Le Parti travailliste britannique monte dans les sondages, les plans des blairistes pour une scission avancent

Par Robert Stevens
30 mai 2017

À l’approche des élections législatives anticipées du 8 juin, l’ancien chef du Parti travailliste, Tony Blair, et ses partisans, mettent en avant ouvertement les plans pour fonder une nouvelle formation politique de droite.

Les blairistes ont ouvertement décrit leurs intentions à travers une série de fuites délibérées au Telegraph, Times et Daily Mail, des journaux partisans des conservateurs de longue date. Le bureau du Jeremy Corbyn, chef du Parti travailliste, a rejeté les plans comme des histoires « idiotes » de « journaux conservateurs », mais cette semaine, les blairistes ont continué à diffuser leurs intentions dans les pages de l’Observer, l’édition dominicale du Guardian qui est anti-Corbyn et pro-Tony Blair.

Alors que les sondages montrent que les travaillistes de Corbyn ont réduit l’avance des conservateurs (Tory) qui était à 20 pour cent à seulement 5 pour cent, l’Observer a relayé les commentaires de Jonathan Powell, décrit comme « le conseiller le plus fidèle » de Blair. Les blairistes sont de fervents opposants aux plans des conservateurs pour un Brexit dur qui aurait comme conséquence la perte par la bourgeoisie britannique de l’accès au marché unique de l’Union européenne. L’Observer a rapporté que Powell « a dit qu’il n’y avait pas de parti pro-européen capable de rassembler un soutien important et que “un autre parti” pourrait combler le vide si le Parti travailliste devait y manquer. »

Powell a déclaré : « Nous allons attendre voir ce qui se passera lors des élections, mais […] il y a un abîme béant dans la politique du centre en ce moment qui n’est pas représenté et les [libéraux-démocrates] sont incapables de remplir cet espace. À un certain moment, quelqu’un va le remplir. Que ce soit le Parti travailliste après l’élection ou un parti différent, qui peut le dire ? »

Seulement quelques heures après que Corbyn a lancé le manifeste du parti, le député Frank Field, un vétéran blairiste, s’est affiché en premier pour appeler ouvertement à une scission. Se confiant au Sun, le journal pro-conservateur de Rupert Murdoch, Field a dit que si Corbyn devait refuser de démissionner en cas d’une victoire des conservateurs, l’aile droite devra se détacher et former son propre groupe parlementaire, avec l’appellation peut-être de « Les Travaillistes du peuple. »

Un tel plan ne pourrait être appliqué que « si nous arrivions à faire réélire au Parlement une majorité de députés travaillistes qui partage notre vision ». Pour ce faire, Il faudrait obtenir une « subvention parlementaire » dont les partis d’opposition ont besoin pour fonctionner au Parlement. Pour toucher l’argent, un parti doit avoir au moins deux députés ou un député et plus de 150 000 voix. Le Parti travailliste, avec 232 élus aux élections générales de 2015, reçoit au moins 6,2 millions de livres par an jusqu’en 2020.

Les blairistes n’écartent aucune option, y compris de traîner Corbyn devant les tribunaux pour prendre le contrôle des millions de livres en actifs et être déclarée l’opposition officielle. Ils calculent que de tels tactiques pourraient avoir le soutien d’au maximum 172 députés – s’ils conservent leurs sièges – qui s’étaient opposé à Corbyn lors du vote de censure l’année dernière après le référendum sur le Brexit.

Ce plan avait déjà été formulé par les blairistes dans le Telegraph, qui a rapporté que 100 futurs députés travaillistes envisageaient de démissionner du whip (discipline du parti dans les votes au parlement) et de s’afficher comme des indépendants après l’élection générale.

Commentant dans le Sunday Telegraph du 21 mai dans un article intitulé « Après la défaite, le Parti travailliste doit faire une scission ou mourir », Simon Heffer a écrit : « Il se peut que la révolte ne se produise pas le week-end après l’élection, mais […] la rupture viendra, et il sera beaucoup plus sismique que la formation en 1981 du SDP [Parti social-démocrate de droite]. »

Blair, l’architecte de l’invasion illégale britannique de l’Irak, est largement détesté et obligé de comploter dans les coulisses. Les blairistes ont conclu que lui et son cercle immédiat sont trop mal vus de l’opinion pour mener de front ouvertement une nouvelle formation, ce qui a amené Heffer à déclarer que « beaucoup de noms circulent [en dehors de ce cercle] – Yvette Cooper, Chuka Umunna, Clive Lewis, Dan Jarvis ou même Sir Keir Starmer. »

Dans leurs efforts pour s’assurer que le Parti travailliste demeure pro-guerre et pro-austérité, le Telegraph et autres ont recours à une propagande affichée. La semaine dernière, le Telegraph a publié une étude affirmant que le quart des électeurs travaillistes appuierait une scission du parti si ce dernier ne remportait pas l’élection. Cependant, face à la question biaisée de savoir si « le Parti travailliste devrait se diviser formellement et un groupe devrait se séparer et former un nouveau parti si le parti ne remporte pas cette élection », les trois quarts des électeurs y étaient toujours opposés.

