Manifs du 1er mai : un désaveu par les masses des appareils syndicaux pro-Macron

Par Francis Dubois
2 mai 2017

Environ 140.000 personnes ont manifesté hier dans des défilés à travers la France à l‘occasion de la fête international du travail, dans le contexte de l‘élection présidentielle qui voit s‘opposer au deuxième tour l‘ex-ministre de l‘Economie du gouvernement PS Emmanuel Macron et Marine le Pen, la dirigeante du Front national néo-fasciste. 

50.000 personnes ont manifesté à Paris, 10.000 à Toulouse, 5000 à Lyon, Marseille et Rennes, 4000 à Bordeaux et Nantes, 2000 à Strasbourg plus d‘un millier à Lille. Des manifestations de quelques milliers de personnes eurent lieu dans de nombreuses villes moyennes. Dans beaucoup de défilés, une partie des manifestants scandait « Ni Macron, ni Le Pen », ou encore comme à Rennes, « Le Pen, Macron on n‘en veut pas ». 

Les médias se sont étonnés que les manifestations relativement réduites de cette année étaient loin des manifestations massives contre Jean-Marie Le Pen en 2002, l'autre fois que le FN a été présent au second tour. Les syndicats n‘avaient pu s‘entendre sur des manifestations communes et ont organisé des cortèges ou rassemblements séparés, le plus grand syndicat francais, la CFDT, traditionnellement proche du PS, n‘ayant presque pas mobilisé. 

Le manque de réaction des travailleurs et des jeunes face aux appels tièdes des appareils syndicaux à manifester le 1er mai est un reflet de plus de l'effondrement généralisé du système politique français dont témoignent les élections présidentielles de 2017, avec l'élimination des candidats PS et LR au premier tour.

La faiblesse de la mobilisation n'est pas dûe à une quelconque satisfaction des travailleurs avec la situation politique ou sociale. En fait, les tensions de classe sont explosives. 69 pour cent des Français se déclarent hostiles aux deux candidats présidentiels présents au second tour. De même, les deux-tiers des Français déclarent qu'ils vivent la lutte des classes comme une réalité quotidienne. 

Les puissants sentiments d'opposition qui existent dans la classe ouvrière en France, comme à travers l'Europe, ne sont pas compatibles avec les tentatives des appareils syndicaux de se mobiliser derrière la candidature militariste de Macron, l'extrême libéral et ex-banquier Rothschild. Des masses de travailleurs et de jeunes comprennent que les appels à faire barrage à Le Pen lancés par la majorité de l'élite dirigeante ne sont que des appels masqués à voter Macron, et que celui-ci attaquera les droits démocratiques et sociaux des travailleurs tout autant que Le Pen. 

Chez une grande partie des manifestants régnaient l‘hostilité aux deux candidats et la colère face à une élection qui oppose deux candidats ouvertement réactionnaires. 

A Paris, des militants et des sympathisants du Parti de l'égalité socialiste (PES) ont distribué des tracts qui appelaient à un boycott actif du second tour, ainsi qu'à participer à la réunion publique que le PES a organisé avec succès après la manifestation. Ils ont rencontré une réaction chaleureuse des manifestants, mis à part les bureaucrates des syndicats et de l'appareil de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, tous acquis au vote Macron. 

Les bureaucraties syndicales, quant à elles, ont tenté de dépolitiser les manifestations en mettant en avant des mots d'ordre démagogiques, comme « imposer le progrès social », qui sont creux et faux sans appel à une lutte sans merci contre la politique que mènera le prochain président contre les travailleurs. Ou alors, elles appelaient à un « troisième tour social », comme si l'élection présidentielle n‘avait aucune importance réelle. 

Quand elles prenaient position, elles appelaient d‘une facon ou d‘une autre à voter en faveur de Macron. A Paris, la principale banderole syndicale de la CGT, qui a soutenu le gouvernement Hollande dès le début de son mandat, disait: « En finir avec les reculs sociaux qui font le terreau de l‘extrême-droite ». 

La CFDT a organisé un rassemblement commun avec l‘UNSA (Union nationale des syndicats autonomes) et le syndicat étudiant Fage à Paris. Sa banderole, sur fond de drapeau bleu-blanc-rouge avec une effigie de Marianne, allégorie de la République, disait : « Pour Marianne votons contre Marine ». 

La CGT appelait à un vote anti-Le Pen sans appeler nommément à voter Macron, mais avec la même intention que la CFDT. « Notre slogan est clair: Il faut battre le FN pour le progrès social. Le FN est un parti raciste, xénophobe, antifemme et libéral », a déclaré le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez. 

Le syndicat FO, dont un quart des sympathisants ont voté pour Marine Le Pen au premier tour selon un sondage récent, n‘a pas donné de consigne de vote. 

Le mot d'ordre de Martinez était repris par les différentes organisations de pseudo gauche présentes aux manifestations. Le NPA qui avait appelé à manifester avec les syndicats, appela lui aussi, avec le slogan "National-sexiste, homophobe et raciste, combattons le Front National !“, indirectement à un vote pour Macron. Lutte Ouvrière (LO) scandait: "Contre la raciste Le Pen et Macron le banquier, faisons entendre le camp des ouvriers », renvoyant les travailleurs, comme le fait toujours LO, à l'appareil syndical, qui lui soutient ouvertement Macron. 

La manifestation parisienne comptait de nombreux jeunes et étudiants non organisés, défilant sans pancartes et qui ne voulaient ni de Le Pen, ni de Macron. On scandait « ni capitalisme ni fascisme » et, en réponse à l‘accusation lancée par la partie de l‘establishment politique pro-Macron, que tous ceux qui ne votaient pas pour lui étaient en faveur des néo fascistes, « siamo tutti antifascisti » (nous sommes tous des antifascistes, en italien). 

Les nombreux jeunes manifestants poursuivaient de toute évidence à l‘occasion du 1er Mai les protestations organisées quelques jours auparavant avec le blocage des lycées et des manifestations sponatanées à Paris, contre les deux candidats du deuxième tour. 

Le gouvernement PS a placé les manifestations du Premier mai sous haute surveillance. A Paris selon la Préfecture de police, pas moins de 9.000 policiers, gendarmes et militaires de l'opération Sentinelle ont été officiellement mobilisés pour l‘occasion.

Sur la base de jets d‘objets divers sur la police anti-émeute par des groupes cagoulés placés devant la manifestation à son début, une police nombreuse et lourdement armée s‘en est pris à l‘ensemble de la manifestation, les noyant régulièrement sous des nuages de gaz lacrymogènes.

Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, qui a laissé ses électeurs avec la seule perspective de voter pour Macron ou de s‘abstenir, a lancé un appel à l‘ex-ministre de l'Economie PS, en lui demandant de faire « un geste envers les insoumis » sur la Loi Travail. A quoi Macron a répondu lors de son meeting dans le Nord de Paris qu‘il ne la retirerait pas.