Les tensions transatlantiques dominent le sommet du G7

Par Peter Schwarz
29 mai 2017

Le système international d'alliances créé après la Seconde Guerre mondiale se décompose. Cette réalité a été exposée au sommet du G7, qui s’est terminé samedi à Taormina, en Sicile.

Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré à la veille de la réunion: «Il ne fait aucun doute que ce sera le sommet le plus dur du G7 depuis de nombreuses années.»

Les médias européens affirment que la cause de la crise se trouve dans le comportement provocateur et erratique du président américain Donald Trump. Mais Trump est simplement l'expression de tendances beaucoup plus fondamentales. Près d'une décennie après la crise financière mondiale, qui a amené l'économie mondiale au seuil de l'effondrement en 2008, les intérêts conflictuels des puissances impérialistes ont atteint un point où elles ne peuvent plus être réconciliées avec les négociations et la diplomatie. Cela a été clairement précisé dans les domaines du commerce et de la politique du changement climatique, deux des questions les plus litigieuses au sommet.

Jeudi, Trump a fortement critiqué la politique économique de l'Allemagne. Lors d'une rencontre avec le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et Tusk à Bruxelles, il a qualifié les Allemands de «mauvais, très mauvais» et a menacé d'arrêter la vente de voitures allemandes aux États-Unis.

Lors de la réunion subséquente de l'OTAN, Trump a dénoncé les chefs de gouvernement réunis. «Vingt-trois des 28 États membres ne paient pas ce qu'ils devraient payer», a-t-il accusé. C'était injuste envers «le peuple et les contribuables des États-Unis».

Pendant le vol vers l'Italie, le conseiller économique de Trump, Gary Cohn, a répété ses menaces. «Nous aurons un débat très controversé sur le commerce et nous allons parler de ce que signifie “libre et ouvert”», a-t-il déclaré. Le problème est de rendre les règles du jeu justes, a-t-il ajouté. Les États-Unis «traiteraient les autres pays comme ils nous traitent».

Cohn a décrit l'Accord de Paris sur le changement climatique comme «injuste», car il a limité la croissance économique aux États-Unis et a créé « des conditions inégales pour la concurrence». Il y aura un «débat rigoureux» au sommet sur la question.

Trump a promis lors de la campagne électorale que les États-Unis se retireraient de l'accord sur le changement climatique, qui a été finalisé à la fin de 2015 et a été signé par les États-Unis, la Chine, les puissances européennes et plusieurs autres pays. Les autres pays du G7 – l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, l'Italie, le Japon et le Canada – se préoccupent d'un retrait des États-Unis.

Une confrontation s'est développée vendredi dans les premières discussions au sommet. La délégation des États-Unis a bloqué une proposition visant à faire face à la crise des réfugiés présentée par les hôtes italiens.

Le gouvernement italien, qui joue un rôle clé pour barrer la voie méditerranéenne aux migrants fuyant les guerres au Moyen-Orient et en Afrique, tentait de reconnaître au moins verbalement les droits des réfugiés. Mais les États-Unis ont catégoriquement rejeté cette proposition. Selon des sources bien informées, les négociateurs américains n'étaient pas prêts à négocier et ne dérogeaient pas de leur position: «Acceptez-le ou nous ne ferons rien».

Dans le projet de déclaration, à l'insistance des États-Unis, il n'y a qu'une seule phrase sur la politique de réfugiés qui stipule: «Nous confirmons le droit des États de contrôler leurs frontières et de fixer des limites claires pour l’immigration».

Les médias et les politiciens européens ont condamné les «méthodes erronées et brutales de Donald Trump» (le quotidien français Le Monde). L'indignation a atteint son paroxysme en Allemagne.

Il se peut que les puissances européennes se comportent plus poliment et de façon plus «politiquement correcte» que le président américain, mais elles font valoir leurs intérêts économiques et géostratégiques mondiaux de manière tout aussi sans scrupules que lui.

Dans un article principal sur la visite de Trump à Bruxelles, le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung a noté que l'UE cherchait à contrer la politique nationaliste de «l’Amérique d’abord» en se plaçant comme défenseur des marchés ouverts. Il a ajouté: «Les Européens sont déterminés à combler le trou laissé par les États-Unis après le rejet par Trump du commerce mondial. La Commission européenne négocie actuellement, au nom des États de l'UE, quelque 20 accords commerciaux dans le monde, y compris avec des pays comme le Japon, Singapour et le Vietnam.»

Sous la pression de la baisse de la croissance économique, des marchés financiers instables et de l’accentuation des tensions sociales, une lutte acharnée éclate de nouveau entre les puissances impérialistes sur les marchés, les matières premières et l'influence stratégique. Comme au cours de la première moitié du 20e siècle, chaque État-nation capitaliste tente d'avoir le dessus et de repousser ses adversaires.

Le prédécesseur du G7, le Groupe des Six (le Canada n'y avait pas encore adhéré), a été créé en 1975 en réponse à la première grande crise économique de l'après-guerre. Les dirigeants des six économies les plus puissantes se sont rencontrés au château de Rambouillet pour empêcher que l'effondrement du système de Bretton Woods et la première grande crise pétrolière n'entraînent une guerre commerciale et un conflit militaire.

En 1998, le G7 a été élargi pour inclure la Russie et est devenu le G8. La Russie a été expulsée en 2014 pour son annexion de la Crimée. Les conflits et les tensions entre les membres restants augmentent maintenant. Ces développements mettent non seulement en doute l'existence continue du G7, mais aussi de l'OTAN, l'alliance militaire la plus importante des 70 dernières années.

Les observateurs ont pris note du refus de Trump lors de sa visite de Bruxelles pour réaffirmer son allégeance à l'article 5 de l'OTAN qui engage tous les États membres à venir en aide à un membre de l'OTAN en cas d'attaque.

The Financial Times a commenté: «Le fait que M. Trump n'ait pas donné son appui à la clause de défense mutuelle de l'alliance a causé un choc. Nicholas Burns, ambassadeur des États-Unis à l'OTAN lors des attentats du 11 septembre 2001, l'a qualifié de “grave erreur”, notant sur Twitter que “chaque président américain depuis Truman” s'est engagé à soutenir l'article 5. “Pas pour Trump à l'OTAN”».

L'OTAN a toujours été une alliance militaire réactionnaire qui, soit dans son ensemble, soit dans le cadre de coalitions changeantes, a joué un rôle majeur dans les guerres néocoloniales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et dans le renforcement militaire contre la Russie. Mais si la coalition éclatait maintenant sous la pression de ses conflits internes, cela créerait une nouvelle fois la possibilité et même la probabilité d'une guerre entre les puissances occidentales.

Comme en 1914 et 1939, la crise de l'ordre capitaliste mondial mène une fois de plus à la guerre. La seule façon d'éviter une telle catastrophe passe par la construction d'un mouvement antiguerre international, enraciné dans la classe ouvrière et luttant pour un programme socialiste.

(Article paru d’abord en anglais le 27 mai 2017)