La police dit que le kamikaze de Manchester était finalement un « loup solitaire »

Par Robert Stevens
2 juin 2017

La dernière affirmation de la police du Grand Manchester selon laquelle le kamikaze Salman Abedi a agi seul fait partie d’une tentative d’étouffer l’affaire de la part du gouvernement conservateur et des agences de renseignement pour dissimuler leur responsabilité dans l’atrocité du 22 mai qui a coûté la vie à 22 personnes.

Mardi soir, le commissaire divisionnaire Russ Jackson de l’Unité de lutte contre le terrorisme au nord-ouest a publié une déclaration affirmant : « Nos enquêtes indiquent qu’Abedi lui-même a effectué la plupart des achats des composants de base [de la bombe] et ce qui devient évident, c’est que beaucoup de ses déplacements et de ses actions ont été effectués seuls pendant les quatre jours à compter du moment de son débarquement dans le pays et du lancement de ce terrible attentat. »

La représentation d’Abedi comme un « loup solitaire » contredit catégoriquement de nombreuses déclarations antérieures de la Première ministre Theresa May, du secrétaire à l’intérieur, Amber Rudd, de la police et des médias, selon lesquelles il faisait partie d’une cellule terroriste sophistiquée qui nécessitait la mobilisation de l’armée dans les rues britanniques pour empêcher une deuxième attaque.

Jusqu’à présent, la police a procédé à 16 arrestations – 11 personnes sont encore en détention provisoire – en vertu de la Loi antiterroriste. En Libye, le père et le frère d’Abedi ont également été arrêtés, avec des allégations selon lesquelles son frère prévoyait sa propre attaque au nom de l’État islamique. Mais selon la police antiterroriste britannique, Abedi aurait tout simplement agi seul.

La déclaration de Jackson a été précédée par celle d’Ian Hopkins, le chef de la police du Grand Manchester. Il avait dit à la BBC Radio Manchester : « Il y a eu beaucoup de reportages et des commentaires par certains qu’il [Abedi] nous a été signalé à plusieurs reprises. »

Hopkins a rejeté de telles informations, affirmant qu’Abedi était connu de la police uniquement concernant des « questions relativement mineures », dont le recel de biens volés, le vol et une agression mineure.

Il n’a pas cherché à réfuter de nombreuses informations selon lesquelles deux personnes qui connaissaient Abedi à l’université avaient appelé la ligne directe du service antiterroriste du gouvernement, il y a cinq ans, pour faire part de leurs préoccupations. Elles ont informé les agents du service téléphonique qu’Abedi avait déclaré que « le fait d’être un kamikaze [était] acceptable », et deux dirigeants de la communauté ont également signalé aux autorités les opinions extrémistes d’Abedi. Selon le Daily Telegraph, Mohammed Shafiq, directeur général de la Fondation Ramadhan, a dénoncé Abedi il y a deux ans « parce qu’il pensait qu’il était impliqué dans l’extrémisme et le terrorisme ».

Même si la déclaration ridicule de Hopkins était vraie, cela signifierait seulement que l’information en possession du service secret de MI5 n’a pas été transmise à la police. Selon le Mail on Sunday, « [L]e FBI a informé le MI5 qu’Abedi faisait partie d’une cellule de l’État islamique d’Afrique du Nord qui préparait une attaque contre une cible politique au Royaume – Uni ».

Le FBI aurait transmis ces avertissements au MI5 en janvier, après avoir placé Abedi sur une liste de surveillance des terroristes en 2016. Une source de sécurité anonyme a dit au Mail que, « Suite à ce tuyau américain, Abedi et d’autres membres du gang ont été examinés de près par le MI5. On pensait à l’époque qu’Abedi prévoyait d’assassiner une personnalité politique. »

Le Mail a ensuite affirmé, sans la moindre crédibilité que, « [R]ien ne s’est avéré probant de cette enquête et, tragiquement, il a été relégué au second plan dans la hiérarchie des gens ciblés. » Maintenant, la version officielle est qu’aucune alarme n’a même été donnée à la police de Manchester !

Peu importe si Abedi était seul dans les jours précédant son attaque, il est incontestable qu’il a opéré dans le cadre d’un réseau terroriste plus vaste et a pu, avec l’aide du gouvernement britannique et d’une agence de renseignement, se faire librement des allers-retours dans deux zones de guerre, la Libye et la Syrie.

La seule explication de pourquoi il a pu « passer à travers les mailles du filet » est que, comme d’autres islamistes qui sont des instruments utiles dans les intrigues de la politique étrangère britannique et des opérations de changement de régime, c’était un collaborateur protégé.

