Macron rencontre Merkel à Berlin pour planifier l'austérité et la guerre

Par Alexandre Lantier
16 mai 2017

Le lendemain de son investiture à l'Elysée, Emmanuel Macron a choisi l'énarque de droite Edouard Philippe en tant que premier ministre, avant de s'envoler pour Berlin et une rencontre avec la chancelière allemande, Angela Merkel.

La rencontre amicale entre Macron et Merkel à Berlin souligne que son installation à l'Elysée fait partie d'une contre-révolution sociale et du retour du militarisme en cours à travers l'Europe. Berlin, le champion de l'austérité en Europe qui surtout a lancé en 2014 la remilitarisation de sa politique étrangère après presque 70 ans de retenue militaire après la chute du régime nazi, a applaudi Macron, le partisan d'une cure d'austérité doublée du retour au service militaire.

Macron compte utiliser la loi travail de Hollande, imposée en 2016 sans vote à l'Assemblée face à des manifestations de masse et l'opposition de 70 pour cent de la population, pour détruire les acquis sociaux des travailleurs par ordonnance.

Il a commencé sa conférence de presse avec Merkel à Berlin en insistant que cette politique ne lui était pas dictée par Berlin ou par l'Union européenne (UE), mais était voulue par son gouvernement. « L'agenda français sera un agenda de réforme dans les prochains mois, non pas parce que l'Europe le demande, mais parce que la France en a besoin », a-t-il dit.

Il a proposé une étroite collaboration avec Berlin, pour « ensemble travailler à une feuille de route commune pour l'Union Européenne et la zone euro. Ce sont des sujets d'extrême importance (...) Je serai un partenaire franc, direct et constructif car je pense que la réussite de nos deux pays est intimement liée ».

Merkel a pour sa part tout fait pour donner le maximum de soutien, en paroles du moins, au nouveau président français. « Je lui fais pleine confiance, il sait ce qu'il doit faire », a-t-elle déclaré sur la politique sociale et économique française.

Elle a aussi indiqué que Berlin pourrait envisager une révision des traités qui gouvernent l'UE, afin de donner de plus large marges de manœuvre, à la fois budgétaires et politiques, à Macron. Selon elle, « du point de vue allemand, il est possible de changer [les traités] si c'est raisonnable. Nous sommes pour le changement des traités si c'est pour renforcer la zone euro. Cela m'a toujours dérangée d'entendre du traité de Lisbonne qu'il est parfait ».

« Il n'y aura pas de tabou », a déclaré Macron sur la révision des traités européens.

Toutefois, l'idée d'une révision des traités dans les intérêts de son gouvernement est surtout un leurre agité par Macron afin de présenter l'intensification de la politique d'austérité de Hollande, de manière toute à fait fausse, comme étant une politique novatrice.

Des voix influentes se sont élevées à Berlin, à commencer par le ministre des Finances, Wolfgang Schäuble, pour expliquer que Macron ne pourrait jamais mener une pareille politique. Dans une entrevue accordée au Figaro, Schäuble a estimé que ses propositions ne sont « pas réalistes ». Selon Schäuble, « Des propositions, comme un budget de la zone euro, requièrent une modification des traités (qui) suppose l'unanimité des 27 États membres », ainsi que des référendums dans de nombreux pays.

Alors que Macron était à Berlin, Edouard Philippe passait au journal de 20h à TF1 pour se présenter aux Français et expliquer les attaques sociales qu'il prépare. Abordant les réformes par ordonnance, il a déclaré : « Le président de la République s'est engagé sur ce projet. Il a expliqué qu'il était indispensable de transformer le droit du travail. Le droit du travail est très lourd, très complexe, il ne protège pas bien les salariés. On ne peut pas ne rien faire »

En tant qu'étudiant à Sciences-Po, Philippe avait brièvement milité au PS pour soutenir Michel Rocard avant de rallier la droite et Alain Juppé. Entre 2007 et 2010, il a travaillé dans les réseaux néo-coloniaux de la France en Afrique avec Areva, le géant du nucléaire.

A cause de ce parcours, il a donc tenu à affirmer son identité politique en tant qu' « homme de droite » défenseur d'un Etat répressif, en insistant sur sa « conviction forte que l'Etat à un rôle à jouer et que l'autorité de l'Etat doit être défendue ». C'était un signe de plus que Macron compte garder et développer l'appareil policier mis en place par le PS sous l'état d'urgence, qui suspend les droits démocratiques en France.

L'installation par Macron de Philippe à Matignon et ses liens étroits avec Merkel soulignent la fausseté des arguments selon lesquels les électeurs avaient l'obligation de voter Macron contre Marine Le Pen, afin de faire barrage au militarisme, au nationalisme, et à l'autoritarisme. Non seulement les médias et les partis de gouvernement ont insisté qu'il fallait voter Macron, mais des forces telles que Jean-Luc Mélenchon de la France insoumise ou le Nouveau parti anticapitaliste ont tout fait pour laisser entendre qu'ils « comprenaient » les justifications pour un vote Macron.

En fait, ceci a produit l'élection d'un gouvernement profondément réactionnaire, dont les positions favorisent un mouvement de tout l'échiquier politique bourgeois vers l'extrême-droite. Cela s'est soldé non seulement par la coordination entre Paris et Berlin d'une politique d'austérité violemment anti-sociale, mais par leur tentative de remodeler l'UE en instrument d'une politique étrangère militariste et agressive des puissances impérialistes européennes.

L'appel de Macron à un retour au service militaire vont de pair avec la campagne de la bourgeoisie allemande pour légitimer le militarisme et la guerre après la réorganisation de la politique étrangère allemande en 2014. Malgré les profondes tensions qui les divisent, les puissances européennes, face au Brexit et à la politique nationaliste de Trump à Washington, veulent se grouper afin de mener plus agressivement leurs interventions militaires.

Alors que Macron et Merkel discutaient à Berlin, les ministres des Affaires Etrangères de l'UE se réunissaient à Bruxelles pour coordonner leurs politiques, notamment en Afrique. La dirigeante de la politique extérieure de l'UE, Federica Mogherini, a abordé un large éventail de sujets, dont des interventions dans la Corne de l'Afrique et dans le sud libyen, pour bloquer le flux de réfugiés vers l'Europe.

La tentative d'unifier l'UE par une politique militariste renforcée par le service militaire universel est profondément réactionnaire et provoquera une large opposition des jeunes et des travailleurs. Elle ne fera qu'exacerber des tensions sociales déjà explosives en Europe.

Même si Berlin permettait à Paris d'opérer un toilettage en surface des traités européens, ceci se ferait dans le contexte d'un soutien de tous les gouvernements pour l'austérité, le cadre essentiel de la politique sociale européenne depuis la dissolution stalinienne de l'URSS il y a un quart de siècle. Cette politique a ruiné de larges parts de l'Europe de l'Est ainsi que du Sud depuis le krach de 2008 sur Wall Street, notamment la Grèce.

La voie pour aller de l'avant, comme l'a expliqué le Parti de l'égalité socialiste en lançant l'appel pour un boycott actif du second tour entre Macron et Le Pen, est une mobilisation indépendante et internationaliste de la classe ouvrière contre le capitalisme français et européen. L'opposition des travailleurs au militarisme et à l'austérité monte en France, en Allemagne, et à travers l'Europe, et les tentatives de Macron d'imposer l'austérité provoqueront une large opposition sociale.