par rapport avec armes nucléaires Trident et son nouvel engagement envers l’OTAN et le renforcement des forces armées.

Cela implique de commencer par un « examen stratégique de la défense et de la sécurité » qui tienne particulièrement compte de « la diplomatie russe qui pourrait pousser au bord de la confrontation. »

Cela ne peut être confié à quiconque est vaguement à gauche : « Mettez à la fois les affaires intérieures et la défense entre les mains des ministres de l’ombre capables provenant de la gauche douce et du centre, et laissez les technocrates gérer les réformes nécessaires. »

En avril de l’année dernière, Mason faisait déjà ce qu’il décrivait comme « l’argument de gauche pour les armes nucléaires ». Sa vidéo exigeait que le Parti travailliste adopte un « nouveau concept stratégique de l’OTAN », y compris les menaces de guerre nucléaire pour affronter une « Russie nouvellement agressive et imprévisible ».

Le deuxième impératif de Mason est que les « groupes pro et anti-Corbyn » au sein du Parti travailliste devraient être reconstruits comme une « alliance ». À cette fin, le groupe pro-Corbyn Momentum doit être affilié au Parti travailliste aux côtés des groupes de réflexion blairistes comme Progress et Labor First, qui déclarent que leur mission consiste à « veiller à ce que les voix des membres modérés du parti soient entendues et que le parti reste à l’abri de la gauche dure et organisée. »

Momentum, en posant comme un prétendu « réseau de la base » indépendant de la machine du parti a été en mesure de constituer un soutien important pour Corbyn parmi les jeunes en particulier. Ayant rempli cette mission, Mason demande instamment qu’il soit introduit au sein de l’appareil du Parti travailliste pour aider à discipliner les membres qui s’opposent à la bifurcation du Parti travailliste vers la droite.

Mason conclu en insistant : « Le compromis de Corbyn devrait être celui que Nye Bevan a fait dans les années 1950 et qu’Alexis Tsipras a fait en Grèce en 2015 : vous faites d’abord l’économie radicale, tout le reste vous le faites avec précaution ».

Il avertit : « Attaquer les réseaux de l’élite de la plus ancienne puissance impériale dans le monde revient à chercher l’échec. Corbyn devrait trouver des ministres fantômes qui s’engagent avec enthousiasme à moderniser et à équiper la police, le renseignement et l’armée, et laisser le reste aux experts. Le démantèlement du pouvoir économique de l’élite du Royaume-Uni sera assez difficile, sans essayer de faire éclater leurs réseaux de pouvoir politique en même temps. »

Citer Bevan renforce le message pro-militariste de Mason. Crédité de la formation du Service national de santé sous le gouvernement du Parti travailliste de 1945, Bevan était le leader reconnu de la gauche du Parti travailliste avant 1957, lorsqu’il a brusquement renversé son soutien de longue date au désarmement nucléaire unilatéral, protestant : « Cela enverrait un ministre britannique des affaires étrangères tout nu à la chambre de conférence. »

Citer Alexis Tsipras a la même signification pour la rhétorique anti-austérité de Corbyn.

L’affirmation de Mason selon laquelle vous pouvez en quelque sorte démanteler le pouvoir économique de l’élite tout en laissant son pouvoir politique incontesté ne peut être faite que par un truand politique de la pire espèce.

Comme il le sait bien, Syriza n’a fait ni l’un ni l’autre. Après avoir remporté les élections en janvier 2015 et un mandat contre l’austérité de l’UE encore plus large lors du referendum qu’il a appelé en juin de cette année-là, Syriza a trahi complètement ses partisans. C’est ça qui vaut à ce parti l’éloge de quelqu’un qui croit que attaquer les élites revient à « chercher l’échec » et c’est pour cela que Mason recommande Tsipras comme modèle pour que Corbyn et les travaillistes l’imitent.

Paul Mason est un homme qui a un sens très développé de sa propre importance personnelle. Mais la vérité est que tout ce qu’il dit n’est pas très original. Il n’est qu’un parmi de nombreux spécialistes des médias bourgeois et conseillers en politiques qui guident actuellement Corbyn le long de la route qu’il doit parcourir pour être acceptable pour les pouvoirs, c’est-à-dire être le futur Premier ministre britannique. Et après avoir commencé sa longue marche vers la « respectabilité », Corbyn aura besoin de très peu de persuasion pour aller plus loin.

(Article paru d’abord en anglais le 13 juin 2017)