Plutôt qu’un « loup solitaire », il était l’une des nombreuses créatures politiques de l’appareil d’État britannique. Pendant des années, des membres du Groupe de lutte islamique libyenne (LIFG), y compris le père d’Abedi, étaient actifs à Manchester. Ils ont été autorisés à recruter en échange de leur rôle dans l’opposition au régime de Kadhafi en Libye. Beaucoup ont ensuite été autorisés à voyager en Libye en 2011, et les surveillances rapprochées ont été annulées et leurs passeports confisqués leur ont été remis afin qu’ils puissent se battre dans l’opération de changement de régime lancée par les États-Unis et la Grande-Bretagne.

Le chef local du LIFG à Manchester, Abd al-Baset Azzouz, un expert en fabrication de bombes, a vécu dans la même rue que Abedi. Le Daily Mail a rapporté en septembre 2014 que Azzouz, avec d’environ 200 à 300 militants sous son contrôle en Libye orientale, a été signalé comme « combattant et formateur d’al-Qaïda et qualifié dans la fabrication de bombes » par le département d’État américain.

Salman Abedi a émergé de ce milieu et a fini, comme d’autres de sa génération, par soutenir l’État islamique en Syrie. Son attaque mortelle est probablement le retour de baton dû au changement de politique temporaire de la Grande-Bretagne qui s’en prends maintenant aux forces de l’État islamique en Irak et en Syrie.

Le renseignement britannique a déclaré qu’Abedi n’était pas sur une liste de 3000 partisans soupçonnés d’être jihadistes qu’il prétend surveiller de près, mais seulement parmi les 20 000 qui « lui sont connus » en général. Encore une fois, cela n’est pas crédible.

Aucune des opérations clandestines des services secrets impliquant des terroristes islamistes n’a pu se dérouler sans la connaissance directe et l’implication du gouvernement.

En 2014, la secrétaire de l’intérieur d’alors, Theresa May, avait déclaré que de nouvelles lois seraient promulguées pour priver de leur citoyenneté les Britanniques qui se battaient en Syrie et en Irak. Elle a dit au Daily Telegraph, que seraient adoptées « de nouvelles interdictions pour les groupes extrémistes qui ne sont pas légalement susceptibles d’être interdits, ainsi que de nouveaux pouvoirs civils pour cibler les extrémistes qui cherchent à radicaliser les autres. Les gens qui insistent pour partir se battre en Syrie et en Irak seront sujets à des enquêtes de la police et des services de sécurité. Pour ceux qui ont la double nationalité, j’ai le pouvoir de leur retirer leur citoyenneté et de les exclure du pays. »

May avait averti : « [T]out ressortissant britannique qui revient de la Syrie et l’Irak sera poursuivi en justice pour avoir participé à des activités terroristes à l’étranger. »

Trois ans plus tard, après avoir voyagé librement en Libye et en Syrie, Abedi a été autorisé à retourner dans le pays, sans être inquiété, pour mener son attentat.

Les médias audiovisuels et les journaux ont participé à cette dissimulation en répétant fidèlement les affirmations de la police du Grand Manchester. Pourtant, un article du Guardian publié mardi matin a déclaré : « Le lendemain de l’attaque de Manchester, les enquêteurs ont conclu que Abedi n’a pas agi seul. Ils croient qu’il avait besoin d’un soutien considérable dans la réalisation de l’attaque. »

Il a poursuivi : « Le premier indice était le mécanisme lui-même. Les scientifiques légistes ont expliqué comment il avait été conçu d’une manière rusée. Les shrapnels ont été espacés uniformément pour infliger des dégâts maximaux et il avait un deuxième système de détonation au cas où le premier ne marchait pas. […] Le deuxième indice a émergé moins de 24 heures après l’attaque. Le renseignement provenant du Centre commun d’analyse du terrorisme au siège du MI5 a confirmé qu’il y avait un risque d’une deuxième attaque dans la foulée. »

L’article comprenait une déclaration du frère de Zuhair Nassrat, l’une des personnes arrêtées lors de l’enquête policière. Parlant d’Abedi, dont le tuteur à l’université a confirmé qu’il avait de graves difficultés d’apprentissage, Nassrat a déclaré : « La communauté libyenne à Manchester ne croit en aucune façon qu’il était seul, il n’en avait pas la capacité. Il [Abedi] n’a pas les moyens intellectuels, il n’est pas assez intelligent. »

(Article paru en anglais le 1ᵉʳ juin 2017)