Les suspects terroristes de Londres étaient connus de la police

Par Chris Marsden
7 juin 2017

La police a donné l’identité de deux des trois meurtriers responsables de l’attaque frénétique au couteau qui a fait sept morts et laissé 18 autre personnes en état critique samedi soir au London Bridge et à Borough Market.

L’un des suspects est Khuram Shazad Butt, 27 ans, l’autre Rachid Redouane, tous deux de Barking, dans l’est de Londres. Le troisième n’a pas encore été nommé. Dans le cas de Butt, les autorités avouent maintenant qu’il était connu du MI5 et de la police.

Cela confirme les reportages précédents selon lesquels au moins un des suspects, Butt, qui avait été précédemment désigné comme « Abs » ou « Abu », un dérivé de son nom arabe Abu Zeitoun, a été signalé à la police, qui l’a alors mis à l’abri des investigations.

Le dimanche soir, le Guardian a rapporté que Erica Gasparri, qui habite dans le même immeuble à Barking, a dit qu’elle a interpellé Butt dans un parc local il y a deux ans parce qu’il cherchait à radicaliser les jeunes enfants, dont son fils. Gasparri a pris quatre photographies de Butt et les a données à la police. Leur réaction a été extraordinaire. Ils ont dit que l’information avait été transmise à Scotland Yard […] Ils m’ont dit de supprimer les photos pour ma propre sécurité, ce que j’ai fait, mais je n’ai pas eu de nouvelles par la suite. »

Un ancien ami de Butt a également déclaré qu’il avait contacté la police à Barking, en rapportant à la radio BBC Asian Network qu’il avait « téléphoné à la plateforme téléphonique antiterroriste ».

Le même agresseur est apparu dans un documentaire de Channel 4 l’année dernière sur les jihadistes britanniques, où il est impliqué dans une confrontation avec la police après avoir accroché un drapeau de l’État islamique dans le Regent’s Park. Le documentaire affirme que lui et d’autres ont été détenus pendant une heure, mais ont été libérés sans suites, car la police n’aurait pas été pas capable de retrouver le drapeau !

Peut-être que la révélation la plus dévastatrice est dans le Daily Telegraph d’hier, qui rapporte que les agents de lutte contre le terrorisme avaient secrètement enregistré une cellule terroriste inspirée par l’ÉI à Barking le mois dernier qui discutait de la façon de procéder pour une attaque au fourgon et au couteau à Londres.

Le Telegraph écrit tout au long de l’article comme si la cellule concernée n’inclut pas les trois auteurs des atrocités identiques de samedi. Mais l’un de ceux qui ont été interrogés se vantait qu’il a radicalisé plus d’une douzaine d'« étudiants » à Barking « voulant devenir de martyr eux-mêmes ». Il a expliqué comment une attaque « utiliserait une voiture comme une arme », la lançant contre les piétons pour ensuite les attaquer à l’arme blanche : « les vidéos de YouTube rendent tout cela faciles à faire. »

Cela impliquerait, dit-il, d’aller à la salle de sport pour se muscler les bras. Le Mail a rapporté que l’agresseur suspect de l’attaque de London Bridge, Butt, fréquentait régulièrement les salles de sport.

L’un des comparses a également parlé de « se procurer un [véhicule] à boite automatique afin que les garçons puissent le conduire ». Un voisin de Butt a dit que ce dernier lui avait demandé où il pouvait louer un fourgon à boite automatique.

Le dimanche, la police a arrêté 12 personnes, principalement des résidents de l’immeuble Elizabeth Fry à Barking, où Butt habitait. Le Mail rapporte que, pendant le raid, un détective de la police a été photographié avec des notes visibles en sa possession en rapport avec l’attaque terroriste de samedi, au sujet de l’un des agresseurs : « Il avait été interrogé l’an dernier pour ses opinions islamiques, sa maison a été fouillée, passeport confisqué + il devait pointer [au commissariat]. »

La liste des personnes impliquées dans les attentats terroristes connus de la police et des services secrets s’allonge : Mohammed Sidique Khan, qui a mené les attentats du 7 juillet 2005 à Londres ; Michael Adebolajo et Michael Adebowale, les tueurs du militaire Lee Rigby en 2013 ; Khalid Masood, qui a mené une attaque similaire en mars sur le pont de Westminster, utilisant un véhicule et une arme blanche ; et le kamikaze de Manchester Salman Abedi. À chaque fois, l’explication officielle est qu’ils n’ont pas été considérés comme des menaces réelles.

Le chef adjoint de la police de Londres Mark Rowley a déclaré que, dans le cas de Butt, il n’y avait aucune preuve de « préparation d’une attaque » et qu’il avait été considéré comme d’une « faible priorité ».