Pour faciliter leurs projets, une fusion avec les démocrates libéraux pro-UE, qui ont promis un deuxième référendum [sur le Brexit], mais qui n’ont que neuf députés au Parlement, est évoquée. Plus tôt ce mois-ci, le Times a cité un « blairiste » qui a révélé que, « L’un des copains de Clegg [ancien chef des libéraux – démocrates] a dit : “Vous les gens modérés dans le Parti travailliste, si vous vouliez tout simplement nous phagocyter il suffirait d’y adhérer et le parti vous reviendrait.” » Il est connu de tous que Clegg rencontre Blair régulièrement.

Le Sunday Times, plus tôt ce mois-ci, a rapporté : « Les alliés de [actuel chef du Parti libéral – démocrate] Tim Farron ont indiqué qu’il pourrait être convaincu de renommer le parti. » Il a révélé que certains députés travaillistes et les conservateurs pro-européens se sont réunis l’an dernier, « et où un parti appelé Les Démocrates a été discuté, un nom précédemment avancé par lord Ashdown, l’ancien leader du Parti libéral-démocrate. »

Les blairistes, avec le criminel de guerre lui-même qu’on estime peser entre 80 et 100 millions de livres sterling, ont aligné un certain nombre de sponsors multimillionnaires.

Les détails des collectes de fonds ont été révélés dans le Times et le Daily Mail. Le Mail on Sunday a rapporté que Blair et Lord Levy (le principal collecteur de fonds du parti dans la période où Blair était au pouvoir) travaillent en étroite collaboration. Entre 1994, lorsque Blair est devenu chef du parti et 2007, lorsqu’il a quitté le poste de Premier ministre, Levy a collecté plus de 100 millions de livres pour le Parti travailliste.

Le Dr Assem Allam, un homme d’affaires égyptien basé en Grande-Bretagne qui pèse 250 millions de livres sterling, a déjà fait dons de 720 000 livres au Parti travailliste. Le Mail a rapporté qu’il avait rencontré Blair et Levy le 23 avril et « a offert de financer les députés travaillistes modérés qui veulent quitter le parti de Jeremy Corbyn et mettre en place un nouveau parti “centriste”. » Selon le journal, Allam a promis de donner plusieurs millions de livres à Blair lors de la réunion. Cependant, lorsque les sondages ont initialement démontré une grande avance des conservateurs, il aurait changé d’avis.

Selon le Times, le promoteur immobilier Sir David Garrard, qui a donné 1,6 millions de livres au Parti travailliste, « soutiendrait volontiers » un nouveau parti « si la majorité des députés travaillistes centristes se détachait pour le rejoindre. »

Un autre multimillionnaire prêt à s’engager est Peter Coates, le propriétaire de l’équipe de football Stoke City FC de la Première ligue. Coates a fait don de 200 000 livres au parti, avec le Times indiquant « qu’il était “intéressé” à l’idée d’un nouveau parti. »

Les plans des blairistes ont été résumés par une « source qui travaillait pour Blair », qui a dit au Sunday Times il y a deux semaines que le résultat de l’élection déterminerait l’action suivante des comploteurs. La source a déclaré : « [C]ertaines personnes ont déjà conclu que la situation [le contrôle de l’aile de Corbyn sur le parti] ne peut pas [être renversé] et donc quelque chose d’autre devra naître. »

Le complot ouvert des blairistes est une réfutation dévastatrice de la prétention centrale de Corbyn selon laquelle le Parti travailliste peut être remodelé comme un véhicule pour mettre fin à l’austérité et freiner le danger de la guerre. Les forces mêmes contre lesquelles il a refusé de s’attaquer, au nom de l’unité du parti, sont résolues à l’empêcher d’arriver au pouvoir et de former un gouvernement – et poursuivent toujours cet objectif sans qu’un doigt soit élevé contre elles.

Voir également :

Blairites declare UK Labour party unelectable

[20 Avril 2017]

(Article paru en anglais le 29 mai 2017)