Cinquante ans après l'annulation des lois racistes interdisant le métissage

La population américaine massivement ouverte au mariage interracial

Par Niles Niemuth
30 mai 2017

Un rapport publié la semaine dernière par le Pew Research Center démontre que l'acceptation du mariage interracial atteint un sommet aux États-Unis.

Trente-neuf pour cent des répondants sondés en février ont affirmé qu'ils croyaient que le mariage interracial était bon pour la société, contre 24% en 2010. Un autre 52% ont indiqué que cela ne faisait aucune différence, en baisse comparativement à 61% il y a sept ans. Seulement 9 pour cent des répondants ont affirmé qu'ils croyaient que cela était mauvais pour la société, contre 13% en 2010.

Ce qui reflète probablement l'influence néfaste des politiques raciales de la «gauche», les personnes de race noire (18%) sont plus enclines que les blanches (9%) et les Hispaniques (3%) à considérer l'augmentation des mariages interraciaux comme mauvaise pour la société. Les répondants de race blanche (12%) ont toutefois plus de chance de s'opposer au mariage d'un proche avec une personne de race ou d'ethnicité différentes que les noirs (9%) ou les Hispaniques (3%).

Cependant, pour mettre ces chiffres en perspective, la part totale des répondants non noirs qui ont affirmé qu'ils s'opposeraient au mariage d'un proche avec une personne de race noire a chuté abruptement, s'élevant à 63% en 1990 pour s'établir à un creux historique de 14% aujourd'hui. Parmi les non-blancs, seulement 4% s'opposent au mariage d'un proche avec une personne blanche, comparativement à 7% en 2000.

Ces résultats émergent alors que le nombre de mariages interraciaux, entre partenaires de sexe opposé, atteint un sommet inégalé. L'étude du Pew Research Center se penchait sur tous les mariages hétérosexuels entre des personnes s'identifiant comme noires, blanches, asiatiques, hispaniques, amérindiennes et multiraciales.

Les données de recensement analysées par le centre de recherche Pew démontrent que la part des nouveaux mariages et le nombre total des mariages interraciaux n'ont cessé de croitre au cours des cinq décennies qui ont suivi l'arrêt Loving c. l'État de Virginie. Cette décision de la Cour suprême des États-Unis a alors mis fin aux lois interdisant le métissage. 

Mildred and Richard Loving in 1967, plaintiffs in Loving v. Virgina. Mildred et Richard Loving en 1967, plaignants dans la cause Loving c. l'État de Virginie. La Cour suprême des États-Unis a statué dans cette cause que l'interdiction du mariage interracial violait la Constitution.

Le sondage montre que 17%, ou près d'un cinquième de tous les mariages impliquant des partenaires de sexe opposé en 2015 étaient interraciaux, contre 3% en 1967. Approximativement 670 000 personnes se sont engagées dans un nouveau mariage avec un partenaire de race ou d'ethnicité différente en 2015, comparativement à 280 000 en 1980. Le nombre total des mariages interraciaux s'établit actuellement à 11 millions, ce qui équivaut à près de 10% de tous les mariages.

La forme la plus commune de mariage interracial est blanc/hispanique (42%), suivi de blanc/asiatique (15%), blanc/multiracial (12%), blanc/noir (11%), hispanique/noir (5%), blanc/Amérindien (3%), hispanique/asiatique (3%) et enfin, hispanique/multiracial (3%).

Sans surprise, l'équipe de recherche du Pew Center a trouvé que les taux de mariages interraciaux étaient les plus bas dans les zones du pays plus homogènes sur le plan ethnique et moins densément peuplées.

Les gens créent généralement des relations dans leurs quartiers, sur leur milieu de travail et à l'école, tous des lieux où la ségrégation raciale est abolie depuis plus de cinq décennies à la suite du mouvement des droits civiques des années 1960. Ce mouvement a unifié les travailleurs de toutes les races dans une lutte qui mit fin à la ségrégation organisée par les lois Jim Crow.

Les changements dans la démographie raciale et ethnique facilitent aussi la création de relations interraciales, particulièrement dans les larges zones urbaines et sur les campus où une multitude de personnes convergent et se mélangent.