La chef de la police de Londres, Cressida Dick, est tristement célèbre pour avoir dirigé l’opération du 22 juillet 2005 qui a pris fin par l’exécution par la police d’un innocent brésilien Jean Charles de Menezes. Elle est déjà occupée à formuler les excuses pour expliquer la raison pour laquelle les trois auteurs de l’attaque de samedi ont été laissés en libertés. Elle a dit à l’émission Today de la BBC Radio 4, « Inévitablement, [même] avec une grande base de données et une très bonne connaissance, parfois quelqu’un sera en mesure, comme mon prédécesseur l’avait prédit, de passer à l’acte, et parfois ces personnes peuvent avoir été connues des agences avant. »

Encore plus exposée que Dick se trouve la Première ministre Theresa May. Elle a déclaré dimanche : « Trop c’est trop », et a demandé des mesures renforcées contre des terroristes soupçonnés, surtout en renforçant la police et les services de sécurité. Mais sa rhétorique belliqueuse ne peut cacher le fait que le kamikaze Abedi de Manchester a été révélé comme membre d’une famille d’islamistes libyens qui étaient biens protégés par le MI5 parce qu’ils étaient impliqués dans la campagne de déstabilisation et l’intervention militaire pour renverser le régime du colonel Mouammar Kadhafi.

En effet, la seule façon réelle de réduire la menace terroriste impliquerait la fermeture des réseaux islamistes parrainés et protégés par l’État britannique qui les garde pour les déployer dans des opérations de changement de régime en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie.

Dans le cas de Theresa May, c’est une question particulièrement explosive. Elle a été ministre de l’intérieur dans le gouvernement du Premier ministre David Cameron lorsque, en 2011, les Abedi et beaucoup d’autres ont été libérés des restrictions imposées à leur sujet pour qu’ils puissent participer aux combats en Libye. Sa position est tellement à risque, qu’après avoir suggéré que les récentes attaques devraient être le sujet d’un examen de la stratégie britannique de lutte contre le terrorisme, Steve Hilton, qui a travaillé pour Cameron jusqu’en 2012, a tweeté qu’elle était « responsable des défaillances de sécurité de London Bridge, Manchester, Westminster Bridge ». Elle devrait « démissionner et ne pas chercher à se faire réélire. Ses spécialistes en communication attaquent le MI5, mais c’est elle qui fut à leur tête pendant des années. »

Ces questions ont été délibérément dissimulées par le chef du Parti travailliste Jeremy Corbyn hier, quand on lui a demandé s’il était favorable à l’appel de Hilton pour la démission de May.

Il a répondu par l’affirmative, mais il l’a fait tout en se solidarisant avec « beaucoup de personnes très responsables qui s’inquiètent vraiment du fait qu’elle était ministre de l’Intérieur pendant tout ce temps et a présidé aux réductions des effectifs de la police, et elle dit maintenant que nous avons un problème. »

« Nous avons une élection jeudi et c’est la meilleure occasion pour y faire face », a ajouté Corbyn.

Corbyn a choisi ses mots dans la droite ligne de ses efforts continus pour rassurer l’élite dirigeante qu’elle peut lui faire confiance pour diriger un gouvernement travailliste qui sauvegardera ses intérêts. Ayant abandonné ses précédentes déclarations d’opposition aux mesures antidémocratiques, au militarisme et aux armes nucléaires, il a maintenant fait la promesse de recruter 10 000 policiers supplémentaires et de consacrer plus d’argent à l’armée, les services secrets, le MI5 et le MI6.

Corbyn s’active à changer le récit politique des élections générales aussi sûrement que May essaye de le faire en mettant son propre accent sur le terrorisme. Si le Parti travailliste remporte les élections générales du 8 juin, ce sera grâce à des millions de travailleurs et de jeunes qui ont soutenu les prétentions de Corbyn à s’opposer à l’austérité des conservateurs. Maintenant, cependant, Corbyn se positionne avec son parti pour pouvoir obtenir un mandat visant à renforcer l’appareil répressif de l’État.

En cachant le véritable but de la police et des services secrets, Corbyn désarme politiquement et démobilise la classe ouvrière face à de graves dangers politiques. Les médias qui soutiennent les conservateurs donnent une indication beaucoup plus précise des attaques radicales contre les droits démocratiques en préparation contenues dans la déclaration récente de Corbyn selon laquelle la police et le MI5 doivent recevoir ce dont ils ont besoin pour « protéger le public ».

Un article de Douglas Murray dans le Sun, a appelé à la fin de « l’immigration islamique à grande échelle » la « fermeture définitive » des mosquées « accusés de propos anti-britanniques », « l’emprisonnement de tous ceux connus pour avoir des liens avec des organisations extrémistes » et la déportation de personnes à double nationalité « accusées d’association avec des groupes désignés ». Dans son éditorial, le Mail écrit, « Nous avons besoin d’action – maintenant. Il y a une guerre dans nos rues et il est temps de déployer toutes les armes à notre disposition. »

(Article paru en anglais le 6 mai 2017)