Tout comme lors du recensement de 2010, ceux qui s'identifiaient comme blancs non hispaniques constituaient 63,7% de la population, comparativement à 83,5% au début des années 1970. Chaque minorité ethnique a vu augmenter son importance pendant cette période: les Hispaniques ont presque quadruplé leur part dans la population totale avec 4,4% en 1970 contre 16,3% en 2010. Presque 3% des Américains étaient définis comme étant métissés en 2010.

Tout ceci a eu un impact profond sur les attitudes raciales de la population et trouve son expression particulière dans l'augmentation constante du nombre de mariages interraciaux.

En prenant en compte les autres formes de relations, désormais courantes, comme le mariage entre personnes de même sexe et la cohabitation, le nombre de relations interraciales et interethniques aux États-Unis est significativement plus important que ce que reflètent les résultats du Pew Research Center, un nombre qui s'établit à plusieurs dizaines de millions.

Le rapport met en pièce le discours promu par les tenants des politiques identitaires voulant que la société américaine soit désespérément déchirée par des divisions raciales, discours dans lequel les relations sociales et les attitudes auraient très peu bougé depuis la Guerre civile, il y a plus de 150 ans. Le rapport sert aussi à réfuter le discours de la «classe ouvrière blanche et raciste» mis de l'avant par les démocrates et leurs défenseurs suite à la défaite d'Hillary Clinton face à Donald Trump lors des élections présidentielles de 2016.

À titre d'exemple récent, l'auteure Michelle Alexander, prenant la parole lors d'un forum organisé par Haymarket Books, la maison d'édition de l'International Socialist Organization (ISO), a mis le blâme de la défaite de Clinton sur un prétendu «whitelash» (réaction blanche) dont les causes sont à chercher dans une animosité raciale croissante des «blancs» vis-à-vis de l'élection de Barack Obama, premier président noir élu en 2008. La théorie politique du «whitelash» ne peut expliquer pourquoi des électeurs blancs qui ont voté deux fois pour un candidat noir ont refusé d'appuyer Clinton, ou pourquoi on a assisté à un déclin important du vote afro-américain entre Obama et Clinton.

Les politiques identitaires de race et de genre cherchent à renforcer les divisions artificielles parmi les travailleurs et à canaliser l'opposition identitaire derrière le Parti démocrate. C'est aussi la forme que prend la lutte féroce qui se joue parmi une section de la classe moyenne supérieure pour les positions et privilèges.

Le changement d'attitude sur la question raciale sape également les efforts de l'extrême droite – incluant l'administration Trump et son conseiller en chef Stephen Bannon, ainsi que le mouvement de la droite alternative (alt-right) auquel est associé l'administration présidentielle – qui tente de ressusciter une forme de nationalisme extrême basée sur une rhétorique anti-musulmane et anti-immigration.

Malgré des efforts soutenus dans la promotion d'une pensée raciale, de la Maison-Blanche en passant par les pages du New York Times, le rapport du Pew Center démontre que la très grande majorité des travailleurs américains n'est pas obsédée les problèmes raciaux. Les travailleurs sont surtout concernés par les attaques continuelles perpétrées contre le système de santé, l'éducation et les pensions, en plus des salaires en baisse et de l'absence d'emplois décents.

Le déclin dramatique de l'animosité raciale est un reflet particulier du processus en branle aux États-Unis et internationalement. L'imposition de divisions raciales et nationales a été érodée par le développement rapide des technologies de communication et par la mondialisation de la production.

On ne devrait toutefois pas s'étonner que le déclin marqué de l'hostilité envers les mariages entre groupes ethniques, qui a débuté dans les années 1990, coïncide avec l'introduction et la croissance de l'utilisation d'internet. Les travailleurs interagissent au quotidien avec des personnes de différentes races et nationalités, effaçant les barrières physiques et surmontant les divisions artificielles imposées par la classe dirigeante dans le but de diviser la classe ouvrière contre elle-même.

Cette situation fournit un terreau fertile pour le développement d'un mouvement de masse basé sur la division réelle et objective produite par la société capitaliste: la division entre la classe ouvrière, et toutes ses races et nationalités, d'un côté, et la classe capitaliste, de l'autre.

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